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Hémophile anonyme

Extrait du film Irlandais Once, le film coup de coeur de Sundance  (2006)

Les acteurs et leur musique m’ont enchantée. C’est un partage qui vient du coeur, tout comme le texte qui va suivre.

Hémophile anonyme

Avant de pousser la porte des hémophiles anonymes, j’avais du mal à trouver ma place. Je saignais pour un enfant battu, un homme à terre, un vagabond affamé, une idylle perdue, la moindre déconvenue. Au début, mon entourage s’en émouvait, mais bien vite, s’en agaça. Tu n’as aucune pudeur et puis, tu mets du sang partout ! Face à ces récriminations, je n’avais d’autre recours que de dissimuler ma douleur. J’entourais mon cœur de bandages pour le comprimer. Jusqu’au jour où un ami me recommanda de rejoindre le groupe des hémophiles anonymes.
Au départ, je peinais à contenir mes débordements hémoglobulaires, mais au bout de quelques séances, je racontai fièrement n’avoir pas saigné devant mon poste de télévision en apprenant les conflits ou la progression de la misère dans le monde. Tous m’applaudissaient. Mon cœur avait fini par sécher. C’était bien mieux ainsi, m’avait-on dit. On ne pouvait pas sauver tout le monde. J’aurais pu me féliciter de ces encouragements, de ne plus souffrir de compassion, de ne plus étaler outrageusement ma douleur aux yeux des gens si je n’avais pas rencontré Mirabelle. Cette nouvelle recrue venue demander l’asile poétique. A son contact, ma poitrine a enflé ; je me suis mis à saigner un peu, beaucoup, passionnément, à la folie pour elle. J’ai rechuté, qu’importe ! Je ne suis plus anonyme. Si d’aventure je saigne trop, elle pose sa main sur mon cœur et ce dernier n’a plus peur. Je saigne juste ce qu’il faut depuis trois mois. J’ai toujours du mal à cicatriser, mais avec l’aide de Mirabelle, je n’ai plus à me protéger d’aimer.

Nadia Bourgeois

« Comment trouver un homme assorti à son sac à main »

 

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« Comment trouver un homme assorti à son sac à main » Nadia Bourgeois

La magie de l’amitié et de la rencontre

Aujourd’hui est un jour un peu spécial. Je suis avant tout auteure fiction, mais il y a quelques temps de cela, j’ai écrit un guide pratique intitulé  » Comment trouver un homme assorti à son sac à main ».  Un ouvrage qui part de l’hypothèse que l’on devrait choisir son partenaire comme on choisit son sac à main. Le sujet est traité avec humour, mais n’est pas dénué d’un fond sérieux puisque j’ai interrogé une centaine de femmes sur le sujet.

C’est une invitation à la réflexion au sujet de cet indispensable accessoire qui nous accompagne tous les jours, ce fidèle compagnon qui répond à tous nos besoins.

Mon amie auteure Elisa Tixen m’avait encouragée à l’envoyer à des éditeurs, mais j’hésitais. Entre temps, en avril 2016, j’ai fait la connaissance d’une autre jeune auteure, Alexandra Le Dauphin avec qui j’ai échangé  à l’occasion d’un événement auquel nous avions été conviées par une amie commune, Laurence Marino également auteure. Il s’agissait de faire partie du jury d’un concours qui devait récompenser le travail artistique littéraire de jeunes volontaires à l’insertion à l’ EPIDE de Bordeaux. Ils devaient produire un texte, une vidéo ou tout autre support mettant en scène dix mots.

Nous avons sympathisé avec Alexandra et évoqué nos écrits. J’ai alors envoyé mon manuscrit à la maison d’Edition La boîte à Pandore dont elle m’avait donné les références et j’ai eu la chance de recevoir leur proposition de publication.

Nous sommes le 10 février et hier, j’ai été interviewée par Jean Michel Plantey de France bleu gironde au sujet de la sortie papier du guide prévue le 16 février et disponible sur  les sites de Mollat, la FNAC, Cultura, Espace culturel Leclerc, Amazon, etc…

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L’interview sera diffusée à 12h00 ce jour dans l’émission intitulée Place des grands hommes et disponible en podcast ensuite. Je suis heureuse de partager cet événement avec vous à quelques minutes de la diffusion en direct et je voudrais mettre à l’honneur et remercier ces amies qui ont rendu possible cette belle aventure.

 

 

Le sourire de noël

Le sourire est le chemin qui mène à la métamorphose.

C’est bientôt noël et nous nous affairons tous activement pour offrir des cadeaux à ceux que nous aimons et ce, pour voir leur visage s’illuminer de ce sourire que nous attendons en retour et nous rend si heureux. Alors, n’oubliez pas d’offrir un sourire ! En attendant, je vous offre un petit texte juste comme ça, pour sourire.

Demain c’est noël. J’ai envie de faire un cadeau qui vient du cœur, un cadeau particulier. J’ai déjà ma petite idée en franchissant la porte de la boutique devant laquelle je passe tous les matins. Je reconnais le vendeur à l’air triste. Les épaules voûtées, il s’applique à ranger des coffrets cadeaux en forme de bouches énormes derrière le comptoir. Il relève pesamment la tête et me lance un regard laconique épinglé au-dessus d’un visage figé dans ses rides d’amertume.
– Vous désirez ?
… Un sourire s’il vous plaît. Il continue à ranger les coffrets.
– Quel modèle ?
… C’est-à-dire ?
– Un sourire franc, massif, narquois, hypocrite, large, commercial, timide… je vais pas vous énumérer toute la liste !
– Je n’y avais pas réfléchi, je… L’homme s’impatiente un peu.
– Sinon, j’ai les coffrets spécial noël à prix promo. Il désigne un coffret doré posé sur le présentoir prévu à cet effet. Juste au-dessous, il est écrit :
« Sourire glacial ».
– Je désire simplement un sourire chaleureux.
L’homme hausse les épaules et repose le coffret.
– C’est vous qui voyez. Quelle quantité ?
Je suis abasourdie.
– Comment, quelle quantité ? Un sourire peut-il être pesé ?
– Non, je veux dire, pourquoi un seul sourire quand vous avez la possibilité d’en avoir toute une variété ?
– Un seul suffira pour commencer, merci.
– C’est pour consommer sur place ou à emporter ? Vous pouvez l’essayer si vous le souhaitez, le miroir est à côté.
– Oh, non, ça ira, c’est pour offrir. Pouvez-vous l’emballer ?
– Oui, il faudra ajouter un supplément pour l’emballage.
– Entendu. Vous acceptez les bonnes intentions ?
– Non, la maison ne se contente pas de promesses.
-Vous prenez les mains tendues ?
– Non, ce n’est pas assez lucratif. Excepté si vos mains sont pleines, bien entendu.
– Oh, je vois… Je lui tends un billet.
L’homme l’encaisse rapidement, me fait un paquet et me tend mon ticket de caisse sans modifier son expression. Je le glisse dans mon porte-monnaie et je reste là, sans bouger. Il lève un sourcil interrogateur. Je brandis le paquet avec mon plus beau sourire et je lui dis :
– Tenez, c’est pour vous.
– Qu’est-ce… C’est une blague ?
– Non, monsieur, je suis sérieuse. Vous vendez des sourires, mais vous semblez avoir perdu le vôtre. Joyeux noël !
La stupéfaction passée, l’homme m’offre un large sourire.

Nadia Bourgeois

Clarissa Pinkola Estés Femmes qui courent avec les loups

Femmes qui courent avec les loups

Clarissa Pinkola Estes

Femmes qui courent avec les loups

Il est des ouvrages qui vous marquent, font résonance et vous accompagnent toute une vie.
Vous avez beau refermer le livre, vous y revenez et y puisez sans cesse de cette magie qui fait les belles histoires ; pour vous abreuver de cette lumière qui vous éclaire et vous guide.

Femmes qui courent avec les loups est de ceux qui vous ouvrent la vue et vous montrent le chemin. J’ai découvert ce livre au cours d’une conversation avec un ami. Oui, un ami car contrairement à ce que peut évoquer le titre, ce livre est tout aussi bien adapté à un homme qu’à une femme. Son retour était tellement enthousiaste que je me suis précipitée pour l’acheter. Dès les premières lignes, j’ai eu une révélation. Celle d’avoir fait une belle rencontre. J’en relis des extraits pour m’en imprégner et pour le plaisir de me laisser transporter par la beauté des contes que Clarissa Pinkola Estés nous livre. J’ai offert cet ouvrage à une amie et je l’offrirai encore car il est des messages qu’il faut savoir partager.

Clarissa Pinkola Estés se définit comme une analyste jungienne, poétesse et cantadora.
En tant que telle, elle a appris à des femmes de se réapproprier leur vrai nature et recouvrer leur instinct sauvage en se livrant à des fouilles « psycho-archéologiques » des ruines de leur monde souterrain.

Elle a consacré une bonne partie de sa vie à l’étude de la biologie animale et particulièrement celle des loups et c’est en observant cet animal qu’elle a pu établir des parallèles troublants entre le comportement des loups et celui des femmes.
Elle révèle des caractéristiques psychiques communes comme la force, l’endurance, l’instinct, l’attachement et la fidélité familiale entre autres.
Tous les deux ont été chassés harcelés, décriés, considérés comme inférieurs à leurs détracteurs. C’est durant son étude des loups que l’archétype de « La femme sauvage » est né.
Clarissa nous parle de « La femme sauvage » non comme un être associable, mais comme un être doté de sa spontanéité originelle, un être débarrassé du carcan de la société bien pensante.
Son instinct libéré, la femme sauvage ne craint pas le loup comme on le lui a enseigné. Elle court avec lui, les pieds nus et elle rit à gorge déployée parce qu’elle est elle-même tout simplement. Cette libre expression de soi, si violemment condamnée à travers les siècles, ces stigmates de culpabilité si longtemps endossés par atavisme, Clarissa propose de s’en défaire.

Les contes nous disent, nous expriment, nous enseignent quelque chose de nous-même dans un substrat de métaphore élevé au point que nous avons sans doute oublié son fondement même. Etre à l’écoute de sa voix intérieure, apprendre à reconnaître son pouvoir sauvage à l’intérieur de la psyché, se fier à son intuition et se faire confiance.

Clarissa Pinkola Estés affirme que le meilleur moyen de rester en contact avec le sauvage est de se demander ce qu’on veut. « Il est nécessaire de faire la différence entre ce qui nous interpelle et l’appel qui vient du plus profond de notre âme. »
Pour illustrer son propos, elle utilise l’exemple du buffet. Difficile de faire un choix tant les mets sont tentants. Ils éveilleront l’appétit de bon nombre d’hommes et de femmes qui choisiront de goûter un peu de tout, sans qu’ils aient réellement faim.
« Lorsque nous faisons ce type de choix, nous décidons de nous offrir une chose parce qu’elle est sous notre nez à ce moment précis. Elle ne sera pas forcément ce dont nous avons besoin.

Lorsque nous sommes en relation avec le Soi instinctuel, avec l’âme du féminin qui est naturelle et sauvage, au lieu de regarder ce qui s’offre à notre vue, nous nous disons :
De quoi ai-je faim ? Sans jeter un œil à l’extérieur, nous nous aventurons à l’intérieur et nous demandons : « de quoi est-ce que je me languis ? Qu’est-ce que je souhaite aujourd’hui ? »
En général la réponse est rapide : « Je crois que je veux… »
Peut-être que ce que nous cherchons n’est pas présent dans le buffet et qu’il faille le chercher un peu, parfois longtemps et nous serons heureuses d’avoir cherché quels étaient nos désirs profonds.

La femme sauvage est celle qui ose, celle qui crée, celle qui détruit. Elle est l’âme primitive, inventive, qui permet tous les actes créatifs, tous les arts. »

Je ne vais pas vous citer tous les passages de ce livre, tant il contient de pépites.
Clarissa Pinkola Estés évoque la nécessité pour une femme de se reconnecter avec sa nature sauvage, son instinct de louve pour ne pas perdre son âme.
Et c’est dans la magnificence de sa narration généreuse et son talent de conteuse que Clarissa nous livre les clés de la compréhension féminine.
Longtemps muselée, corsetée, la femme est devenue la geôle de son âme asservie.
Qu’on la laisse courir et bientôt, elle jettera ses chaussures pour sentir le chatouillement de l’herbe sous la plante de ses pieds et de sa robe surgira une magnifique queue. Elle courra toujours et encore et à un moment elle poussera un cri. Un énorme cri. Celui d’une louve affranchie qui ne craint plus d’être en devenir dans sa créativité la plus primitive !

Je vous recommande la lecture de ce fabuleux ouvrage.

l’âme soeur

L’âme soeur

Nouvelle Ella Katoudir episode5

Je lui ai fait le coup de la carte postale maison pendant qu’il dormait la tête en arrière, la bouche ouvert avec une main posée sur la poitrine et l’autre pendante. On aurait dit un enfant avec ses boucles brunes et sa peau hâlée. Il avait un je ne sais quoi de touchant. Ca me remuait le short mais il fallait que je parte. Je pouvais pas me permettre le luxe de pousser plus loin l’analyse sur canapé. Je m’étais allongée mais mon compteur Freudien s’était bloqué sur la case actes manqués.
« J’ai passé un bon moment, merci pour tout ; la bombance et la nuit sous la pluie d’étoiles étaient d’enfer. »
Quand je suis sortie de chez lui, j’ai vu les deux mégères fidèles à leur poste sur le banc. Je me suis dirigée vers elles et je leur ai raconté quelle bonne nuit j’avais passé.
– Vous devriez essayer. Il est très confortable…
Elles ont fait leur mijaurée. Je me suis marrée parce que ça faisait déplacé à leur âge. Elles auraient dû sourire rien qu’à l’idée que ça pourrait leur arriver encore. Mais bon…
J’avais pas pour ambition de me lancer dans le service à la personne. J’étais tellement occupée par la mienne… J’ai pris mon sac et j’ai stoppé dans la rue principale sous la cagnard.
J’ai pas eu le temps d’attraper une insolation. Une voiture rouge coupée sport s’est arrêtée pour me prendre à son bord.
A l’intérieur, il y avait un mec coupé dandy. Il a retiré ses lunettes de soleil, a planté ses yeux dans les miens et m’a demandé :
– Je vous dépose où ?
– Au gré du peu m’importe pourvu que ce soit ailleurs. Vous savez si c’est loin ?
Il a souri, remis ses lunettes et je suis montée en jouant les starlettes sans oublier de donner en souvenir mon capot aux ragoteuses de Trouduk qui ne perdaient pas une miette de la scène et j’ai jeté un dernier coup d’œil à la crèche à Balthazar. Je repensais à ses bras chauds qui m’avaient enserrés la nuit dernière et le long hiver que j’allais affronter sur cette route dans ma quête de l’impossible, mais fallait que je m’arrache. Bouge de là. Comme dans la chanson d’ MC Solar. J’ai eu un pincement au cœur, mais comme on dit : « The show must go on ».
Ken s’est tourné vers moi et m’a fait un large sourire. Il était plein de dents. J’avais l’impression qu’elles faisaient une tentative d’évasion. J’ai répondu en cachant les miennes. On n’était pas assez intimes pour ça. Puis, je le trouvais un peu synthétique. Il avait le regard en mode persienne et son visage avait une teinte ultra violet. Bref, il devait passer plus de temps devant le miroir que devant un bouquin celui-ci. S’il m’entendait penser, j’en rougirais. Quelle ingrate je fais !
Y a pas. J’avais beau tenter de me raisonner, je pouvais pas m’en empêcher. J’avais les mirettes à 180 ° et je surveillais ses mains qui quittaient le volant.Tandis que l’une papillonnait dans ses cheveux, l’autre réglait le rétroviseur.
– Ca vous gêne si je mets de la musique ?
– Je vous en prie, faites comme si.
Vous le croirez pas. Il a appuyé sur un bouton et là, stupéfaction suprême, tempête dans le hit-parade, il m’ a mis du Claude François ! J’ai harponné la poignée de la portière et deux dents suicidaires se sont lancées dans le vide de ma bouche tétanisée par l’horreur.
– Vous aimez Cloclo ? Je trouve qu’il a révolutionné le paysage audiovisuel français avec ses déhanchés et ses danseuses. Il s’est mis à fredonner :
– Voile sur les filles, barque sur le Nil ! Tou dou dou dou !
– Au secours ! Criais-je en silence. Je suis entrée dans une transe d’étanchéité spirituelle et j’ai pratiqué les exercices de respirations apprises à mes derniers cours de yoga. Il a dû prendre ça pour de l’excitation.
– Vous êtes en voyage ?
– Non, je me rends à un enterrement. J’espère arriver avant la mise en bière.
– Ah… Ca l’a refroidit sec le Ken. Il a éteint la radio et j’ai cru qu’il allait me passer un requiem. J’aurais dû me douter que la compassion c’était pas son fort.
– Dans ces moments là, ça fait du bien de se lâcher. Allez-y, qu’il m’a dit. Si vous voulez parler ou pleurer, je comprendrais tout à fait. Tenez, y a une aire de repos, juste là. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le coupé dandy a fait un écart en équerre et nous voilà propulsés dans la twilight zone en moins de temps qu’il n’en fallait pour le subir malgré mes protestations, supplications et tout ce qui finit en « tion ».
A suivre ou pas.

nouvelle Ella Katoudir épisode4

J’ai pas eu le temps de répliquer. Balthazar, le roi de la bagarre est arrivé et l’a empoigné par le col. Il l’a fait dégager du comptoir et lui a collé un pain dans la gueule. Stan était sonné mais quand il a reprit ses esprits, il a foncé sur Balthazar et il a hurlé.
– Tu cherches la merde, comme qui dirait.
Balthazar n’a pas répondu. Il a juste esquivé l’attaque et lui a allongé un autre direct.
Stan s’est écrasé au sol, face contre dalle comme une décalcomanie.
Quand on a quitté le bar, tout le village était là. Ca transpirait le malaise et ça puait la haine dans le sérail.
– Elle est pas sitôt arrivée l’estrangère qu’on a déjà des problèmes ! Marmonnait une ménagère en tablier à carreaux.
– Y a qu’à voir comment elle est attifée ! C’est le diable cette fille là.
– Faut la chasser d’ici. Fulminait une autre. Elles jouaient du balai pour nettoyer devant leur porte ou pour rabattre les maris volages à l’intérieur.
J’ai pris un chewing-gum de la poche arrière de mon short et l’ai mâché suffisamment vite pour faire une grosse bulle que j’ai laissé éclater sur mes lèvres. Les pauvres farmers étaient à l’agonie. Ils savaient plus ou donner de la mauvaise foi. Ils juraient avec leurs poules tout en se bousculant pour apercevoir un bout de cuisse tandis qu’on retournait au bercail, Balthazar et moi.
– T’es un peu voyante comme fille. Faut pas traîner dans les bars comme ça. Ca se fait pas dans le pays. Tu vas rester bien gentiment ici et me raconter d’où tu viens. T’es de la ville ?
Je l’ai regardé avec un sourire narquois et je me suis assise.
– Qu’est-ce que ça peut te faire ? Demain je serai plus qu’un souvenir. Ca vous fera un sujet pour les journées où vous vous ferez chier. M’est avis que ça doit souvent vous arriver.
Balthazar m’a rétorqué que j’étais aussi coincée que les gens du patelin et que si je cautionnais pas l’atmosphère, je pouvais toujours aller à pied jusqu’à la sortie du village pour stopper. Les routiers sont sympas qu’il m’a dit.
Ca m a coupé net. C’est vrai que j’avais fait ma bourgeoise avec lui. J’avais pété plus haut que mon short et je m’en voulais. J’arrête pas de me la jouer avant-garde, genre je touche pas aux ringards c’est pas ma came, mais j’étais qui dans le fond ? Balthazar il avait un toit bien à lui alors que moi, j’avais même pas de quoi m’offrir une bagnole. J’ai regardé le fond de ma conscience et j’en ai lu une page. Ca m’a remis d’aplomb et pour ambiancer la soirée et faire œuvre de repentir, je l’ai aidé à cuisiner un morceau de barbaque façon terroir avec les légumes de son jardin et je dois dire que les tomates, elles avaient du caractère Elles sentent pas pareil que dans les supermarchés. Elles étaient chaudes et juteuses à souhait. Et sucrées avec ça ! Et le poulet, du délire ! Il n’avait pas la même consistance non plus. Tu lui arrachais pas la cuisse sans sa permission. Fallait jouer du bistouri pour lui retirer le « sot l’y laisse ». C’était pas du poulet de batterie, c’est sûr. Balthazar, il avait de bonnes manières. Rudes, certes, mais bonnes quand même. Il s’est intéressé à moi et m’a posé des tas de questions que j’esquivais poliment en les lui rendant. Je ne pouvais pas lui raconter, non, il ne comprendrait pas. C’était impossible à comprendre. Je savais que je devrais traîner mon paquet de conscience sous le bras, seule, un bon bout de temps. J’avais une chose à faire et rien ni personne, pas même Balthazar, ne pourrait m’en détourner. Et puis, j’étais plus d’humeur à échanger mon flux corporel que mon flux interne. Question de pudeur. Je vous entends déjà dire :
« Ah, ouai d’accord. On me la fait pas à moi ». C’est si compliqué que ça à comprendre ?
Mes valeurs sont placées au-dessus de la ceinture.
On a bu du vin qui vient de chez grand-père qui habite sur les coteaux et on s’y rend à vélo. Ouai, je sais ça tient pas sur une étiquette, mais il était fichtrement bon ! Ca m’a grimpé au ciboulot comme le lierre il grimpe au mur et ça m’a inondé les connexions synapsiennes. J’étais trop bien. Je découvrais le sens des vraies valeurs. Un accueil chaleureux et simple, un bon repas avec un mec bienveillant et une nuit à contempler les étoiles et écouter le silence.
En fait, j’étais redescendue au bas de l’échelle de la théorie des besoins et je profitai des bonheurs simples. On prenait le temps et je me suis aperçue que c’était du luxe. En ville, je le monnaye sans cesse le temps. Ici, il s’offrait à moi avec générosité. J’ai couché avec lui pour me faire pardonner. Et puis, il faut bien l’avouer, parce que j’en pinçais un peu pour lui.

Je suis pas douée pour les adieux et puis j’ai pas de mouchoir pour éponger ma tristesse alors le lendemain, je suis partie sur la pointe des pieds.

A suivre ou pas…

La connexion : St Exupéry

Le petit Prince :

En ce moment, je suis en train d’écrire un synopsis de roman concernant un délinquant de banlieue. Un de mes personnages m’est apparu comme une évidence sous les traits du Petit Prince de St Exupéry et cela m’a donné envie de relire ce conte merveilleux dont je ne me lasserai jamais je pense. j’étais confortablement installée au soleil dans mon jardin et j’ai savouré chaque instant passé en sa compagnie. C’était un beau voyage et parmi toutes les pépites que j’ai redécouvertes, il y en a une que j’avais envie de partager avec vous.
Le petit prince rencontre un renard qui l’informe qu’il ne peut jouer avec lui car il n’est pas apprivoisé. L’enfant lui demande « Qu’est-ce que signifie apprivoiser ?
– C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ca signifie créer des liens…
– Créer des liens ?
– Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…

Cela m’a rappelé que c’est ce que nous faisons tous avec nos blogs. Nous créons des articles pour tisser des liens et c’est ce partage qui nous rend tous uniques. Vous êtes à vous seuls des univers et tel le petit prince, nous allons d’univers en univers pour nous enrichir de l’unicité, de l’authenticité de chacun et c’est un bien précieux.

Poésie en points de suspension

Points de suspension

Au bout du point de suspension, il y a une respiration et demie
A laquelle je m’accroche en équilibre sur un rêve,
jusqu’au point de non retour.
Mon âme, sur ses pointes écorchées, traque chaque bout de souffle
entre les points t’y es !
Laisse le papier voler ! Je suis un désordre violent, une volute d’étonnement,
jusqu’au point d’interrogation.
Chut ! Lierre-moi jusqu’au supplice et enroule tes pensées autour de mes songes fantasmés.
Accueille ma réserve dans tes rives dormantes et conte moi chacune de tes hésitations, de tes prêches à la ligne.
Soliloque-moi, invertis-moi et empreinte-moi dans mes vagabonds délires,
jusqu’au point d’exclamation.
De cette émotion tardive dont tu tisses mes lèvres gonflées par l’orgueil,
j’en ferai mon cercueil et j’irai jusqu’au bout de la ligne pour qu’en fin de ma course,
j’épuise ton amour, à bout de souffle.
Au bout du point de suspension, il y a un songe et demi dans lequel je vais dormir.
p
Nadia Bourgeois

nouvelle Ella Katoudir épisode3

Y avait un bar juste un peu avant la halle avec un flipper au-dehors. J’ai franchi la porte et je me suis assise au comptoir. Je me serais crue dans un épisode d’un film de Western quand un étranger aux habits poussiéreux, Santiags aux pieds, pousse les portes battantes du saloon, avance en faisant tinter ses éperons et commande un whisky au comptoir. Tout le monde le dévisage, le pianiste s’arrête de jouer et le barman cesse d’essuyer ses verres. Ouai, silence total. Miss « Alien » est dans la place.
J’attendais qu’un client accoudé au bar dégaine sa winchester et me troue le sternum.
Au lieu de ça, le patron du bar est arrivé en suant comme un porc. On ne peut pas dire qu’il remuait le croupion avec aisance, mais il était rapide ; ses yeux surtout. Je dirais qu’ils sont arrivés sur moi avant lui.
– Bonjour mademoiselle, qu’est-ce que je vous sers ?
Je l’ai reluqué et j’ai lâché un skud.
– Quand t’auras fini de te rincer l’œil, j’aimerais bien une blonde pour me rafraîchir le gosier.
Il a fait un arrêt sur image, la bouche ouverte comme un lecteur D.V.D quand il ne peut pas lire le format. Il avait une gueule de seize neuvième. Il a fait la grimace et il a été me chercher ma bière. J’ai trempé mon doigt dans la mousse et je l’ai léché juste pour provoquer.
Le patron a dégluti et les clients aussi. Un jeune, cheveux longs, blonds filasse s’est approché de moi avec les mains dans les poches. Il s’est assis à côté de moi et a commandé « la même chose que mademoiselle. » Je ne l’ai pas regardé pour ne pas l’encourager mais il avait pas besoin d’invitation.
– Salut la belle. T’es neuve dans le coin comme qui dirait ?
Toujours sans le regarder, j’ai dit lentement.
– Si tu m’avais déjà vue avant, tu serais plus en mesure de me poser la question.
Il a pris un regard amusé et l’a posé si maladroitement sur ses lèvres que ça lui faisait un rictus presque sexy.
– Ah ouai, t’es du genre gros mollets toi comme qui dirait. T’as conscience de ton petit effet.
– A regarder comment ta pomme d’Adam monte et descend, je dirais qu’il est plutôt grand l’effet. Il a souri et il a commandé une autre bière pour moi.
– Je m’appelle Stan et toi ?
– Ella, Ella katoudir.
Il s’est mis à me regarder comme une dinde prête à farcir, s’est approché et a chuchoté dans mon oreille.
– Hmm, tu vas vraiment tout me dire ?
Ella Katoudir
Nadia Bourgeois
A suivre ou pas…