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Andrew McPhail, métamorphoser ses blessures

Métamorphose : le mot « métamorphose » vient du grec morphè (forme) et du préfixe meta (qui exprime un changement) : passage d’un état à un autre état.

La métamorphose résulte parfois d’un cheminement artistique visant à panser des blessures, d’un désir de sublimer la douleur. C’est le cas de l’artiste séropositif, Andrew MCPHAIL dont les créations reposent essentiellement sur l’acceptation des épreuves difficiles que la vie nous inflige.
Son œuvre, «All my little failures », (tous mes petits échecs) représente une burka réalisée entièrement à partir de pansements, inspirée par un fait divers sordide survenu en Ontario. Une jeune fille qui ne voulait pas porter le hijab à l’école a été assassinée par son père.
Andrew accomplit des performances de rue aux cours desquelles il porte cette burka et distribue des pansements aux âmes en peine.
A la question : Quelle est la signification de « all my little failures »?
Il répond : « Pour moi, cette œuvre renferme de nombreuses significations qui se sont accumulées avec le temps et, j’espère que le public les saisit. Elle aborde principalement le fait d’être couvert et dissimulé, mais en même temps, le fait que la façon dont on se cache attire l’attention vers soi et nous rend extrêmement visible. J’ai superposé cette notion aux personnes vivant avec le VIH et au fait que si je ne disais pas que je suis séropositif, on ne le devinerait probablement pas. Un voile peut à la fois cacher et révéler — un peu comme les aspects de la vie avec le VIH et les divers degrés que l’on peut révéler en public ou non ».

Je suis très touchée par les démarches artistiques semblables à celles d’ Andrew McPhail. La créativité, la sublimation, la transfiguration du réel ont quelque chose à voir avec la survie.
Cela ne revient-il pas à dire : Toutes ces blessures, ces fragments fragiles, ces bouts de moi, sont un coin d’histoire, un rempart contre l’oubli, l’effacement ?
Avez-vous songé à vos propres métamorphoses ?

Site de l’artiste : http://www.andrewmcphail.com/all-my-little-failures.html
Extrait de l’interview : http://www.catie.ca/fr/visionpositive/ete-2012/art-posiif-peau

Voeux 2017 : Le lampadaire qui voulait entrer dans la lumière

« J’aime le réel lorsqu’il est transfiguré avec une attention particulière »
Blaise Cendrars

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factoryb.com artiste Brandon Stahlman

Voeux 2017

Une page est tournée, mais l’histoire continue. 2017 est un pas de plus dans l’histoire de l’humanité et c’est nous qui l’écrivons. Je vous souhaite de trouver, si ce n’est déjà fait, ce sens à votre vie qui éclaire votre chemin et vous donne envie de vivre chaque jour pour créer, transcender et sublimer, tels des magiciens, ce quotidien dont nous devrions voir toute la richesse et prendre soin. Je vous souhaite une excellente année 2017 et une bonne lecture.

Le lampadaire qui voulait entrer dans la lumière

J’ambitionnais de me muer en lampadaire pour transcender l’univers, lui apporter ma lumière.
Lorsque je fus fin prêt et tout illuminé, je me tenais droit et fier, enraciné dans le bitume amer.
Eclairer les passants égarés dans l’obscurité, donnait à mon existence un certain sens de l’humanité.
Sensibles à mon éclat, ils relevaient la tête pour me saluer, me féliciter de leur montrer le chemin. Profitant de la clarté, ils se laissaient aller à musarder avant de rejoindre leur foyer.
Oubliant la fatigue de la station debout prolongée, je m’enorgueillissais de ces célébrations, gonflait mon ampoule de toute ma vanité, poussais l’excès de zèle jusqu’à les illuminer même en journée.
Les jours passaient et les passants aussi, hâtant le pas devant moi ; relevant la tête puis ne la relevant plus, jusqu’au jour où je ne vis plus que le bout de leur chapeau, émergeant du col de leur manteau.
J’avais beau briller de toute mon intensité, aucun regard ne trompait le trottoir.
Alors, je me mis à clignoter, grésiller de désespoir, puis m’éteignis. Un chien vint pisser à mon pied.
Le lendemain soir, enveloppés par la pâle bienveillance de la pleine lune, les passants pressés déambulaient devant ma dépouille sans sourciller et le surlendemain, dans la nuit épaisse, quelqu’un releva la tête, puis un autre et un autre… Il leur manquait quelque chose, mais quoi ?
– C’est le lampadaire, dit l’un d’eux.
– Il faut absolument appeler la mairie pour le signaler et le remplacer. Répondit un autre.
– Les lampadaires ne sont pas fiables, dit un dernier. Ils nous lâchent sans crier gare quand nous avons le plus besoin d’eux.
J’eus un sursaut, un élan de survie, je m’allumais, clignotais, grésillais, puis m’éteignis tout à fait.
Les passants haussèrent les épaules dans un soupir, puis comme tous bons passants qui se respectent, passèrent leur chemin.
Une personne cependant revint sur ses pas, posa sa main sur mon mât et souffla :
– Tu me manques, j’espère que tu reviendras.

Nadia Bourgeois

Phia Ménard La transformation

J’ai été touchée par cette artiste et je voulais partager sa démarche avec vous car nous sommes tous concernés par la reconnaissance de la différence dans des contextes différents.  Elle dit « à quel moment nous sommes justes, à quel moment nous sommes vrais, à quel moment nous ne mentons pas, je cherche encore ». 

Elle m’a inspiré ce petit texte :

J’ai porté mille peaux sur le dos, croulé sous le poids horrible de ces  oripeaux. J’ai fini par les arracher,  écorcher mes désirs et mes secrets tissés dans l’étoffe de ces mensonges moulés sur mon corps fatigué. Mais ce n’était pas assez. Les jours fermentés ont vomi mes artifices. Je me suis noyée dans le miroir de la conformité et puis, lentement,  j’ai défait les attaches, une à une, coulé les noeuds du mal à l’être pour atteindre la puissance nichée au creux de ma conscience, une puissance d’âme propice au rêve d’art de soi sans reflet pour croiser ma propre humanité.

Nadia Bourgeois

Odyssée de la métamorphose

D’après le dictionnaire, la métamorphose est le changement d’un être en un autre, la transformation totale d’un être au point qu’il n’est plus reconnaissable. C’est la modification complète du caractère, de l’état de quelqu’un, de l’aspect ou de la forme de quelque chose.

L’une de nos métamorphoses les plus connues est née de la rencontre entre un ovule et un spermatozoïde. Ce dernier a lui-même subi une mutation : à la puberté, les spermatogonies (cellules souches) apparaissent très tôt dans le développement embryonnaire et restent inactives jusqu’à la puberté.  Elles passent ensuite par la phase de la spermatogenèse qui dure environ 74 jours pour donner un spermatozoïde fonctionnel.

Les cellules germinales primordiales sont à l’origine des spermatogonies. Et après ?  Nous nous heurtons sans cesse à cette chaîne sans fin des origines.

Nous ne cessons de nous métamorphoser jusqu’à notre mort. La transformation fait partie de notre existence et nous l’incluons dans tous les actes de notre quotidien sans même nous en rendre compte. Qu’elle soit physique ou spirituelle, elle est une manifestation de la vie. L’éviter revient-il à  éviter la vie ?

 

METAMORPHOSE ESCHER

l'infini en mouvement

escher métamorphose

Le plein et le délié valsent dans les jeux d’ombres.
Dans leur fragilité marquée par les accents,
Se font et se défont, étirent la pénombre,
Muant leurs traits figés en rêves opalescents.
Nadia Bourgeois

Cezanne et la montagne Sainte Victoire, la métarmophose.

La montagne Saint Victoire de Cézanne

Je lisais dernièrement les articles de mes amies Elisa et Elisabeth et à l’évocation respectivement, de la magie pour l’une et de « ce qui ne change jamais c’est que tout change », pour l’autre, il m’est venu à l’esprit une image, celle de la montagne Sainte Victoire de Cézanne.

Pourquoi très précisément cette oeuvre ? Parce que Cézanne en a fait son sujet favori au point de la peindre plus de quatre-vingt fois ! Et à chaque fois, d’une manière différente. S’agit-il là d’un véritable acte d’amour, de foi ? Magnifier à travers un regard aiguisé et singulier et ériger en énigme ce qui nous entoure n’est-il pas la clé du bonheur ?
Il serait aisé d’imaginer que cela relève d’une stratégie d’évitement de la routine, mais il n’en est rien.
C’est tout simplement la consécration d’un véritable attachemment à ce que l’on prendrait pour un bout de rocher.

Il s’agit du même homme et de la même montagne, en apparence seulement !
Cézanne a su capter toute la beauté et la richesse de ce qui semble une montage comme une autre et ce qui la rend différente et unique à nos yeux, c’est le regard que portait le peintre sur elle.
Tantôt, elle s’effaçait dans une tendre humilité au profit du paysage qui lui servait d’écrin, tantôt, elle se dressait majestueuse, parée de couleurs chaudes et de toutes ses aspérités et ses versants accidentés.
Cézanne a élevé cette montagne au rang d’une divinité, d’une maîtresse choyée et en a fait sa Sainte Victoire à lui. Quelle sublime métaphore !
Des lueurs de l’aube au crépuscule, en toute saison, et sous différents angles, il a joué de l’épure, de l’empâtement, de l’esquisse, de la puissante fragilité et de la fébrilité pour en restituer l’essence et tenter d’en comprendre l’âme. Il a exécuté pas moins de 44 huiles et 43 aquarelles d’après les sources et jusqu’à la fin de sa vie et de sa vue. Quelle amante n’aurait rêvé d’un tel amour ?
Il apporte la preuve matérielle qu’il n’existe pas une vérité, mais une somme de vérités et une multitude de mondes qui prend sa source en chacun de nous.
Que rien n’est immuable et que le changement est en nous et nous pouvons interpréter les signes et en voir les métamorphoses à chaque instant. La chenille devient papillon et les yeux s’ouvrent et battent des cils comme il battrait des ailes dans un mouvement fragile pour entrer en communion avec les élements.

Et si nous prenion exemple sur Cézanne ? Si nous développions notre capacité à observer et à aimer ce qui se présente à nos yeux au point de ne plus voir les choses comme on nous le recommande, mais comme notre âme nous l’enseigne ? La répétition, la ritualisation, la sacralisation et la persévérance ouvrent sans doute les portes de la perception dans les interstices invisibles de notre monde. Cette capacité à tout réinventer et à s’émerveiller de tout et de rien qui nous enchantait dans l’enfance et dont nous avons été peu à peu dépossédés par la raison universelle. Les yeux de Cézanne sont une réponse aux absurdités d’une civilisation peut-être trop blasée par des années de connaissances pré mâchées et déconnectée de la nature.
Si vous le pouvez, prenez un moment aujourd’hui, une seule minute pour poser un regard neuf sur quelque chose ou quelqu’un près de qui vous passez sans y prêter attention et notez en vous ou sur un carnet ce qui vous touche, les effets de cette expérience.
Je vous conseille de suivre ce lien pour découvrir des extraits des réflexions et des rapports qu’entretenait Cézanne avec Sainte Victoire.