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METAMORPHOSE ESCHER

l'infini en mouvement

escher métamorphose

Le plein et le délié valsent dans les jeux d’ombres.
Dans leur fragilité marquée par les accents,
Se font et se défont, étirent la pénombre,
Muant leurs traits figés en rêves opalescents.
Nadia Bourgeois

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Eric Emmanuel Schmitt Lorsque j’étais une oeuvre d’art

518q3yk3eal-_ss500_« – Tu es mon œuvre, mon chef-d’œuvre, mon triomphe. »
« – J’enfonce même la nature. Jusqu’à toi, je n’avais qu’elle comme rivale sérieuse. La nature ! »

« Cette fois si maline si sournoise si inventive, si futée soit-elle, elle est incapable de réaliser ce que je viens d’achever avec toi. Recalée, inapte, pas assez d’extravagance.
– Tu ne ressembles à rien de connu car l’art n’est pas imitation, tu es mon geste, ma vérité…Lama avait vêtu les trente beautés d’une combinaison rose sans plis ni coutures qui imitait parfaitement la nudité, la peau de tissu moulait leurs corps avec indécence et seuls deux boutons rose fushia sur les seins et un triangle de crin noir sur le bas-ventre signalaient l’artifice. Les beautés se pavanaient entre les invités sans se douter, comme moi, que Zeus ne leur avait créé cet uniforme de nudité saumon que pour mieux dénoncer la Nature et sa consternante absence d’invention. »

Lorsque j’ai lu ce roman il y a quelques années, j’ai été vraiment touchée par le héros dont on ignore le nom à part celui d’ Adam bis, dont l’affuble son géniteur artistique, Zeus-Peter Lama. Pour oublier sans doute qu’il ne s’est pas fait tout seul, ce dernier se substitue à son propre créateur pour façonner son chef-d’oeuvre. Rien que cela. Adam bis se voit dépossédé de tout ce qui fait l’intérêt d’être humain : disposer (dans une mesure toute relative) de son humanité. Le créateur névrosé, non content de le transformer, va jusqu’à tenter de lui ôter son âme, sa conscience pour le réduire à l’état d’objet. Cela me fait penser à « L’homme qui était refait » d’Edgar Allan Poe dont on admire dans la nouvelle,  la dentition parfaite, le corps magnifique et vigoureux . Pourtant, celui-ci n’est plus qu’un amas de vêtements, un être en kit soumis à l’assistance de son valet lorsque le masque tombe.

Quelle est cette vanité humaine qui nous pousse sans cesse à vouloir dépasser la nature au lieu de l’honorer ? Dans ce cas,  l’art tente d’imiter la conscience de notre fragilité, l’insupportable finitude de notre condition. Hors, redouter d’exister dans son ombre sans comprendre ce qu’elle nous enseigne ne nous rend pas plus fort, mais plus inhumain. Plutôt que d’entrer dans un bras de fer avec la nature, créer avec elle et non contre elle nous fait grandir. Le propre de l’art n’est il pas de s’affranchir des limites en sublimant la nature plutôt qu’en l’enfonçant ? Offrir au monde une multitude de visions poétiques du monde ?

Tant que l’homme n’aura pas réglé son complexe des origines, il reste à craindre pour son avenir. A l’heure du trans-humanisme, la question est fondamentale tant les dérives possibles sont effrayantes.

 

L’art conceptuel ou la métamorphose d’un être.

J’évoquais précédemment de chemin et les digressions en cours de route sont parfois très enrichissantes. Je faisais hier soir une recherche sur l’anthropométrie d’ Yves Klein lorsque je suis tombée, au cours de mes clics-errances, sur l’artiste Marina Abramovic.
Cette rencontre a supplanté mon intérêt pour Klein. Qu’il me pardonne, je souhaite aujourd’hui partager avec vous sur elle.

Marina Abramovic, née le 30 novembre 1946 à Belgrade, est une des plus grandes artistes « performeuses » du courant artistique Art corporel. Durant plus de trente ans, elle inflige à son corps des tortures comme la flagellation, la congélation de parties de son corps sur des blocs de glace, etc… en présence d’un public.
A travers ses actes et son regard, elle interroge notre part la plus sombre et dépasse ses limites. Se rendre maître de son corps, devenir sa propre expérience. Marina a tourné dans une vidéo où elle se coiffe en répétant « art must be beautiful, artist must be beautiful. » Elle se brosse au départ normalement et peu à peu, ses gestes deviennent saccadés, violents et entre dans une sorte de transe hypnotique, répétant sans cesse cette litanie « Art must be beautiful ».
Montrer plutôt que dire ? Que veut-elle dire ? Est-ce seulement de l’ego, du nombrilisme, de la folie ou un message artistique ? Elle a parfois poussé le vice jusqu’à mettre son corps en danger et seules les interventions du public l’ont tirée d’affaire. Jusqu’où l’être humain est-il prêt à aller dans la passivité avant de réagir à la souffrance lorsque celui ci est mis en scène dans un cadre artistique ? Jusqu’ où va la liberté d’un individu et où sont les limites du supportable ? Sa démarche, vivement critiquée dans les années 70, l’entraîne jusque dans un hôpital psychiatrique. C’est là l’objet d’une véritable étude sociologique et psychosociologique qu’elle mène à sa façon. L’empathie n’est-elle qu’un artifice lié à un contexte précis ?

Poussée par la curiosité, j’ai visionné des vidéos sur ses performances et j’ai été interpellée, comme happée par le personnage. Plus encore que la performance elle-même, c’est ce qu’elle est capable d’insuffler au public qui me retient à elle. Les regards sont en suspension léthargique et une véritable connexion s’établit peu à peu. Cela vaut le détour. Certaines de ses actions peuvent interloquer, voire choquer. On pourrait y voir là de l’exhibitionnisme… Toujours est-il qu’elle interroge et qu’elle n’est pas seulement un objet qui s’offre aux regards des autres mais elle porte elle-même un regard sur les autres qui oblige à regarder en nous. C’est comme une sorte de transe collective.

La vidéo est longue et si vous n’avez pas le temps de tout visionner, je vous recommande de regarder un morceau de ces « seven easy pieces » à partir de 18 mins et d’attendre pour voir la progression. Observez ce qui se passe, c’est troublant. Cela vous prendra quelques minutes à peine.