Archives de Catégorie: Poésie

Message oublié

vieil arbre image

Image Le Tribunal Du Net.fr

La lumière bruissait dans le regard couchant d’un arbre refeuillé. J’écoutais le cœur de sa sève écouler les minutes vagues au pied de mes espérances. Il me chantait les heures où les hommes savaient parler aux arbres, les entourer d’amour et leur conter des vers. Ils soufflaient dans leurs branches tous les secrets du monde et à leur tour, d’autres hommes venus d’un autre temps recueillaient ces confidences à l’ombrage de leurs murmures, les muant en légendes, tatouant dans l’écorce de ces géants d’émeraude, les rêves écorchés de leurs ancêtres.

Lorsqu’un jour, je le vis tout noueux de n’être plus visité, agonisant ses chairs dans des cris torsadés, une larme me vint, chaude et salée au coin de ma douleur. J’en cueillais les lambeaux, les glissaient dans l’herbier de mes souvenirs. Je les conservais telles de saintes reliques, y revenant parfois sans comprendre toutefois ce qu’ils faisaient là. Ils s’étaient asséchés, leur message oublié dans un vieux tiroir. Je n’entendais plus leur chant, à peine un craquement. Et quand je l’ai rouvert, quelques années plus tard, sur le lit de mon dernier soupir, j’en déchiffrais tardivement le sens. Il était écrit :

N’oublie pas de vivre !

Nadia Bourgeois

Publicités

Ode à mes amis blogueurs et blogueuses 

Il arrive parfois qu’un élan vous traverse avec la fulgurance d’un éclair. Et si je rendais hommage à ceux qui peuplent la blogosphère, qui m’encouragent, me réservent leur attention et m’enchantent de leur voix singulière d’une façon particulière ?  Il y en a tant ! Je n’ai pu être exhaustive malheureusement, aussi, y reviendrai-je sûrement.

Voyage en blogosphère 

Avez-vous déjà été en Aphadolie, cette mystérieuse planète de la connaissance où le savoir, balayé par la douceur de Green norden, circule en permanence ? Là-bas, tout est idéelle. Tandis que je traversais la bienveillante landcheyenne sous le ciel lumineux de Leyenda, je me laissais bercer par les vers oniriques de Moonath qui parvenaient jusqu’à moi dans un voile de murmures et je connus soudain l’envol poétique, Le vertige de l’oiseau. Il m’emporta Vers Antarès, terre de lyrisme enchanteur, découvrir les magnifiques Narines de crayon dont les mots taillés comme des monts sont traversés par une Culturieuse joyeuse montée sur un chevalet fougueux. Elle m’entraîna dans son sillage au pays des couleurs stupéfiantes,navigant sur des toiles singulières. Alors que j’atteignais les limites de ces contrées décalées, je vis les gifs de Dominique s’animer dans l’œil d’une flâneuse bretonne alanguie. Le regard appuyé contre le sien, la belle Anita, parée de tissus chatoyants, chantait les louanges de la féminité. Je les délaissais à grand peine, poursuivant inlassablement ma route,poussée par un délire de Brindille, portée par la hâte d’apercevoir d’autres univers merveilleux. Là, Elisa, Laurence et Polina aiguisaient leur plume, faisant jaillir des geysers d’émotions dans des déserts de vélin immaculé. Antony’M les histoires me soufflaient-elle. Je ne suis rien sans elles, murmurais-je, songeuse. C’est alors qu’Aquileana m’apparut, m’invitant à m’asseoir auprès d’elle. Elle me conta les mythes gréco-romains en me tenant la main.
Je prenais la mesure de l’immensité de la blogosphère et de ses richesses insoupçonnées.

HENRI MICHAUX

Henri Michaux Ecrivain poète peintre.

michaux portrait

Portrait Henri Michaux

 

Le vieux nébuleux

Toi, vieux nébuleux sans nom croupissant dans la chair

D’un évanescent royaume aux béances oculaires

Je vois abdiquer la lumière de ton essence indomptée

Rouler sur tes joues glabres tes rêves édentés

Devant l’agitation des corps crépusculaires

La déferlante inutile de cris contestataires

Des corpuscules émaciés par de vaines suppliques

Un signe insignifiant, un jet d’homme extatique

Une larme de sang rougissant

Dans ce regard qui ne veut pas se taire.

Nadia Bourgeois

 

Transcender la douleur

FRIDA KHALO

Frida Khalo artiste peintre

 

Transcender la douleur

Nul ne ravira ma vie, personne ne rongera mes chairs, c’est moi qui me déroberai à elles. Je les surprendrai par devant, d’un trait de génie, d’un coup de vers. J’irai là où je ne m’attends pas, juste pour voir s’il y fait froid, juste pour voir si je m’y noie. Mais je n’irai pas en arrière, je ne regarderai pas mon dos, je lui tournerai les yeux pour ne pas regretter.

Nul ne saura qui je suis, personne ne dictera mes mots, c’est moi qui brouillerai mon âme, je la maquillerai d’artifices. Je me mettrai en pieds, je pousserai bien haut et je lècherai le ciel, juste pour le trouer, juste pour m’amuser. Mais je ne cèderai pas mon souffle, je l’userai jusqu’à le perdre, jusqu’à me perdre de liberté, jusqu’à me tuer d’aimer.

Nul ne lira dans mes rêves, personne ne souillera mon monde, c’est moi qui les dessine ici. J’encrerai les branches des arbres, je rougirai les lacs et les forêts. Je tracerai des sillons de pensées en fleurs sur les routes de campagne, j’inonderai les flux dormants des hommes de grands projets inavoués. Mais, je n’oublierai pas d’insuffler la passion d’un amour sans condition.

L’envers de l’endroit où la racine se fissure surgira, d’une vigueur nouvelle, d’un espoir insoupçonné.

Nadia Bourgeois

Blaise Cendrars transfiguré

« J’aime le réel lorsqu’il est transfiguré avec une attention particulière »

Résultat de recherche d'images pour "BLAISE CENDRAR"Blaise Cendrars

Résultat de recherche d'images pour "BLAISE CENDRAR"

 

Portrait de Blaise Cendrars réalisé par Modigliani en 1917

La peinture est une forme d’écriture et j’aime à penser que Modigliani a transfiguré le réel avec une attention particulière » en exécutant ce portrait. Le regard de l’artiste, le point de vue de l’auteur nous offrent une multitude de regards. Vous pensez que c’est absurde ? Cela n’a rien d’absurde. L’absurde, c’est la créativité qui prend un pseudo. L’écriture est une proposition, non une prison. Un état d’être dans lequel je « m’encre » du bout de ma pensée pour défier les limites de la réalité.

Nadia Bourgeois

 

La
Ruche

Escaliers, portes, escaliers

Et sa porte s’ouvre comme un journal

Couverte de cartes de visite

Puis elle se ferme.

Désordre, on est en plein désordre

Des photographies de
Léger, des photographies de

Tobeen, qu’on ne voit pas
Et au dos

Au dos

Des œuvres frénétiques

Esquisses, dessins, des oeuvres frénétiques

Et des tableaux…

Bouteilles vides

Nous garantissons la pureté absolue de notre sauce

tomate-Dit une étiquette
La fenêtre est un almanach
Quand les grues gigantesques des éclairs vident les

péniches du ciel à grand fracas et déversent des bannes

de tonnerre
Il en tombe
Pêle-mêle

Des cosaques le
Christ un soleil en décomposition

Des toits

Des somnambules des chèvres

Un lycanthrope

Pétrus
Borel

La folie l’hiver

Un génie fendu comme une pêche

Lautréamont

Chagall

Pauvre gosse auprès de ma femme

Délectation morose

Les souliers sont éculés

Une vieille marmite pleine de-chocolat.

Une lampe qui se dédouble

Et mon ivresse quand je lui rends visite

Des bouteilles, vides  »

Des bouteilles

Zina

(Nous avons parlé d’elle)

Chagall

Chagall

Dans les échelles de la lumière

Poème de Blaise Cendrars

Réinvente-moi Schiele !

schiele_embrace

Tableau Egon Schiele « L’enlacement »

Réinvente-moi Schiele !

Décharne-moi dans un horizon parme
Aurore-moi dans un horizon feint
Etire-moi dans un sillon de larmes
Essence-moi d’un trait d’humour repeint

Eviscère-moi d’un mot dans un geste défait
Arpente-moi jusqu’à perdre mon souffle
Réinvente-moi dans ta folie étoilée
Eveille-moi en toi de ton âme éraflée

Cristallise-moi dans tes rêves inavoués
Assouvis-moi de tes mains pénétrantes
Eclate-moi dans tes fantasmes esseulés
Impatiente-moi de ta vie rugissante

Réinvente-moi pour l’éternité !

Nadia Bourgeois

Hémophile anonyme

Extrait du film Irlandais Once, le film coup de coeur de Sundance  (2006)

Les acteurs et leur musique m’ont enchantée. C’est un partage qui vient du coeur, tout comme le texte qui va suivre.

Hémophile anonyme

Avant de pousser la porte des hémophiles anonymes, j’avais du mal à trouver ma place. Je saignais pour un enfant battu, un homme à terre, un vagabond affamé, une idylle perdue, la moindre déconvenue. Au début, mon entourage s’en émouvait, mais bien vite, s’en agaça. Tu n’as aucune pudeur et puis, tu mets du sang partout ! Face à ces récriminations, je n’avais d’autre recours que de dissimuler ma douleur. J’entourais mon cœur de bandages pour le comprimer. Jusqu’au jour où un ami me recommanda de rejoindre le groupe des hémophiles anonymes.
Au départ, je peinais à contenir mes débordements hémoglobulaires, mais au bout de quelques séances, je racontai fièrement n’avoir pas saigné devant mon poste de télévision en apprenant les conflits ou la progression de la misère dans le monde. Tous m’applaudissaient. Mon cœur avait fini par sécher. C’était bien mieux ainsi, m’avait-on dit. On ne pouvait pas sauver tout le monde. J’aurais pu me féliciter de ces encouragements, de ne plus souffrir de compassion, de ne plus étaler outrageusement ma douleur aux yeux des gens si je n’avais pas rencontré Mirabelle. Cette nouvelle recrue venue demander l’asile poétique. A son contact, ma poitrine a enflé ; je me suis mis à saigner un peu, beaucoup, passionnément, à la folie pour elle. J’ai rechuté, qu’importe ! Je ne suis plus anonyme. Si d’aventure je saigne trop, elle pose sa main sur mon cœur et ce dernier n’a plus peur. Je saigne juste ce qu’il faut depuis trois mois. J’ai toujours du mal à cicatriser, mais avec l’aide de Mirabelle, je n’ai plus à me protéger d’aimer.

Nadia Bourgeois

Cri de femmes

Ainsi Dieu, usant de quelques artifices souverains m’a faite femme.
Que ne lui ai-je demandé de me laisser en paix.
Que n’ai-je eu la volonté de ne point naître sous cet aspect.

De ma chair ainsi dissoute, ne resterait que mon esprit.
Asexuée, ma voix se ferait entendre au-delà des préjugés.
Inatteignable, ma pensée ne serait plus sacrifiée sur le bûcher.

Que n’a-t-on brisé la côte d’Adam au tout commencement.
Je me passerai de lui dorénavant car c’est de mes entrailles
Que jaillissent sous la mitraille, ses descendants.

On me rend coupable d’être femme, on me diabolise, on me méprise,
On me lapide, on m’excise. On me calomnie
Et, pure ironie, au nom de Dieu, on me punit.

Qu’on le brûle à ma place si l’on veut rendre justice, car c’est lui qui m’a faite calice.
Que ne m’a-t-il fait matrice d’un amour incomplet,
Eternelle débitrice d’un être imparfait.
Que ne lève-t-on le voile qui m’anamorphose,
Pour qu’au bout des épines, éclot enfin une rose.

Ainsi Dieu, usant de quelques artifices souverains, m’a rendue actrice d’un monde factice,
D’un monde en plein déclin.

Nadia Bourgeois, Printemps des poètes 2013

Image via gilbert.descloux

poème sur Danaé

 

Afficher l'image d'origine

Danaé de Klimt  

L’or de Danaé

Au cœur de l’infini centre de l’âme, se déploie la vie
Morphose moi de tes ailes impatientes,
Empreinte moi de ton âme insouciante
Germine moi au cœur de l’infini
Jaillis-moi puissante de vie

Nadia Bourgeois

http://images.google.fr/

la calligraphe de l’air

La calligraphe de l’air

la calligraphe de l'air

danseuse

D’abord, elle défait lentement chacun de ses gestes, déboutonne ses doigts un à un pour dévoiler la chair délicate de la paume de sa main rosie par la pudeur des sentiments.
Elle fait glisser la lumière sur son épaule diaphane, chuchote son corps dans toute sa sensibilité, emplit l’espace de ses vibrations elliptiques.
Puis, dans une chorégraphie savamment orchestrée, elle projette son ombre dans une mue extatique. Pendues à une note coulante, ses pensées jouent sur le fil ténu de l’harmonique. Au bout du soupir, dressée sur la pointe de sa silhouette tendue comme un calame, elle exsude l’encre douloureuse de son âme dans de grands jetés, se perd dans des tracés lyriques et des signes oniriques.
Elle avance, fragile, dans toute la beauté de sa candeur tremblotante et la grâce de ses pas, vacillant comme une flamme prise dans les filets du vent.
Son souffle et la sueur mêlés dans ce ballet charnel, chantent la mélodie de l’être en devenir, bulle de soie en suspension aérienne dans une étreinte musicale.
Elle danse jusqu’à l’ultime respiration, jusqu’à papillonner au-dedans, jusqu’à mourir d’amour. Mourir dans la prose charnelle, mourir d’oser vivre l’éternel recommencement.
Jusqu’à vivre dans l’élan de l’instant, de la seconde féconde, de la retenue temporelle…
Lorsque, dans un dernier soubresaut, la calligraphe de l’air lâche une émotion au bout de ses arabesques, elle sait qu’elle a vécu sa plus belle histoire.

Nadia Bourgeois