Archives de Catégorie: peinture

Transcender la douleur

FRIDA KHALO

Frida Khalo artiste peintre

 

Transcender la douleur

Nul ne ravira ma vie, personne ne rongera mes chairs, c’est moi qui me déroberai à elles. Je les surprendrai par devant, d’un trait de génie, d’un coup de vers. J’irai là où je ne m’attends pas, juste pour voir s’il y fait froid, juste pour voir si je m’y noie. Mais je n’irai pas en arrière, je ne regarderai pas mon dos, je lui tournerai les yeux pour ne pas regretter.

Nul ne saura qui je suis, personne ne dictera mes mots, c’est moi qui brouillerai mon âme, je la maquillerai d’artifices. Je me mettrai en pieds, je pousserai bien haut et je lècherai le ciel, juste pour le trouer, juste pour m’amuser. Mais je ne cèderai pas mon souffle, je l’userai jusqu’à le perdre, jusqu’à me perdre de liberté, jusqu’à me tuer d’aimer.

Nul ne lira dans mes rêves, personne ne souillera mon monde, c’est moi qui les dessine ici. J’encrerai les branches des arbres, je rougirai les lacs et les forêts. Je tracerai des sillons de pensées en fleurs sur les routes de campagne, j’inonderai les flux dormants des hommes de grands projets inavoués. Mais, je n’oublierai pas d’insuffler la passion d’un amour sans condition.

L’envers de l’endroit où la racine se fissure surgira, d’une vigueur nouvelle, d’un espoir insoupçonné.

Nadia Bourgeois

Blaise Cendrars transfiguré

« J’aime le réel lorsqu’il est transfiguré avec une attention particulière »

Résultat de recherche d'images pour "BLAISE CENDRAR"Blaise Cendrars

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Portrait de Blaise Cendrars réalisé par Modigliani en 1917

La peinture est une forme d’écriture et j’aime à penser que Modigliani a transfiguré le réel avec une attention particulière » en exécutant ce portrait. Le regard de l’artiste, le point de vue de l’auteur nous offrent une multitude de regards. Vous pensez que c’est absurde ? Cela n’a rien d’absurde. L’absurde, c’est la créativité qui prend un pseudo. L’écriture est une proposition, non une prison. Un état d’être dans lequel je « m’encre » du bout de ma pensée pour défier les limites de la réalité.

Nadia Bourgeois

 

La
Ruche

Escaliers, portes, escaliers

Et sa porte s’ouvre comme un journal

Couverte de cartes de visite

Puis elle se ferme.

Désordre, on est en plein désordre

Des photographies de
Léger, des photographies de

Tobeen, qu’on ne voit pas
Et au dos

Au dos

Des œuvres frénétiques

Esquisses, dessins, des oeuvres frénétiques

Et des tableaux…

Bouteilles vides

Nous garantissons la pureté absolue de notre sauce

tomate-Dit une étiquette
La fenêtre est un almanach
Quand les grues gigantesques des éclairs vident les

péniches du ciel à grand fracas et déversent des bannes

de tonnerre
Il en tombe
Pêle-mêle

Des cosaques le
Christ un soleil en décomposition

Des toits

Des somnambules des chèvres

Un lycanthrope

Pétrus
Borel

La folie l’hiver

Un génie fendu comme une pêche

Lautréamont

Chagall

Pauvre gosse auprès de ma femme

Délectation morose

Les souliers sont éculés

Une vieille marmite pleine de-chocolat.

Une lampe qui se dédouble

Et mon ivresse quand je lui rends visite

Des bouteilles, vides  »

Des bouteilles

Zina

(Nous avons parlé d’elle)

Chagall

Chagall

Dans les échelles de la lumière

Poème de Blaise Cendrars

Réinvente-moi Schiele !

schiele_embrace

Tableau Egon Schiele « L’enlacement »

Réinvente-moi Schiele !

Décharne-moi dans un horizon parme
Aurore-moi dans un horizon feint
Etire-moi dans un sillon de larmes
Essence-moi d’un trait d’humour repeint

Eviscère-moi d’un mot dans un geste défait
Arpente-moi jusqu’à perdre mon souffle
Réinvente-moi dans ta folie étoilée
Eveille-moi en toi de ton âme éraflée

Cristallise-moi dans tes rêves inavoués
Assouvis-moi de tes mains pénétrantes
Eclate-moi dans tes fantasmes esseulés
Impatiente-moi de ta vie rugissante

Réinvente-moi pour l’éternité !

Nadia Bourgeois

S’il te plaît, dessine-moi

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Illustration de Fabienne Fumière Texte Nadia Bourgeois

S’il te plaît, dessine-moi une vague de larmes, des sillons d’embruns, un phacochère en rut, des rutabagas en pâmoison. Une cathédrale en dentelle pour caresser mon âme et déplier mes instincts de papier. Une cloche d’espoir, une semelle sous laquelle je pourrai m’abriter, un lacet auquel je pourrai m’accrocher, un cœur déliquescent. Une parenthèse pour y mettre les mots importants, pour y façonner mes rêves, les laisser s’envoler. Un jardin bleu roi, des femmes indigo, des ampoules turgescentes, un intérieur de moi en kaléidoscope, un tam tam  vibratoire, des sonorités d’argent pour une humilité dérisoire. Un rasoir en cristal, toutes ces choses absurdes qui peuplent mon imaginaire et qui n’écloront jamais dans les nervures ajourées de la pensée des autres. Ces pantins adéquats en uniforme de soie, fragiles et indolents, fertiles et rayonnants. S’il te plaît dessine-moi ta main et place là dans la mienne bien au chaud dans mon amour escalator. Dessine-moi des lignes de fuite, des lignes mouvantes, mourantes et vagabonde moi dans les plis abstraits de ton esprit défait. Accorde-moi cette faveur enivrante de ne pas connaître la destination, de te laisser aller la plume au bout des doigts, sans retenue, dans la plus simple nudité de ton âme. Mets à nu des empires de mots profanes, de repentis vespéraux, d’ombres diaphanes. S’il te plaît dessine- moi avec mes faiblesses, mes imperfections, mes rages, mes passions, mes failles, mes rudesses, mes éclats, ma lumière. Dessine-moi à ta guise, mais s’il te plaît, dessine-moi pour que je ne meure pas.

Nadia Bourgeois  28 03 2016

Suite à un commentaire très judicieux d Elisa, je précise que j’ai écris ce texte à partir d’une consigne que j’ai donnée aux participants des ateliers d’écriture que j’anime.  » A partir de « s’il te plaît dessine-moi…écrivez tout ce qui vous passe par la tête ». J’ai moi-même joué le jeu et ce texte est né. J’ai pensé ajouter l’illustration de Fabienne Fumière pour rendre hommage à sa série de tableaux sur le thème du Petit Prince.

METAMORPHOSE ESCHER

l'infini en mouvement

escher métamorphose

Le plein et le délié valsent dans les jeux d’ombres.
Dans leur fragilité marquée par les accents,
Se font et se défont, étirent la pénombre,
Muant leurs traits figés en rêves opalescents.
Nadia Bourgeois

Cezanne et la montagne Sainte Victoire, la métarmophose.

La montagne Saint Victoire de Cézanne

Je lisais dernièrement les articles de mes amies Elisa et Elisabeth et à l’évocation respectivement, de la magie pour l’une et de « ce qui ne change jamais c’est que tout change », pour l’autre, il m’est venu à l’esprit une image, celle de la montagne Sainte Victoire de Cézanne.

Pourquoi très précisément cette oeuvre ? Parce que Cézanne en a fait son sujet favori au point de la peindre plus de quatre-vingt fois ! Et à chaque fois, d’une manière différente. S’agit-il là d’un véritable acte d’amour, de foi ? Magnifier à travers un regard aiguisé et singulier et ériger en énigme ce qui nous entoure n’est-il pas la clé du bonheur ?
Il serait aisé d’imaginer que cela relève d’une stratégie d’évitement de la routine, mais il n’en est rien.
C’est tout simplement la consécration d’un véritable attachemment à ce que l’on prendrait pour un bout de rocher.

Il s’agit du même homme et de la même montagne, en apparence seulement !
Cézanne a su capter toute la beauté et la richesse de ce qui semble une montage comme une autre et ce qui la rend différente et unique à nos yeux, c’est le regard que portait le peintre sur elle.
Tantôt, elle s’effaçait dans une tendre humilité au profit du paysage qui lui servait d’écrin, tantôt, elle se dressait majestueuse, parée de couleurs chaudes et de toutes ses aspérités et ses versants accidentés.
Cézanne a élevé cette montagne au rang d’une divinité, d’une maîtresse choyée et en a fait sa Sainte Victoire à lui. Quelle sublime métaphore !
Des lueurs de l’aube au crépuscule, en toute saison, et sous différents angles, il a joué de l’épure, de l’empâtement, de l’esquisse, de la puissante fragilité et de la fébrilité pour en restituer l’essence et tenter d’en comprendre l’âme. Il a exécuté pas moins de 44 huiles et 43 aquarelles d’après les sources et jusqu’à la fin de sa vie et de sa vue. Quelle amante n’aurait rêvé d’un tel amour ?
Il apporte la preuve matérielle qu’il n’existe pas une vérité, mais une somme de vérités et une multitude de mondes qui prend sa source en chacun de nous.
Que rien n’est immuable et que le changement est en nous et nous pouvons interpréter les signes et en voir les métamorphoses à chaque instant. La chenille devient papillon et les yeux s’ouvrent et battent des cils comme il battrait des ailes dans un mouvement fragile pour entrer en communion avec les élements.

Et si nous prenion exemple sur Cézanne ? Si nous développions notre capacité à observer et à aimer ce qui se présente à nos yeux au point de ne plus voir les choses comme on nous le recommande, mais comme notre âme nous l’enseigne ? La répétition, la ritualisation, la sacralisation et la persévérance ouvrent sans doute les portes de la perception dans les interstices invisibles de notre monde. Cette capacité à tout réinventer et à s’émerveiller de tout et de rien qui nous enchantait dans l’enfance et dont nous avons été peu à peu dépossédés par la raison universelle. Les yeux de Cézanne sont une réponse aux absurdités d’une civilisation peut-être trop blasée par des années de connaissances pré mâchées et déconnectée de la nature.
Si vous le pouvez, prenez un moment aujourd’hui, une seule minute pour poser un regard neuf sur quelque chose ou quelqu’un près de qui vous passez sans y prêter attention et notez en vous ou sur un carnet ce qui vous touche, les effets de cette expérience.
Je vous conseille de suivre ce lien pour découvrir des extraits des réflexions et des rapports qu’entretenait Cézanne avec Sainte Victoire.

L’ EMPREINTE DE L’ ETRE

Nous sommes voués à la fulgurance et l’évanescence. Pour autant, est-ce que la finitude est notre devenir ? Depuis des temps immémoriaux, nous nous évertuons à défier le néant ;cette absence de nous dans l’inconnu de l’après.
Empreinter le monde et laisser le parfum de notre âme au passage, en pointillé en continu, ad lib…
Qu’elle soit mise en mots ou ineffable, l’empreinte dit tout de nous.
Elle est trace, elle est continuité ; la possibilité d’être ici et ailleurs. Elle est la vie offerte à un autre être, un pas dans le sable, une idée fossilisée sur le parchemin de notre histoire.
Elle s’habille de rires, de gestes, de rites, de quotidien. Elle s’emplit de l’autre.
Une esquisse sur un carnet, une photo jaunie. Une arabesque, une tirade, une odeur d’enfance.
Une trace invisible de l’air brassé dans l’espace et gravée dans le cœur de celui qui reçoit ce geste, en imprime la trajectoire et la traduit en émotion.
L’écriture est une trace comme en laisse sur le sol les limaces. Elle brille et montre le chemin parcouru et à suivre sur la connaissance de soi.
Elle est matière. Qu’elle ait la consistance d’un empâtement sur la toile, d’une volute échappée d’une marmite ou d’un son capturé dans un micro sillon, la trace réside dans le charme de l’écoulement perpétuel du sable. Un trait d’union entre le passé et le présent.
Alors pour perpétuer la vie, l’artiste n’a de cesse de créer pour reculer les limites de la finitude aux confins de l’oubli.
Observez vos traces, suivez celles des autres et partagez-les. C’est un acte de vie.
L’empreinte est le ravissement de l’éphémère qui s’inscrit dans un éternel présent. Une immanence de l’être à être, une destination à l’autre.

Performance du Peintre Yasuo Sumi.

OakOak Street art

Quand l’humour et la poésie s’invitent dans la rue. C’est aussi ça, transfigurer le monde.

Oakoak est un artiste de rue français, originaire de St Etienne. Il détourne les éléments et les espaces urbains pour se les réapproprier et nous offrir sa vision du monde. A découvrir absolument !

street art

POUSSER UN CRI

La première chose que j’ai faite en arrivant au monde, c’est crier. Seulement, je ne me souviens plus si c’était pour exprimer de la joie, de la surprise, de la douleur, de la terreur, du plaisir, de la victoire ou encore de la révolte. Ne sachant à quelle occasion je pouvais le sortir, je l’ai longtemps réprimé. J’étais bien trop fatiguée pour m’en préoccuper. Si bien qu’un jour, il m’a échappé.
Il était si fort, si violent, que je suis restée abasourdie ; me demandant comment il avait pu, lui d’ordinaire si discret, se livrer à un telle fureur.
Je l’ai sommé de rentrer, mais il a refusé ! Lorsque je lui ai demandé pourquoi ? Il a répondu que je l’avais trop longtemps contenu et qu’il n’en pouvait plus. Il avait fait trop de chemin, il venait de très loin, avait enflé, enflé jusqu’à exploser.
Je lui ai présenté mes excuses, ai supplié son pardon. Je n’avais jamais appris à crier sciemment. Il a accepté à condition que je le laisse aller et venir quand le besoin s’en ferait sentir. J’opinai sans réserve, trop contente de combler enfin mon ignorance.
Aussi, lorsque des déserts de silence arrivaient jusqu’aux portes de mon ennui, je poussais un cri. Oh, je le poussais timidement d’abord pour voir quel effet cela faisait, puis un peu plus fort pour faire du bruit.
Plus je pratiquais, plus je m’enhardissais. Je les essayais tous. Les cris de détresse, les cris d’enthousiasme, les cris de guerre ! Je les modulais, allais jusqu’à les prolonger. J’étais enivrée. Je les réclamais tous à cor et à cri. Ma fatigue, envolée !
Ce jour là, j’avais compris que l’on n’est jamais autant en vie que lorsque l’on pousse un cri.
Le cri est salvateur, ne l’empêchez pas de s’exprimer.

Allez-y vous aussi. Où que vous soyez, poussez un cri !

LE CRI D EDVARD MUNCH

TOUS LES CRIS LES S.OS Daniel Balavoine

nouvelle Ella Katoudir épisode3

Y avait un bar juste un peu avant la halle avec un flipper au-dehors. J’ai franchi la porte et je me suis assise au comptoir. Je me serais crue dans un épisode d’un film de Western quand un étranger aux habits poussiéreux, Santiags aux pieds, pousse les portes battantes du saloon, avance en faisant tinter ses éperons et commande un whisky au comptoir. Tout le monde le dévisage, le pianiste s’arrête de jouer et le barman cesse d’essuyer ses verres. Ouai, silence total. Miss « Alien » est dans la place.
J’attendais qu’un client accoudé au bar dégaine sa winchester et me troue le sternum.
Au lieu de ça, le patron du bar est arrivé en suant comme un porc. On ne peut pas dire qu’il remuait le croupion avec aisance, mais il était rapide ; ses yeux surtout. Je dirais qu’ils sont arrivés sur moi avant lui.
– Bonjour mademoiselle, qu’est-ce que je vous sers ?
Je l’ai reluqué et j’ai lâché un skud.
– Quand t’auras fini de te rincer l’œil, j’aimerais bien une blonde pour me rafraîchir le gosier.
Il a fait un arrêt sur image, la bouche ouverte comme un lecteur D.V.D quand il ne peut pas lire le format. Il avait une gueule de seize neuvième. Il a fait la grimace et il a été me chercher ma bière. J’ai trempé mon doigt dans la mousse et je l’ai léché juste pour provoquer.
Le patron a dégluti et les clients aussi. Un jeune, cheveux longs, blonds filasse s’est approché de moi avec les mains dans les poches. Il s’est assis à côté de moi et a commandé « la même chose que mademoiselle. » Je ne l’ai pas regardé pour ne pas l’encourager mais il avait pas besoin d’invitation.
– Salut la belle. T’es neuve dans le coin comme qui dirait ?
Toujours sans le regarder, j’ai dit lentement.
– Si tu m’avais déjà vue avant, tu serais plus en mesure de me poser la question.
Il a pris un regard amusé et l’a posé si maladroitement sur ses lèvres que ça lui faisait un rictus presque sexy.
– Ah ouai, t’es du genre gros mollets toi comme qui dirait. T’as conscience de ton petit effet.
– A regarder comment ta pomme d’Adam monte et descend, je dirais qu’il est plutôt grand l’effet. Il a souri et il a commandé une autre bière pour moi.
– Je m’appelle Stan et toi ?
– Ella, Ella katoudir.
Il s’est mis à me regarder comme une dinde prête à farcir, s’est approché et a chuchoté dans mon oreille.
– Hmm, tu vas vraiment tout me dire ?
Ella Katoudir
Nadia Bourgeois
A suivre ou pas…