Archives du blog

Réinvente-moi Schiele !

schiele_embrace

Tableau Egon Schiele « L’enlacement »

Réinvente-moi Schiele !

Décharne-moi dans un horizon parme
Aurore-moi dans un horizon feint
Etire-moi dans un sillon de larmes
Essence-moi d’un trait d’humour repeint

Eviscère-moi d’un mot dans un geste défait
Arpente-moi jusqu’à perdre mon souffle
Réinvente-moi dans ta folie étoilée
Eveille-moi en toi de ton âme éraflée

Cristallise-moi dans tes rêves inavoués
Assouvis-moi de tes mains pénétrantes
Eclate-moi dans tes fantasmes esseulés
Impatiente-moi de ta vie rugissante

Réinvente-moi pour l’éternité !

Nadia Bourgeois

Andrew McPhail, métamorphoser ses blessures

Métamorphose : le mot « métamorphose » vient du grec morphè (forme) et du préfixe meta (qui exprime un changement) : passage d’un état à un autre état.

La métamorphose résulte parfois d’un cheminement artistique visant à panser des blessures, d’un désir de sublimer la douleur. C’est le cas de l’artiste séropositif, Andrew MCPHAIL dont les créations reposent essentiellement sur l’acceptation des épreuves difficiles que la vie nous inflige.
Son œuvre, «All my little failures », (tous mes petits échecs) représente une burka réalisée entièrement à partir de pansements, inspirée par un fait divers sordide survenu en Ontario. Une jeune fille qui ne voulait pas porter le hijab à l’école a été assassinée par son père.
Andrew accomplit des performances de rue aux cours desquelles il porte cette burka et distribue des pansements aux âmes en peine.
A la question : Quelle est la signification de « all my little failures »?
Il répond : « Pour moi, cette œuvre renferme de nombreuses significations qui se sont accumulées avec le temps et, j’espère que le public les saisit. Elle aborde principalement le fait d’être couvert et dissimulé, mais en même temps, le fait que la façon dont on se cache attire l’attention vers soi et nous rend extrêmement visible. J’ai superposé cette notion aux personnes vivant avec le VIH et au fait que si je ne disais pas que je suis séropositif, on ne le devinerait probablement pas. Un voile peut à la fois cacher et révéler — un peu comme les aspects de la vie avec le VIH et les divers degrés que l’on peut révéler en public ou non ».

Je suis très touchée par les démarches artistiques semblables à celles d’ Andrew McPhail. La créativité, la sublimation, la transfiguration du réel ont quelque chose à voir avec la survie.
Cela ne revient-il pas à dire : Toutes ces blessures, ces fragments fragiles, ces bouts de moi, sont un coin d’histoire, un rempart contre l’oubli, l’effacement ?
Avez-vous songé à vos propres métamorphoses ?

Site de l’artiste : http://www.andrewmcphail.com/all-my-little-failures.html
Extrait de l’interview : http://www.catie.ca/fr/visionpositive/ete-2012/art-posiif-peau

METAMORPHOSE ESCHER

l'infini en mouvement

escher métamorphose

Le plein et le délié valsent dans les jeux d’ombres.
Dans leur fragilité marquée par les accents,
Se font et se défont, étirent la pénombre,
Muant leurs traits figés en rêves opalescents.
Nadia Bourgeois

RICK OWENS HABIT DE PEAU

5148101_3

Fashion week 2015

Lorsqu’il chassa du paradis, « L’éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau et il les en revêtit. »

J’y vois une métaphore de la naissance. L’homme vient au monde en tenue de naissance. Cette peau dont nous sommes revêtus lorsque nous sommes expulsés du ventre de notre mère, ce paradis à l’abri duquel la vie nous construit patiemment.

Le styliste visionnaire Rick Owen revisite à sa manière la genèse. Décrié, moqué, ce défilé pose néanmoins la question de notre rapport au corps, à la peau. Porter des habits de peau, du cuir, est  un acte banalisé. Cela ne pose aucun problème et pourtant, nous revêtons une autre peau et ne cessons d’en changer tout au long de notre vie, de la falsifier, la travestir à loisir, d’entrer dans la métamorphose. Ce mannequin qui porte un autre mannequin en guise de parement nous le rappelle de manière brutale et cynique, même si la démarche ne se revendique sans doute d’aucune action de dénonciation.

Interroger la métamorphose revient-t-il à s’interroger sur le sens de notre existence ?

 

 

 

Alexandro Jodorowsky

Alexandro Jodorowsky  « La danse de la réalité. »

« Guérir, c’est être soi ».

Dans les pointillés, les espaces sont aussi importants que les tirets.  L’essentiel est dans le point t’y es !  Dans le faut filer  de mon existence, j’ai cousu ma spiritualité au gré des rencontres qu’elles soient physiques ou livresques et Jodorowsky est à mon sens une rencontre exceptionnelle. C’est pourquoi je voudrais vous parler de cet être hors norme.

Romancier, poète, essayiste , scénariste, réalisateur, metteur en scène, inventeur de la « psychomagie » du terme psycho généalogie, fondateur du théâtre panique, et bien d’autres choses encore, ce grand homme né au Chili en 1929, nous offre le chemin de sa vie avec la sensibilité d’un poète.  Il dira de lui : « M’étant séparé de mon moi illusoire, j’ai cherché désespérément un sentier et un sens pour la vie ».

Il décrit le parcours initiatique qui l’a mené à devenir ce qu’il est aujourd’hui. Un être qui  met son expérience au service de la souffrance des autres.

Il est un passage du livre qui résume à mon sens la démarche de cet homme.

L’élève montre au  maître un poème.

Un papillon :

Je lui ôte les ailes,

J’obtiens un piment !

La réponse du maître est immédiate : «  Non, ce n’est pas cela, écoute :

Un piment :

Je lui ajoute des ailes,

J’obtiens un papillon. »

« La leçon était claire : l’acte poétique  devait toujours être positif, rechercher la construction, non la destruction. »

Et vous, quel acte poétique commettez-vous ?

La danse de la réalité Alejandro Jodorowsky

Gainsbourg graffitis

Quel plus bel hommage pouvait-on rendre à cet artiste qu’est Serge Gainsbourg qu’en graffitant son mur
rue de Verneuil pour l’élever au rang de Mausolée artistique !
Je vous laisse découvrir ce magnifique symbole d’amour et de respect de la part de ses fans.

Clarissa Pinkola Estés Femmes qui courent avec les loups

Femmes qui courent avec les loups

Clarissa Pinkola Estes

Femmes qui courent avec les loups

Il est des ouvrages qui vous marquent, font résonance et vous accompagnent toute une vie.
Vous avez beau refermer le livre, vous y revenez et y puisez sans cesse de cette magie qui fait les belles histoires ; pour vous abreuver de cette lumière qui vous éclaire et vous guide.

Femmes qui courent avec les loups est de ceux qui vous ouvrent la vue et vous montrent le chemin. J’ai découvert ce livre au cours d’une conversation avec un ami. Oui, un ami car contrairement à ce que peut évoquer le titre, ce livre est tout aussi bien adapté à un homme qu’à une femme. Son retour était tellement enthousiaste que je me suis précipitée pour l’acheter. Dès les premières lignes, j’ai eu une révélation. Celle d’avoir fait une belle rencontre. J’en relis des extraits pour m’en imprégner et pour le plaisir de me laisser transporter par la beauté des contes que Clarissa Pinkola Estés nous livre. J’ai offert cet ouvrage à une amie et je l’offrirai encore car il est des messages qu’il faut savoir partager.

Clarissa Pinkola Estés se définit comme une analyste jungienne, poétesse et cantadora.
En tant que telle, elle a appris à des femmes de se réapproprier leur vrai nature et recouvrer leur instinct sauvage en se livrant à des fouilles « psycho-archéologiques » des ruines de leur monde souterrain.

Elle a consacré une bonne partie de sa vie à l’étude de la biologie animale et particulièrement celle des loups et c’est en observant cet animal qu’elle a pu établir des parallèles troublants entre le comportement des loups et celui des femmes.
Elle révèle des caractéristiques psychiques communes comme la force, l’endurance, l’instinct, l’attachement et la fidélité familiale entre autres.
Tous les deux ont été chassés harcelés, décriés, considérés comme inférieurs à leurs détracteurs. C’est durant son étude des loups que l’archétype de « La femme sauvage » est né.
Clarissa nous parle de « La femme sauvage » non comme un être associable, mais comme un être doté de sa spontanéité originelle, un être débarrassé du carcan de la société bien pensante.
Son instinct libéré, la femme sauvage ne craint pas le loup comme on le lui a enseigné. Elle court avec lui, les pieds nus et elle rit à gorge déployée parce qu’elle est elle-même tout simplement. Cette libre expression de soi, si violemment condamnée à travers les siècles, ces stigmates de culpabilité si longtemps endossés par atavisme, Clarissa propose de s’en défaire.

Les contes nous disent, nous expriment, nous enseignent quelque chose de nous-même dans un substrat de métaphore élevé au point que nous avons sans doute oublié son fondement même. Etre à l’écoute de sa voix intérieure, apprendre à reconnaître son pouvoir sauvage à l’intérieur de la psyché, se fier à son intuition et se faire confiance.

Clarissa Pinkola Estés affirme que le meilleur moyen de rester en contact avec le sauvage est de se demander ce qu’on veut. « Il est nécessaire de faire la différence entre ce qui nous interpelle et l’appel qui vient du plus profond de notre âme. »
Pour illustrer son propos, elle utilise l’exemple du buffet. Difficile de faire un choix tant les mets sont tentants. Ils éveilleront l’appétit de bon nombre d’hommes et de femmes qui choisiront de goûter un peu de tout, sans qu’ils aient réellement faim.
« Lorsque nous faisons ce type de choix, nous décidons de nous offrir une chose parce qu’elle est sous notre nez à ce moment précis. Elle ne sera pas forcément ce dont nous avons besoin.

Lorsque nous sommes en relation avec le Soi instinctuel, avec l’âme du féminin qui est naturelle et sauvage, au lieu de regarder ce qui s’offre à notre vue, nous nous disons :
De quoi ai-je faim ? Sans jeter un œil à l’extérieur, nous nous aventurons à l’intérieur et nous demandons : « de quoi est-ce que je me languis ? Qu’est-ce que je souhaite aujourd’hui ? »
En général la réponse est rapide : « Je crois que je veux… »
Peut-être que ce que nous cherchons n’est pas présent dans le buffet et qu’il faille le chercher un peu, parfois longtemps et nous serons heureuses d’avoir cherché quels étaient nos désirs profonds.

La femme sauvage est celle qui ose, celle qui crée, celle qui détruit. Elle est l’âme primitive, inventive, qui permet tous les actes créatifs, tous les arts. »

Je ne vais pas vous citer tous les passages de ce livre, tant il contient de pépites.
Clarissa Pinkola Estés évoque la nécessité pour une femme de se reconnecter avec sa nature sauvage, son instinct de louve pour ne pas perdre son âme.
Et c’est dans la magnificence de sa narration généreuse et son talent de conteuse que Clarissa nous livre les clés de la compréhension féminine.
Longtemps muselée, corsetée, la femme est devenue la geôle de son âme asservie.
Qu’on la laisse courir et bientôt, elle jettera ses chaussures pour sentir le chatouillement de l’herbe sous la plante de ses pieds et de sa robe surgira une magnifique queue. Elle courra toujours et encore et à un moment elle poussera un cri. Un énorme cri. Celui d’une louve affranchie qui ne craint plus d’être en devenir dans sa créativité la plus primitive !

Je vous recommande la lecture de ce fabuleux ouvrage.

L’ EMPREINTE DE L’ ETRE

Nous sommes voués à la fulgurance et l’évanescence. Pour autant, est-ce que la finitude est notre devenir ? Depuis des temps immémoriaux, nous nous évertuons à défier le néant ;cette absence de nous dans l’inconnu de l’après.
Empreinter le monde et laisser le parfum de notre âme au passage, en pointillé en continu, ad lib…
Qu’elle soit mise en mots ou ineffable, l’empreinte dit tout de nous.
Elle est trace, elle est continuité ; la possibilité d’être ici et ailleurs. Elle est la vie offerte à un autre être, un pas dans le sable, une idée fossilisée sur le parchemin de notre histoire.
Elle s’habille de rires, de gestes, de rites, de quotidien. Elle s’emplit de l’autre.
Une esquisse sur un carnet, une photo jaunie. Une arabesque, une tirade, une odeur d’enfance.
Une trace invisible de l’air brassé dans l’espace et gravée dans le cœur de celui qui reçoit ce geste, en imprime la trajectoire et la traduit en émotion.
L’écriture est une trace comme en laisse sur le sol les limaces. Elle brille et montre le chemin parcouru et à suivre sur la connaissance de soi.
Elle est matière. Qu’elle ait la consistance d’un empâtement sur la toile, d’une volute échappée d’une marmite ou d’un son capturé dans un micro sillon, la trace réside dans le charme de l’écoulement perpétuel du sable. Un trait d’union entre le passé et le présent.
Alors pour perpétuer la vie, l’artiste n’a de cesse de créer pour reculer les limites de la finitude aux confins de l’oubli.
Observez vos traces, suivez celles des autres et partagez-les. C’est un acte de vie.
L’empreinte est le ravissement de l’éphémère qui s’inscrit dans un éternel présent. Une immanence de l’être à être, une destination à l’autre.

Performance du Peintre Yasuo Sumi.

OakOak Street art

Quand l’humour et la poésie s’invitent dans la rue. C’est aussi ça, transfigurer le monde.

Oakoak est un artiste de rue français, originaire de St Etienne. Il détourne les éléments et les espaces urbains pour se les réapproprier et nous offrir sa vision du monde. A découvrir absolument !

street art

POUSSER UN CRI

La première chose que j’ai faite en arrivant au monde, c’est crier. Seulement, je ne me souviens plus si c’était pour exprimer de la joie, de la surprise, de la douleur, de la terreur, du plaisir, de la victoire ou encore de la révolte. Ne sachant à quelle occasion je pouvais le sortir, je l’ai longtemps réprimé. J’étais bien trop fatiguée pour m’en préoccuper. Si bien qu’un jour, il m’a échappé.
Il était si fort, si violent, que je suis restée abasourdie ; me demandant comment il avait pu, lui d’ordinaire si discret, se livrer à un telle fureur.
Je l’ai sommé de rentrer, mais il a refusé ! Lorsque je lui ai demandé pourquoi ? Il a répondu que je l’avais trop longtemps contenu et qu’il n’en pouvait plus. Il avait fait trop de chemin, il venait de très loin, avait enflé, enflé jusqu’à exploser.
Je lui ai présenté mes excuses, ai supplié son pardon. Je n’avais jamais appris à crier sciemment. Il a accepté à condition que je le laisse aller et venir quand le besoin s’en ferait sentir. J’opinai sans réserve, trop contente de combler enfin mon ignorance.
Aussi, lorsque des déserts de silence arrivaient jusqu’aux portes de mon ennui, je poussais un cri. Oh, je le poussais timidement d’abord pour voir quel effet cela faisait, puis un peu plus fort pour faire du bruit.
Plus je pratiquais, plus je m’enhardissais. Je les essayais tous. Les cris de détresse, les cris d’enthousiasme, les cris de guerre ! Je les modulais, allais jusqu’à les prolonger. J’étais enivrée. Je les réclamais tous à cor et à cri. Ma fatigue, envolée !
Ce jour là, j’avais compris que l’on n’est jamais autant en vie que lorsque l’on pousse un cri.
Le cri est salvateur, ne l’empêchez pas de s’exprimer.

Allez-y vous aussi. Où que vous soyez, poussez un cri !

LE CRI D EDVARD MUNCH

TOUS LES CRIS LES S.OS Daniel Balavoine