Archives de Catégorie: métamorphose

Blaise Cendrars transfiguré

« J’aime le réel lorsqu’il est transfiguré avec une attention particulière »

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Portrait de Blaise Cendrars réalisé par Modigliani en 1917

La peinture est une forme d’écriture et j’aime à penser que Modigliani a transfiguré le réel avec une attention particulière » en exécutant ce portrait. Le regard de l’artiste, le point de vue de l’auteur nous offrent une multitude de regards. Vous pensez que c’est absurde ? Cela n’a rien d’absurde. L’absurde, c’est la créativité qui prend un pseudo. L’écriture est une proposition, non une prison. Un état d’être dans lequel je « m’encre » du bout de ma pensée pour défier les limites de la réalité.

Nadia Bourgeois

 

La
Ruche

Escaliers, portes, escaliers

Et sa porte s’ouvre comme un journal

Couverte de cartes de visite

Puis elle se ferme.

Désordre, on est en plein désordre

Des photographies de
Léger, des photographies de

Tobeen, qu’on ne voit pas
Et au dos

Au dos

Des œuvres frénétiques

Esquisses, dessins, des oeuvres frénétiques

Et des tableaux…

Bouteilles vides

Nous garantissons la pureté absolue de notre sauce

tomate-Dit une étiquette
La fenêtre est un almanach
Quand les grues gigantesques des éclairs vident les

péniches du ciel à grand fracas et déversent des bannes

de tonnerre
Il en tombe
Pêle-mêle

Des cosaques le
Christ un soleil en décomposition

Des toits

Des somnambules des chèvres

Un lycanthrope

Pétrus
Borel

La folie l’hiver

Un génie fendu comme une pêche

Lautréamont

Chagall

Pauvre gosse auprès de ma femme

Délectation morose

Les souliers sont éculés

Une vieille marmite pleine de-chocolat.

Une lampe qui se dédouble

Et mon ivresse quand je lui rends visite

Des bouteilles, vides  »

Des bouteilles

Zina

(Nous avons parlé d’elle)

Chagall

Chagall

Dans les échelles de la lumière

Poème de Blaise Cendrars

L’INFINI VOYAGE

L’infini voyage du papillon monarque

La métamorphose est un sujet qui me passionne. Elle est à mes yeux la manifestation visible de l’existence. Outre ce sujet et les interrogations qu’il soulève, il est une autre question qui me passionne :
Qu’est-ce qui pousse le vivant à  se reproduire ? Je suis fascinée par cette volonté qui nous dépasse. Procréer est notre défi à la mort, notre réponse à l’infini.
Le papillon monarque a la faculté prodigieuse d’inscrire cet élan dans la mémoire de sa descendance. Nous avons beaucoup à apprendre des papillons, en particulier de cette espèce qui accomplit un long et périlleux voyage du Canada vers le Mexique pour se reproduire et mourir. Ce sont les papillons nés de cette union qui feront le voyage de retour au Canada sans aucune connaissance préalable de l’origine de leurs géniteurs.

Sont-ils dotés d’un GPS générationnel ? La mémoire, cet envoûtement de la volonté de survie de l’espèce est-elle inscrite dans nos gènes et se transmet-elle ? Ce mystère est sur le point de se résoudre avec le développement des neurosciences. Des chercheurs auraient levé le voile sur cette énigme en révélant le rôle de deux capteurs neurologiques dont sont dotés ces magnifiques lépidoptères, leur permettant ainsi de retrouver les traces de leurs ancêtres et d’assurer la sauvegarde de l’espèce. En attendant d’en découvrir un jour davantage, je vous invite à pénétrer au coeur de la forêt mexicaine pour assister à l’un des beaux ballets aériens qu’il soit donné de voir et en savoir davantage sur cet éblouissant insecte qu’est le papillon Monarque.

LA PHARMALIVRE

La pharma livre

Il arrive parfois qu’une lecture vous transcende, transforme votre journée ou votre vie.
Je tiens une petite librairie, impasse de la métaphore. Chez moi, ça sent le sous-texte, le café et le papier recyclé. Tous les soirs entre chien et loup, je reçois des inconnus de passage en quête de sens. Je répare les âmes troublées, les esprits tourmentés, les gens en quête d’univers singuliers, d’un peu d’amour à partager. Je les invite à s’asseoir sur le vieux canapé club en cuir hérité de ma grand-mère, entre les tables et les rayonnages surchargés de livres et cueille les confidences tardives. Je leur offre un café et j’écoute les battements de leurs cœurs, leurs rêves saturés d’un quotidien trop usé. J’entre dans leurs désirs les plus secrets, dans la dentelle délicate de leur iris fatigué de vivre ou blasé par la médiocrité. Là, sur la pointe du soleil couchant, je livre mon diagnostic et délivre une ordonnance de mots en décoction,  des citations en cataplasme et des nouvelles fraîchement pressées. J’investis la pensée de l’auteur et ma voix s’élève en volutes de murmures au contact des phrases ; j’accélère le rythme, recommande un chapitre, un titre. Les traits d’humour ou mots d’esprit fusent. Le patient se redresse, la poitrine soulevée par un soupir d’aise.
Il ressort de chez moi avec un petit sac de pensées d’Honoré de Balzac ou Dostoïevsky, Tolstoï, Kafka, Camus, Vian et tant d’autres encore ! De l’espoir en feuillets. Chez moi, on y entre seul, mais on en ressort toujours bien accompagné et on y revient toujours.

Nadia Bourgeois

« La mini jupe is not dead », plaidoyer.

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La métamorphose n’est pas seulement une question physique, elle passe aussi par l’esprit. Le point de vue sur la liberté de chacun se façonne par la réflexion. Je vous soumets ce petit texte qui à défaut de vous convaincre, vous fera peut-être sourire.

La mini jupe is not dead !

Mesdames et messieurs les jurés, je voudrais attirer votre attention sur les dessous de l’affaire baptisée « Mary Quant », en hommage à la célèbre créatrice de mode, qu’on ne prendra pas pardessus la jambe, sans vouloir faire de jeu de mollets.

La jeune femme que voici, est accusée d’avoir éveillé les plus vils instincts chez trois adolescents pré pubères.

Mais enfin, de quoi accuse t-on cette jeune femme au juste, si ce n’est d’avoir seulement apporté un éclairage scientifique sur la nature masculine, révélé que leur vue se porte plus bas que celle des femmes, et qu’un décolleté vertigineux provoque un strabisme oculaire occasionnel chez le mâle dominé par le mal ?

Tout le monde sait qu’outre le fait d’être parfaitement légal, le port de la mini jupe est  symbole d’ouverture d’esprit dans les pays à fort taux d’émancipation.

En effet, on constate que plus on a les idées larges, plus les jupes rétrécissent. Et si l’on porte le verbe haut, pourquoi pas la jupe !

J’entends ici et là que l’on s’apitoie facilement sur le sort des pauvres descendants d’Adam  dont l’augmentation de la tension artérielle est inversement proportionnelle à la longueur de la  jupe qui, à défaut d’être l’emblème de la décence, est celui de l’empire des sens.

Et alors, quoi ? Elle libère la libido, favorise la reproduction active, et redynamise le recensement national !

Cessons cette hypocrisie qui consiste à masquer l’intérêt évident qu’ont les hommes pour les deux hémisphères à peine dissimulés sous les plis de ce petit bout d’étoffe plutôt qu’à ceux nichés dans le cerveau des jeunes filles en fleurs.

Dois-je rappeler également que nous traversons un contexte économique particulièrement difficile et que cette tenue anti crise par excellence, permet à l’industrie textile de réaliser de vastes économies ?

En effet, le coût de cette pièce rapportée au centimètre carré est honteusement élevé. Ajoutez à cela l’obligation de s’épiler plus fréquemment, le risque de s’enrhumer très vite et vous conviendrez qu’en plus d’être une victime de la mode, la femme subit le plus fort préjudice moral et financier.

Mesdames et messieurs les jurés, pour toutes ces raisons et parce que les plus courtes sont les meilleures, je demande votre clémence pour ma cliente.

Nadia Bourgeois

 

Andrew McPhail, métamorphoser ses blessures

Métamorphose : le mot « métamorphose » vient du grec morphè (forme) et du préfixe meta (qui exprime un changement) : passage d’un état à un autre état.

La métamorphose résulte parfois d’un cheminement artistique visant à panser des blessures, d’un désir de sublimer la douleur. C’est le cas de l’artiste séropositif, Andrew MCPHAIL dont les créations reposent essentiellement sur l’acceptation des épreuves difficiles que la vie nous inflige.
Son œuvre, «All my little failures », (tous mes petits échecs) représente une burka réalisée entièrement à partir de pansements, inspirée par un fait divers sordide survenu en Ontario. Une jeune fille qui ne voulait pas porter le hijab à l’école a été assassinée par son père.
Andrew accomplit des performances de rue aux cours desquelles il porte cette burka et distribue des pansements aux âmes en peine.
A la question : Quelle est la signification de « all my little failures »?
Il répond : « Pour moi, cette œuvre renferme de nombreuses significations qui se sont accumulées avec le temps et, j’espère que le public les saisit. Elle aborde principalement le fait d’être couvert et dissimulé, mais en même temps, le fait que la façon dont on se cache attire l’attention vers soi et nous rend extrêmement visible. J’ai superposé cette notion aux personnes vivant avec le VIH et au fait que si je ne disais pas que je suis séropositif, on ne le devinerait probablement pas. Un voile peut à la fois cacher et révéler — un peu comme les aspects de la vie avec le VIH et les divers degrés que l’on peut révéler en public ou non ».

Je suis très touchée par les démarches artistiques semblables à celles d’ Andrew McPhail. La créativité, la sublimation, la transfiguration du réel ont quelque chose à voir avec la survie.
Cela ne revient-il pas à dire : Toutes ces blessures, ces fragments fragiles, ces bouts de moi, sont un coin d’histoire, un rempart contre l’oubli, l’effacement ?
Avez-vous songé à vos propres métamorphoses ?

Site de l’artiste : http://www.andrewmcphail.com/all-my-little-failures.html
Extrait de l’interview : http://www.catie.ca/fr/visionpositive/ete-2012/art-posiif-peau

Voeux 2017 : Le lampadaire qui voulait entrer dans la lumière

« J’aime le réel lorsqu’il est transfiguré avec une attention particulière »
Blaise Cendrars

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factoryb.com artiste Brandon Stahlman

Voeux 2017

Une page est tournée, mais l’histoire continue. 2017 est un pas de plus dans l’histoire de l’humanité et c’est nous qui l’écrivons. Je vous souhaite de trouver, si ce n’est déjà fait, ce sens à votre vie qui éclaire votre chemin et vous donne envie de vivre chaque jour pour créer, transcender et sublimer, tels des magiciens, ce quotidien dont nous devrions voir toute la richesse et prendre soin. Je vous souhaite une excellente année 2017 et une bonne lecture.

Le lampadaire qui voulait entrer dans la lumière

J’ambitionnais de me muer en lampadaire pour transcender l’univers, lui apporter ma lumière.
Lorsque je fus fin prêt et tout illuminé, je me tenais droit et fier, enraciné dans le bitume amer.
Eclairer les passants égarés dans l’obscurité, donnait à mon existence un certain sens de l’humanité.
Sensibles à mon éclat, ils relevaient la tête pour me saluer, me féliciter de leur montrer le chemin. Profitant de la clarté, ils se laissaient aller à musarder avant de rejoindre leur foyer.
Oubliant la fatigue de la station debout prolongée, je m’enorgueillissais de ces célébrations, gonflait mon ampoule de toute ma vanité, poussais l’excès de zèle jusqu’à les illuminer même en journée.
Les jours passaient et les passants aussi, hâtant le pas devant moi ; relevant la tête puis ne la relevant plus, jusqu’au jour où je ne vis plus que le bout de leur chapeau, émergeant du col de leur manteau.
J’avais beau briller de toute mon intensité, aucun regard ne trompait le trottoir.
Alors, je me mis à clignoter, grésiller de désespoir, puis m’éteignis. Un chien vint pisser à mon pied.
Le lendemain soir, enveloppés par la pâle bienveillance de la pleine lune, les passants pressés déambulaient devant ma dépouille sans sourciller et le surlendemain, dans la nuit épaisse, quelqu’un releva la tête, puis un autre et un autre… Il leur manquait quelque chose, mais quoi ?
– C’est le lampadaire, dit l’un d’eux.
– Il faut absolument appeler la mairie pour le signaler et le remplacer. Répondit un autre.
– Les lampadaires ne sont pas fiables, dit un dernier. Ils nous lâchent sans crier gare quand nous avons le plus besoin d’eux.
J’eus un sursaut, un élan de survie, je m’allumais, clignotais, grésillais, puis m’éteignis tout à fait.
Les passants haussèrent les épaules dans un soupir, puis comme tous bons passants qui se respectent, passèrent leur chemin.
Une personne cependant revint sur ses pas, posa sa main sur mon mât et souffla :
– Tu me manques, j’espère que tu reviendras.

Nadia Bourgeois

Phia Ménard La transformation

J’ai été touchée par cette artiste et je voulais partager sa démarche avec vous car nous sommes tous concernés par la reconnaissance de la différence dans des contextes différents.  Elle dit « à quel moment nous sommes justes, à quel moment nous sommes vrais, à quel moment nous ne mentons pas, je cherche encore ». 

Elle m’a inspiré ce petit texte :

J’ai porté mille peaux sur le dos, croulé sous le poids horrible de ces  oripeaux. J’ai fini par les arracher,  écorcher mes désirs et mes secrets tissés dans l’étoffe de ces mensonges moulés sur mon corps fatigué. Mais ce n’était pas assez. Les jours fermentés ont vomi mes artifices. Je me suis noyée dans le miroir de la conformité et puis, lentement,  j’ai défait les attaches, une à une, coulé les noeuds du mal à l’être pour atteindre la puissance nichée au creux de ma conscience, une puissance d’âme propice au rêve d’art de soi sans reflet pour croiser ma propre humanité.

Nadia Bourgeois

Odyssée de la métamorphose

D’après le dictionnaire, la métamorphose est le changement d’un être en un autre, la transformation totale d’un être au point qu’il n’est plus reconnaissable. C’est la modification complète du caractère, de l’état de quelqu’un, de l’aspect ou de la forme de quelque chose.

L’une de nos métamorphoses les plus connues est née de la rencontre entre un ovule et un spermatozoïde. Ce dernier a lui-même subi une mutation : à la puberté, les spermatogonies (cellules souches) apparaissent très tôt dans le développement embryonnaire et restent inactives jusqu’à la puberté.  Elles passent ensuite par la phase de la spermatogenèse qui dure environ 74 jours pour donner un spermatozoïde fonctionnel.

Les cellules germinales primordiales sont à l’origine des spermatogonies. Et après ?  Nous nous heurtons sans cesse à cette chaîne sans fin des origines.

Nous ne cessons de nous métamorphoser jusqu’à notre mort. La transformation fait partie de notre existence et nous l’incluons dans tous les actes de notre quotidien sans même nous en rendre compte. Qu’elle soit physique ou spirituelle, elle est une manifestation de la vie. L’éviter revient-il à  éviter la vie ?