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Soirée lecture à l’Espace temps Bordeaux

Nadia soirée espace temps du 08 06 18

Nadia Bourgeois vous convie à une soirée exceptionnelle :

 Si vous êtes dans le coin, c’est peut-être l’occasion de faire connaissance et de partager un moment de convivialité autour des lectures de textes réalisés lors des ateliers d’écriture que j’anime à Bordeaux.

Les personnes de passage pourront venir écouter librement bien sûr.

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Alexandro Jodorowsky

Alexandro Jodorowsky  « La danse de la réalité. »

« Guérir, c’est être soi ».

Dans les pointillés, les espaces sont aussi importants que les tirets.  L’essentiel est dans le point t’y es !  Dans le faut filer  de mon existence, j’ai cousu ma spiritualité au gré des rencontres qu’elles soient physiques ou livresques et Jodorowsky est à mon sens une rencontre exceptionnelle. C’est pourquoi je voudrais vous parler de cet être hors norme.

Romancier, poète, essayiste , scénariste, réalisateur, metteur en scène, inventeur de la « psychomagie » du terme psycho généalogie, fondateur du théâtre panique, et bien d’autres choses encore, ce grand homme né au Chili en 1929, nous offre le chemin de sa vie avec la sensibilité d’un poète.  Il dira de lui : « M’étant séparé de mon moi illusoire, j’ai cherché désespérément un sentier et un sens pour la vie ».

Il décrit le parcours initiatique qui l’a mené à devenir ce qu’il est aujourd’hui. Un être qui  met son expérience au service de la souffrance des autres.

Il est un passage du livre qui résume à mon sens la démarche de cet homme.

L’élève montre au  maître un poème.

Un papillon :

Je lui ôte les ailes,

J’obtiens un piment !

La réponse du maître est immédiate : «  Non, ce n’est pas cela, écoute :

Un piment :

Je lui ajoute des ailes,

J’obtiens un papillon. »

« La leçon était claire : l’acte poétique  devait toujours être positif, rechercher la construction, non la destruction. »

Et vous, quel acte poétique commettez-vous ?

La danse de la réalité Alejandro Jodorowsky

Conseils d’écrivains

Jean d’Ormesson

Jean d’Ormesson
Je n’ai jamais écrit uniquement à titre autobiographique, j’y ai toujours mêlé la fiction. Dans mes livres, elle se tisse naturellement avec la réalité. Je crois qu’écrire, c’est avoir des obsessions. On écrit parce que quelque chose ne va pas, parce que la vie ne suffit pas: il faut s’en créer une autre. C’est pourquoi je préfère la veine romanesque. D’ailleurs, je pense que l’autobiographie classique, du style « Je suis né à telle date, à tel endroit, etc. », est condamnée. A notre époque où tout est autobiographie, il faut revenir à ce mélange de la fiction avec la réalité, c’est ça la littérature. Mais ce n’est pas parce qu’on a une vie intéressante qu’on peut entrer en littérature: il faut du talent, voire du génie comme Chateaubriand. Dans ses Mémoires d’outre-tombe, qui restent mon livre de chevet, il ne dit pas tout de lui, il ne retient que ce qui contribue à forger sa statue. Rousseau, lui, fait l’inverse et promet de se dévoiler entièrement. Mais tous deux prouvent que la littérature, c’est d’abord l’imagination. La littérature, ce ne sont pas des idées et des souvenirs mais des mots.»
Dernier livre paru: La création du monde, Robert Laffont, 2006

Alexandre Jardin

Alexandre Jardin
Il faut se méfier de l’exactitude, il faut préférer la vérité émotionnelle car c’est ce qui reste la plus grande vérité humaine. A partir du moment où l’on parle de l’écrit, il faut réussir ce que préconisait Louis-Ferdinand Céline: «briser la canne» avant de la mettre dans l’eau, avant que son reflet ne se brise lui-même. C’est ça l’autobiographie, c’est la question centrale de la transmission de l’émotion par l’écrit et non pas l’accumulation d’informations. Si vous ne transmettez aucune émotion, ça ne vaut pas la peine d’écrire. Sincèrement, je doute que la vie de Marcel Pagnol ait été celle qu’il raconte. Mais qu’est-ce que c’est bien raconté! Et Les trois mousquetaires: ça a l’air d’un roman mais c’est une autobiographie d’Alexandre Dumas parce que ce livre incarne avant tout la fringale et la gourmandise d’exister de cet homme. Pareil pour Le Petit Nicolas qui est aussi l’autobiographie de Goscinny, et qu’importe si son voisin s’appelait vraiment Aignan ou pas. Pour ma part, j’en suis venu à écrire sur les miens par un glissement assez naturel car il s’agissait d’une famille de gens qui aspiraient au romanesque.»
Dernier livre paru: Le roman des Jardin, Grasset, 2006

Gérard Mordillat
Dans une autobiographie je cherche avant tout un langage. Ce qui m’intéresse est moins la relation d’une vie que les mots pour le dire, la syntaxe, la scansion, la voix secrète du texte, celle qui me fait entendre l’étrangeté de l’autre. C’est sans doute pour cela que je n’ai jamais écrit d’autobiographie au sens strict du mot. J’ai toujours été fidèle à la morale que l’on m’a transmise: « Raconte pas ta vie. » En revanche, j’ai écrit, sous la forme autobiographique, bien au-delà de ma vie, celle des miens, celle de mes amis, de mes amours… Chacun de mes livres « autobiographiques » est en réalité une bombe de langage, dont chaque mot porte la mémoire de plusieurs individus. « Moi n’amuse pas moi », disait Chaval. Il n’y a rien que je veuille taire mais rien non plus que je veuille exposer. Il n’y a ni pudeur ni impudeur dans l’écriture. Ecrire, c’est accepter de se déboutonner. Partant de là, seuls comptent l’art et la manière. Dans Vive la Sociale! comme dans Rue des Rigoles j’ai utilisé la première personne du singulier, ce je qui me permet de me tenir à distance de moi-même, d’être avec malice et humour une sorte de cambrioleur qui fracture sa propre vie pour en faire partager le butin. Si l’on veut, je suis l’Arsène Lupin de l’autobiographie, j’ai mille visages et cent mains. Bien malin qui saura si je ressemble au je énigmatique qui joue les premiers rôles ou à la croûte de pain derrière la malle… Prévert l’a dit: « Si je ne sais rien, je pourrais toujours être professeur. » Il n’y a qu’un piège à éviter: prendre son miroir au sérieux. Dans le genre « autobiographique », je me sens de la famille d’Henri Calet, La belle lurette et Le tout sur le tout, de Georges Perros, Une vie ordinaire, et de Raymond Queneau, Chêne et chien…»
Dernier livre paru: L’attraction universelle, Calmann-Lévy, 2006

Jean-Claude Brisville
Je n’écris pas exactement sur ma vie privée mais sur tout ce qui, dans ma vie, a un rapport avec l’écriture et la lecture car ces sujets-là s’imposent à moi. Etre écrivain relève d’une nécessité intérieure et non pas d’un choix délibéré. Il faut vraiment avoir envie de le faire. La sincérité est nécessaire. Il faut aussi respecter la syntaxe et la forme en général, du moins si on veut être publié, donc lu. Il s’agit bien de littérature. Après, c’est aux lecteurs de décider. En tant que lecteur, justement, j’aime particulièrement les journaux intimes de Benjamin Constant, qui y révèle une personnalité assez méconnue. Je recommande aussi L’arrière-pays d’Yves Bonnefoy et Peau d’ours d’Henri Calet.»
Dernier livre paru: Quartiers d’hiver, De Fallois, 2006

Philippe Ségur
Il vient de publier un livre hilarant Ecrivain (en 10 leçons) , racontant l’écriture et la publication de son premier livre chez Buchet-Chastel. Evidemment, rien n’est faux, rien n’est vrai puisque c’est un roman!
Qu’est-il important de dire, pour vous?
Tout ce qui jaillit de la nécessité.
Que préférez-vous taire?
Les expériences spirituelles vraiment profondes. En parler les démonétise, car le fait de les évoquer met en cause leur valeur essentielle qui est précisément de mettre fin à l’état de nécessité. Dès que je parle, je montre. Or, pourquoi montrer si je suis? Si le récit peut ici constituer un témoignage, il prouve une forme d’échec de l’expérience, comme l’attestent certains livres de Kerouac.
Quels sont vos critères?
Bien choisir sa sincérité. Ne pas oublier qu’il y a mille façons de dire la vérité, puisqu’il n’existe qu’une façon de mentir: c’est de prendre la parole. Comme dit Thomas Bernhard, la vérité «n’est connue que par celui qu’elle concerne, s’il veut en faire part, il devient automatiquement un menteur». Il n’y a pas de vérité communicable, mais il peut y avoir une démarche authentique, une volonté d’être véridique. Tout dépend de la qualité de l’intention.
Quels pièges doit éviter un nouvel écrivain?
Vouloir se lancer sans connaître ses classiques. Au sens littéraire, l’écriture est un métier paradoxal qui ne s’enseigne pas et qui pourtant s’apprend. Même Rimbaud, aussi génial et précoce qu’il fût, a commencé par faire ses gammes.
Quels conseils lui donner?
De jouer aussi bien de la réalité que la réalité se joue de lui. D’où, à mes yeux, la supériorité de la fiction autobiographique sur l’autobiographie stricte pour en explorer les arcanes. Tous les auteurs que j’apprécie dans ce registre, de Dostoïevski à Fante, en passant par Hesse, Kerouac et Hamsun, sont passés par le dédoublement et la création d’un univers pour s’approcher de ce qui ne peut être dit. Cette attitude de démiurge est une chance incomparable: elle fait des auteurs de véritables seigneurs.
Quelle est votre oeuvre de référence dans ce domaine?
Le loup des steppes de Hermann Hesse.»

*Jordi Soler
Quoique né au Mexique, je suis d’origine catalane par mon grand-père paternel, un républicain espagnol qui a fui le pays lors de la guerre civile. Cette époque est un sujet tabou dans notre famille. Un jour, mon grand-père m’a confié ses Mémoires, écrits à la main, et il a accepté que je vienne l’interviewer. Il savait bien que j’allais en faire ce livre, Les exilés de la mémoire, mélange de mémoire familiale et de mémoire collective. La mémoire fidèle n’existe pas, c’est toujours la métaphore de quelque chose. J’ai privilégié l’histoire de mon grand-père racontée par ce narrateur qui me ressemble. Il faut oublier que l’on écrit sur soi, sur les siens. Au début, mon texte ne fonctionnait pas. J’ai mis des mois à trouver la bonne distance, à oublier que j’étais le petit-fils, pour que cette histoire réelle devienne aussi de la littérature.»
Dernier livre paru: Les exilés de la mémoire, Belfond, 2006

Hugo Hamilton
L’essentiel est de raconter une histoire, donc de faire de sa vie une histoire. Longtemps, j’ai eu l’impression que je n’avais pas d’histoire. J’ai vécu des moments très durs que je n’arrivais pas à partager. J’ai voulu tout oublier, jusqu’au jour où je suis tombé sur le journal intime de ma mère, après sa mort. Alors j’ai décidé de me souvenir. Mon enfance est pleine de choses désagréables mais j’ai choisi de tout dire. Je tiens à être honnête. On doit toujours être loyal avec le lecteur, sans ambiguïté. En revanche, il faut faire attention à son entourage, la vie des autres ne vous appartient pas. J’ai donc changé certains noms, passé sous silence certains événements. Je cherche à révéler des secrets mais à expliquer ma vision du monde, du point de vue de l’enfant que j’ai été. Quand j’ai commencé à écrire, je faisais de belles phrases avec de grands mots mais j’ai réalisé qu’aucun enfant ne parlait ainsi. Il faut créer son histoire dans sa propre langue. Raconter une histoire, c’est inventer une langue. Beaucoup de gens ont des vies passionnantes, fortes, mais tout le monde ne sait pas en parler. Mes modèles sont Thomas Mann, Heinrich Böll, et surtout Corrections de Thomas Bernhard.»
Dernier livre paru: Le marin de Dublin, Phébus, 2007

Annie Ernaux
Qui n’écrit pas ou n’a pas encore écrit s’imagine tout de suite en butte aux regards et aux reproches de l’entourage. Il a peur de ce qu’on pensera de lui, de blesser les autres, et en même temps a envie de raconter des choses de son existence. Or je ne me rappelle pas avoir jamais considéré un projet d’écriture sous cet angle, mais toujours sous celui de donner de la réalité à ce qui m’est arrivé. Attention: je ne dis pas qu’il n’y a pas de refus inconscient, de censure. J’ai tourné tant de fois autour de certains livres, écrit tant de pages en apparence inutiles avant d’oser continuer. Mais une fois embarquée, ayant trouvé le « comment », c’est-à-dire le projet narratif, « tout dire » signifie « dire tout ce qui entre dans ma recherche de la vérité, et taire, écarter ce qui ne me paraît pas nécessaire ». Grande différence avec une psychanalyse!
Souvent, le tri ne s’effectue pas de manière consciente. Parfois oui. Ainsi, dans La place, je n’ai pas parlé d’une scène où mon père tente un geste meurtrier envers ma mère, scène qui ouvre un autre livre, La honte. Des lecteurs se sont étonnés: « Pourquoi ça n’est pas dans La place, ou dans le livre sur votre mère, Une femme. » C’est que cette scène n’avait rien à faire dans ce que je voulais rechercher – la trajectoire sociale de mon père – et sans doute aussi parce que cette scène était à elle toute seule porteuse d’une autre recherche, dont le moment n’était pas venu. La mémoire de soi est toujours nouvelle. Je ne ressens pas les limites, comme si j’étais un pur objet à sonder, position de dédoublement ou de schizophrénie dont les causes m’échappent. Je ne les ressens pas non plus au sujet des gens réels qui figurent dans le livre. C’est un problème. Personne, je crois, n’apprécie d’exister à son insu dans l’imaginaire de lecteurs et je ne suis pas d’accord avec l’idée que la littérature a tous les droits. Mais, au fond, j’agis comme si le dévoilement d’une vérité générale était plus important que l’atteinte ou la blessure de quelques personnes. Le choix du mode narratif est ce qu’il y a de plus difficile à trouver. Il dépend du sujet, de la matière à explorer: un événement, une période, mais il n’est pas donné d’emblée et peut prendre des années. A un moment, la forme du livre devient évidente. Récemment, mon expérience du cancer du sein a pu se dire à partir de photos. Les autres formes avaient échoué.»
Les pièges à éviter, vos conseils?
Peut-être se demander d’abord pourquoi on a envie d’écrire sur sa vie? Qu’est-ce qu’on écrirait si on devait mourir après, pour se mettre le plus en posture de vérité. D’une manière générale, le principal piège à éviter est de partir avec la volonté de tout dire au lieu de choisir une période, un événement, voire juste un lieu, ou quelqu’un. Les possibilités de l’écriture autobiographique sont infinies, c’est la lecture des textes autobiographiques qui reste la meilleure des méthodes!
Vos oeuvres de référence?
La vie de Henry Brulard de Stendhal et Je me souviens, W ou le souvenir d’enfance de Perec, Nadja de Breton, un peu Simone de Beauvoir.»
Dernier livre paru: L’usage de la photo, Gallimard, 2005
Charles Juliet
Je ne choisis pas de dire ou de taire. Je laisse venir ce qui veut se révéler. Bien que j’aie une écriture réfléchie, j’ai l’impression d’écrire en aveugle, en me laissant guider par une sorte d’instinct. J’ai toujours eu le souci d’être vrai, d’être d’une absolue sincérité. Il ne faut avoir aucune image de soi, que celle-ci soit valorisante ou dévalorisante. Il faut supprimer les écrans déformants qui s’interposent entre l’?il intérieur et le magma dont il a à saisir des fragments. Il importe d’avoir une perception directe de soi, et de se tenir à distance dans la neutralité.
Les pièges à éviter?
La complaisance. La tendance à se présenter sous un jour avantageux et à se faire aimer, admirer.
Vos oeuvres de référence?
Des oeuvres nées de la Shoah ou des camps staliniens. Des oeuvres exemptes de narcissisme et qui relatent des expériences extrêmes. Ces oeuvres m’imposent une éthique. Elles me disent: écris avec gravité, respecte la vie, n’écris pas de mots creux, applique-toi à dire cette part d’humanité présente en chacun et dont tant d’êtres sont exilés.»
Dernier livre paru: L’opulence de la nuit, P.O.L, 2006

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/conseils-d-ecrivains_812059.html#0EuAaTdUST6EoC47.99

nouvelle Ella Katoudir épisode4

J’ai pas eu le temps de répliquer. Balthazar, le roi de la bagarre est arrivé et l’a empoigné par le col. Il l’a fait dégager du comptoir et lui a collé un pain dans la gueule. Stan était sonné mais quand il a reprit ses esprits, il a foncé sur Balthazar et il a hurlé.
– Tu cherches la merde, comme qui dirait.
Balthazar n’a pas répondu. Il a juste esquivé l’attaque et lui a allongé un autre direct.
Stan s’est écrasé au sol, face contre dalle comme une décalcomanie.
Quand on a quitté le bar, tout le village était là. Ca transpirait le malaise et ça puait la haine dans le sérail.
– Elle est pas sitôt arrivée l’estrangère qu’on a déjà des problèmes ! Marmonnait une ménagère en tablier à carreaux.
– Y a qu’à voir comment elle est attifée ! C’est le diable cette fille là.
– Faut la chasser d’ici. Fulminait une autre. Elles jouaient du balai pour nettoyer devant leur porte ou pour rabattre les maris volages à l’intérieur.
J’ai pris un chewing-gum de la poche arrière de mon short et l’ai mâché suffisamment vite pour faire une grosse bulle que j’ai laissé éclater sur mes lèvres. Les pauvres farmers étaient à l’agonie. Ils savaient plus ou donner de la mauvaise foi. Ils juraient avec leurs poules tout en se bousculant pour apercevoir un bout de cuisse tandis qu’on retournait au bercail, Balthazar et moi.
– T’es un peu voyante comme fille. Faut pas traîner dans les bars comme ça. Ca se fait pas dans le pays. Tu vas rester bien gentiment ici et me raconter d’où tu viens. T’es de la ville ?
Je l’ai regardé avec un sourire narquois et je me suis assise.
– Qu’est-ce que ça peut te faire ? Demain je serai plus qu’un souvenir. Ca vous fera un sujet pour les journées où vous vous ferez chier. M’est avis que ça doit souvent vous arriver.
Balthazar m’a rétorqué que j’étais aussi coincée que les gens du patelin et que si je cautionnais pas l’atmosphère, je pouvais toujours aller à pied jusqu’à la sortie du village pour stopper. Les routiers sont sympas qu’il m’a dit.
Ca m a coupé net. C’est vrai que j’avais fait ma bourgeoise avec lui. J’avais pété plus haut que mon short et je m’en voulais. J’arrête pas de me la jouer avant-garde, genre je touche pas aux ringards c’est pas ma came, mais j’étais qui dans le fond ? Balthazar il avait un toit bien à lui alors que moi, j’avais même pas de quoi m’offrir une bagnole. J’ai regardé le fond de ma conscience et j’en ai lu une page. Ca m’a remis d’aplomb et pour ambiancer la soirée et faire œuvre de repentir, je l’ai aidé à cuisiner un morceau de barbaque façon terroir avec les légumes de son jardin et je dois dire que les tomates, elles avaient du caractère Elles sentent pas pareil que dans les supermarchés. Elles étaient chaudes et juteuses à souhait. Et sucrées avec ça ! Et le poulet, du délire ! Il n’avait pas la même consistance non plus. Tu lui arrachais pas la cuisse sans sa permission. Fallait jouer du bistouri pour lui retirer le « sot l’y laisse ». C’était pas du poulet de batterie, c’est sûr. Balthazar, il avait de bonnes manières. Rudes, certes, mais bonnes quand même. Il s’est intéressé à moi et m’a posé des tas de questions que j’esquivais poliment en les lui rendant. Je ne pouvais pas lui raconter, non, il ne comprendrait pas. C’était impossible à comprendre. Je savais que je devrais traîner mon paquet de conscience sous le bras, seule, un bon bout de temps. J’avais une chose à faire et rien ni personne, pas même Balthazar, ne pourrait m’en détourner. Et puis, j’étais plus d’humeur à échanger mon flux corporel que mon flux interne. Question de pudeur. Je vous entends déjà dire :
« Ah, ouai d’accord. On me la fait pas à moi ». C’est si compliqué que ça à comprendre ?
Mes valeurs sont placées au-dessus de la ceinture.
On a bu du vin qui vient de chez grand-père qui habite sur les coteaux et on s’y rend à vélo. Ouai, je sais ça tient pas sur une étiquette, mais il était fichtrement bon ! Ca m’a grimpé au ciboulot comme le lierre il grimpe au mur et ça m’a inondé les connexions synapsiennes. J’étais trop bien. Je découvrais le sens des vraies valeurs. Un accueil chaleureux et simple, un bon repas avec un mec bienveillant et une nuit à contempler les étoiles et écouter le silence.
En fait, j’étais redescendue au bas de l’échelle de la théorie des besoins et je profitai des bonheurs simples. On prenait le temps et je me suis aperçue que c’était du luxe. En ville, je le monnaye sans cesse le temps. Ici, il s’offrait à moi avec générosité. J’ai couché avec lui pour me faire pardonner. Et puis, il faut bien l’avouer, parce que j’en pinçais un peu pour lui.

Je suis pas douée pour les adieux et puis j’ai pas de mouchoir pour éponger ma tristesse alors le lendemain, je suis partie sur la pointe des pieds.

A suivre ou pas…

nouvelle Ella Katoudir épisode3

Y avait un bar juste un peu avant la halle avec un flipper au-dehors. J’ai franchi la porte et je me suis assise au comptoir. Je me serais crue dans un épisode d’un film de Western quand un étranger aux habits poussiéreux, Santiags aux pieds, pousse les portes battantes du saloon, avance en faisant tinter ses éperons et commande un whisky au comptoir. Tout le monde le dévisage, le pianiste s’arrête de jouer et le barman cesse d’essuyer ses verres. Ouai, silence total. Miss « Alien » est dans la place.
J’attendais qu’un client accoudé au bar dégaine sa winchester et me troue le sternum.
Au lieu de ça, le patron du bar est arrivé en suant comme un porc. On ne peut pas dire qu’il remuait le croupion avec aisance, mais il était rapide ; ses yeux surtout. Je dirais qu’ils sont arrivés sur moi avant lui.
– Bonjour mademoiselle, qu’est-ce que je vous sers ?
Je l’ai reluqué et j’ai lâché un skud.
– Quand t’auras fini de te rincer l’œil, j’aimerais bien une blonde pour me rafraîchir le gosier.
Il a fait un arrêt sur image, la bouche ouverte comme un lecteur D.V.D quand il ne peut pas lire le format. Il avait une gueule de seize neuvième. Il a fait la grimace et il a été me chercher ma bière. J’ai trempé mon doigt dans la mousse et je l’ai léché juste pour provoquer.
Le patron a dégluti et les clients aussi. Un jeune, cheveux longs, blonds filasse s’est approché de moi avec les mains dans les poches. Il s’est assis à côté de moi et a commandé « la même chose que mademoiselle. » Je ne l’ai pas regardé pour ne pas l’encourager mais il avait pas besoin d’invitation.
– Salut la belle. T’es neuve dans le coin comme qui dirait ?
Toujours sans le regarder, j’ai dit lentement.
– Si tu m’avais déjà vue avant, tu serais plus en mesure de me poser la question.
Il a pris un regard amusé et l’a posé si maladroitement sur ses lèvres que ça lui faisait un rictus presque sexy.
– Ah ouai, t’es du genre gros mollets toi comme qui dirait. T’as conscience de ton petit effet.
– A regarder comment ta pomme d’Adam monte et descend, je dirais qu’il est plutôt grand l’effet. Il a souri et il a commandé une autre bière pour moi.
– Je m’appelle Stan et toi ?
– Ella, Ella katoudir.
Il s’est mis à me regarder comme une dinde prête à farcir, s’est approché et a chuchoté dans mon oreille.
– Hmm, tu vas vraiment tout me dire ?
Ella Katoudir
Nadia Bourgeois
A suivre ou pas…

nouvelle Ella Katoudir épisode2

J’ai posé ma conscience sur on le clic-clac et je me suis sentie plus légère.
Pas de tapis rouge, pas de banderole et pas de fanfare. Je me suis installée dans sa maison délabrée, genre « la maison de la mort certaine », le livre d’ Albert Cossery. Vous voyez ?
Non ? Un petit extrait s’impose alors !
« Les habitants d’une bâtisse branlante attendent avec angoisse le moment où celle-ci rendra son dernier soupir et s’écroulera sur leur tête. Le suspens et le désespoir que peut susciter une telle attente, laissent peu à peu la place à une révolte sourde et légitime. » C’est beau, je ne m’en lasse pas. Eh oui, on peut avoir un look de pouf et soigner sa beauté intérieure. Bref, je continue.
Mon arrivée, ça permettait à Trouduk de passer de statut de bourg à celui de village. Ca faisait du bien aux statistiques, ça dynamisait le recensement. Avec mon physique, j’étais la promesse d’une politique de prolifération et à la façon dont Balthazar me regardait, il y avait fort à parier qu’il se projetait dans la reproduction active et sans gênes de ses gênes.
Ouai, je sais, j’adore jouer avec les mots.
J’avais envie de faire un peu de tourisme agricole alors je suis me suis rendue au centre. Baltazar a offert de m’accompagner mais j’ai préféré errer seule.
Tout était organisé autour de la rue principale qui traversait le patelin. Les commerces étaient proches de la halle. Attend, c’était presque la ville ! Deux boulangeries, trois épiceries ! Oui, y avait de la concurrence dans le coin. Une mercerie, une droguerie, une charcuterie, une boucherie et, et…deux bars ! Un pour les vieux, un pour les jeunes. Juste avant d’entrer dans le cœur du village, y avait une grande place avec la mairie et la salle des fêtes. Comme si on pouvait faire la fête dans un coin pareil ! Finalement, je me suis aperçue qu’on pouvait faire la fête partout. Suffit de le vouloir.
On me regardait par la fenêtre. Les rideaux, ça faisait comme une chorégraphie. A des moments, ils se soulevaient, balançaient de gauche à droite et retombaient lourdement sur les carreaux et à d’autres, ils se tenaient en suspension dans les limbes du désir naissant chez les retraités concupiscents, les machos en marcel et les ados pré-pubères.
J’étais l’attraction de Trouduk. J’ai pensé, bienvenue à ploukland ma vieille. J’avoue, je me la suis jouée un peu star hollywoodienne ou Woody Alien. Le péché d’orgeuil. Que Dieu me pardonne. J’ai descendu la rue principale en ondulant de la croupe et en remuant la main devant mon visage pour l’éventer;j’étais en nage. Il faisait une chaleur à crever et le soleil cognait tellement fort que même les murs prenaient des coups de soleil. Mes lunettes noires de mouche faisaient écran entre mon petit moi et celui des autres. Du coup, ça n’a pas fait un pli. Tout le monde a rappliqué dare-dare au dehors.
Vous avez déjà regardé le loup de Tex Avery ? J’étais tombée au milieu d’une meute et les louves montraient les crocs. Elles avaient déjà sorti la laisse et le bâton au cas où.

A suivre ou pas…

Citation Serge Gainsbourg

Rendre l’ âme ? D’accord mais à qui ?

Serge Gainsbourg

Métamorphose

Chemin de vie :

Précédemment, j’ ai évoqué l’animal totem. Le mien est le papillon, le symbole de la métamorphose. Le temps est venu pour moi de sortir de ma chrysalide pour prendre mon envol, exprimer ce qu’est ma vision du monde. Je l’ose un peu plus chaque jour et je ressens le bonheur intense que me procure l’échange avec les autres bloggers. L’échange ne nuit qu’à celui qui le fuit. J’ai découvert des personnes qui sont des univers à elles seules et moi même, je vis actuellement des moments uniques et intenses. Je viens de passer une excellente soirée en compagnie d’amis précieux et je me sens sereine. J’ai envie d’écrire et d’écrire encore et encore, jusqu’à assécher l’encre de ma plume.

Voilà maintenant deux an que je suis des cours d’écriture auprès d’ Anaël Verdier à Bordeaux http://atelierdecriturebordeaux.com/ . J’ aime noircir du papier et j’ai tellement envie de partager que c’est tout naturellement que je me suis tournée vers cet atelier. Je ne le regrette pas car j’y ai suivi et y  suis encore un  enseignement exceptionnel.  Anaël ne se contente pas de transmettre des techniques d’écriture. Il accompagne les auteurs dans ce processus long et douloureux qu’est l’identité d’auteur en compagnie d’intervenants comme Caroline Cochet http://nouvellesecritures.fr/qui encadre efficacement les synopsis des aspirants écrivains ou encore Denis Tison http://www.versionfinale.org/ dont la bienveillance aide à voir plus clair en soi et en son chemin de vie d’auteur. Je  traverse une expérience exceptionnelle dans laquelle j’ai découvert qu’écrire des histoires, c’est d’abord écrire la sienne. C’est le récit d’une métamorphose.Je mesure à quel point le chemin est long, mais la distance à parcourir ne me préoccupe plus parce que j’ai enfin saisi l’essentiel. C’est le chemin qui est important, pas la destination, parce qu’elle sera de toutes façons, le point de départ d’une autre route. Jane Auel a suivi des cours en atelier d’écriture et cela a donné naissance à la saga, « les enfants de la terre ». Camilla Lackberg, également connue pour son talent dans le polar suédois, aurait suivi, elle aussi, des cours en atelier d’écriture. Si vous aimez écrire mais que la foi,  le courage ou l’inspiration vous manquent, n’hésitez pas à prendre des cours et laissez les mauvaises langues et les fervents croyants vous dire que c’est un acte réservé aux dieux.