Archives de Catégorie: littérature

Blaise Cendrars transfiguré

« J’aime le réel lorsqu’il est transfiguré avec une attention particulière »

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Portrait de Blaise Cendrars réalisé par Modigliani en 1917

La peinture est une forme d’écriture et j’aime à penser que Modigliani a transfiguré le réel avec une attention particulière » en exécutant ce portrait. Le regard de l’artiste, le point de vue de l’auteur nous offrent une multitude de regards. Vous pensez que c’est absurde ? Cela n’a rien d’absurde. L’absurde, c’est la créativité qui prend un pseudo. L’écriture est une proposition, non une prison. Un état d’être dans lequel je « m’encre » du bout de ma pensée pour défier les limites de la réalité.

Nadia Bourgeois

 

La
Ruche

Escaliers, portes, escaliers

Et sa porte s’ouvre comme un journal

Couverte de cartes de visite

Puis elle se ferme.

Désordre, on est en plein désordre

Des photographies de
Léger, des photographies de

Tobeen, qu’on ne voit pas
Et au dos

Au dos

Des œuvres frénétiques

Esquisses, dessins, des oeuvres frénétiques

Et des tableaux…

Bouteilles vides

Nous garantissons la pureté absolue de notre sauce

tomate-Dit une étiquette
La fenêtre est un almanach
Quand les grues gigantesques des éclairs vident les

péniches du ciel à grand fracas et déversent des bannes

de tonnerre
Il en tombe
Pêle-mêle

Des cosaques le
Christ un soleil en décomposition

Des toits

Des somnambules des chèvres

Un lycanthrope

Pétrus
Borel

La folie l’hiver

Un génie fendu comme une pêche

Lautréamont

Chagall

Pauvre gosse auprès de ma femme

Délectation morose

Les souliers sont éculés

Une vieille marmite pleine de-chocolat.

Une lampe qui se dédouble

Et mon ivresse quand je lui rends visite

Des bouteilles, vides  »

Des bouteilles

Zina

(Nous avons parlé d’elle)

Chagall

Chagall

Dans les échelles de la lumière

Poème de Blaise Cendrars

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LA PHARMALIVRE

La pharma livre

Il arrive parfois qu’une lecture vous transcende, transforme votre journée ou votre vie.
Je tiens une petite librairie, impasse de la métaphore. Chez moi, ça sent le sous-texte, le café et le papier recyclé. Tous les soirs entre chien et loup, je reçois des inconnus de passage en quête de sens. Je répare les âmes troublées, les esprits tourmentés, les gens en quête d’univers singuliers, d’un peu d’amour à partager. Je les invite à s’asseoir sur le vieux canapé club en cuir hérité de ma grand-mère, entre les tables et les rayonnages surchargés de livres et cueille les confidences tardives. Je leur offre un café et j’écoute les battements de leurs cœurs, leurs rêves saturés d’un quotidien trop usé. J’entre dans leurs désirs les plus secrets, dans la dentelle délicate de leur iris fatigué de vivre ou blasé par la médiocrité. Là, sur la pointe du soleil couchant, je livre mon diagnostic et délivre une ordonnance de mots en décoction,  des citations en cataplasme et des nouvelles fraîchement pressées. J’investis la pensée de l’auteur et ma voix s’élève en volutes de murmures au contact des phrases ; j’accélère le rythme, recommande un chapitre, un titre. Les traits d’humour ou mots d’esprit fusent. Le patient se redresse, la poitrine soulevée par un soupir d’aise.
Il ressort de chez moi avec un petit sac de pensées d’Honoré de Balzac ou Dostoïevsky, Tolstoï, Kafka, Camus, Vian et tant d’autres encore ! De l’espoir en feuillets. Chez moi, on y entre seul, mais on en ressort toujours bien accompagné et on y revient toujours.

Nadia Bourgeois

Alice et Krishnamurti Qui suis-je ?

Alice au pays des merveilles

alice au pays des merveilles

« Je me demande si j’ai été transformée pendant la nuit. Réfléchissons : étais-je bien la même quand je me suis levée ce matin ? Il me semble en effet me rappeler que je me sentais un peu différente. Mais si je ne suis plus la même, une question s’impose : qui puis-je bien être ? Ah, voilà la grande énigme ! »

«  La chenille retira le narguilé de sa bouche et s’adressa à Alice d’une voix molle et endormie :

– Qui es-tu, toi ? (…)

– Je… je ne sais pas vraiment, madame, pour le moment. Du moins, je sais qui j’étais quand je me suis levée ce matin, mais je pense que, depuis, j’ai dû changer plusieurs fois.

– Que veux-tu dire par là demande sévèrement la chenille. Explique-toi.

– Hélas ! Madame, le « moi » que vous me demandez d’expliquer n’existe plus. Je suis une autre, voyez-vous.

– Non, je ne vois pas.

(…)

– Eh bien, vous ne vous en êtes peut-être pas rendu compte, dit Alice, mais quand vous devrez vous changer en chrysalide-un jour vous serez obligée vous savez- et ensuite vous changer en papillon, je pense que cela vous paraîtra  un peu bizarre, non ?

– Pas le moins du monde.

– Eh bien, vous n’êtes peut-être pas de cet avis, mais je sais que moi, je trouverais ça très bizarre.

– Toi ! dit la chenille avec mépris. Qui es-tu, toi ? »

Après avoir relu ce passage du livre de Lewis Caroll, je me suis dit :

– C’est vrai ça, au fait. Qui suis-je ? J’ai demandé à moi-même. Mais moi-même était bien en incapacité de me répondre car il n’est pas moi.

– Qui peut répondre mieux que toi-même ? me rétorqua-t-il.

– Tu as raison, je vais lui poser la question.

Toi-même a formulé simplement cette injonction : « Connais-toi toi-même. »

C’était à devenir fou ! J’ai renoncé à me connaître alors j’ai demandé :

– Qui êtes-vous ?

Le grand marin Catherine Poulain

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Dimanche 03 avril, je me suis rendue à l’escale du livre à Bordeaux. J’ai eu la possibilité d’approcher la très remarquée Catherine Poulain pour son roman »Le grand marin » et je lui ai parlé. J’avais eu l’occasion de la découvrir dans l’émission  » La grande librairie » animée par François Busnel et j’ai été touchée par sa personnalité et ce qu’elle a vécu. C’est une femme menue, avec un regard bienveillant, une voix très douce et une apparente fragilité.

Apparente seulement. Après avoir vécu dix ans en Alaska pour pêcher le flétant et la morue noire dans des conditions extrêmes, Catherine Poulain nous raconte la rudesse et la beauté d’un univers trop méconnu ainsi que le quotidien de ces marins du bout du monde. L’histoire de Lili, agrippée à son rêve de grand départ au milieu de ces hommes dressés comme des rochers, aux visages et aux coeurs taillés par les vagues. Cette histoire m’a littéralement transportée. Ca sent le grand large et l’appel de l’aventure. L’auteure, nous livre un puissant témoignage d’une grande force avec une poésie superbe. Un récit poignant dont j’ai eu peine à sortir tant il est authentique.Une magnifique rencontre !

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« Connaître des jours, des nuits, des aubes belles à en renier son passé, à y vendre son âme. Oui, avoir osé la franchir la frontière, ça ne pouvait être que pour y trouver la mort, y pêcher sa fin très rouge et très belle, un poisson ruisselant de mer et de sang, venu se ficher dans ma main comme une flèche flamboyante. Je revois mon départ,la traversée des déserts dans le car au lévrier bleu, le ciel de l’anorak et ses nuages de duvet autour de moi..c’était donc pour cela que je partais, cette force qui me donnait toutes les audaces, gagner ma mort. »

 

 

Eric Emmanuel Schmitt Lorsque j’étais une oeuvre d’art

518q3yk3eal-_ss500_« – Tu es mon œuvre, mon chef-d’œuvre, mon triomphe. »
« – J’enfonce même la nature. Jusqu’à toi, je n’avais qu’elle comme rivale sérieuse. La nature ! »

« Cette fois si maline si sournoise si inventive, si futée soit-elle, elle est incapable de réaliser ce que je viens d’achever avec toi. Recalée, inapte, pas assez d’extravagance.
– Tu ne ressembles à rien de connu car l’art n’est pas imitation, tu es mon geste, ma vérité…Lama avait vêtu les trente beautés d’une combinaison rose sans plis ni coutures qui imitait parfaitement la nudité, la peau de tissu moulait leurs corps avec indécence et seuls deux boutons rose fushia sur les seins et un triangle de crin noir sur le bas-ventre signalaient l’artifice. Les beautés se pavanaient entre les invités sans se douter, comme moi, que Zeus ne leur avait créé cet uniforme de nudité saumon que pour mieux dénoncer la Nature et sa consternante absence d’invention. »

Lorsque j’ai lu ce roman il y a quelques années, j’ai été vraiment touchée par le héros dont on ignore le nom à part celui d’ Adam bis, dont l’affuble son géniteur artistique, Zeus-Peter Lama. Pour oublier sans doute qu’il ne s’est pas fait tout seul, ce dernier se substitue à son propre créateur pour façonner son chef-d’oeuvre. Rien que cela. Adam bis se voit dépossédé de tout ce qui fait l’intérêt d’être humain : disposer (dans une mesure toute relative) de son humanité. Le créateur névrosé, non content de le transformer, va jusqu’à tenter de lui ôter son âme, sa conscience pour le réduire à l’état d’objet. Cela me fait penser à « L’homme qui était refait » d’Edgar Allan Poe dont on admire dans la nouvelle,  la dentition parfaite, le corps magnifique et vigoureux . Pourtant, celui-ci n’est plus qu’un amas de vêtements, un être en kit soumis à l’assistance de son valet lorsque le masque tombe.

Quelle est cette vanité humaine qui nous pousse sans cesse à vouloir dépasser la nature au lieu de l’honorer ? Dans ce cas,  l’art tente d’imiter la conscience de notre fragilité, l’insupportable finitude de notre condition. Hors, redouter d’exister dans son ombre sans comprendre ce qu’elle nous enseigne ne nous rend pas plus fort, mais plus inhumain. Plutôt que d’entrer dans un bras de fer avec la nature, créer avec elle et non contre elle nous fait grandir. Le propre de l’art n’est il pas de s’affranchir des limites en sublimant la nature plutôt qu’en l’enfonçant ? Offrir au monde une multitude de visions poétiques du monde ?

Tant que l’homme n’aura pas réglé son complexe des origines, il reste à craindre pour son avenir. A l’heure du trans-humanisme, la question est fondamentale tant les dérives possibles sont effrayantes.

 

Romain Gary

Pseudo

romaingary

 » Il n’y a pas de commencement. J’ai été engendré, chacun son tour, et depuis, c’est l’appartenance. J’ai tout essayé pour me soustraire, mais personne n’y est arrivé, on est tous des additionnés. »

 » Il est vrai que j’ai eu des problèmes avec ma peau, parce que ce n’est pas la mienne : je l’ai reçue en héritage. J’en ai été enveloppé par voix génétiques, avec soin, préméditation et accusé levez-vous…  »

L’auteur multiplie les tentatives pour se fuir.  Le pseudo, ce masque de langage résout-il le problème d’appartenance ?  Comment s’incarner sans autre hérédité que soi même ? Se « désappartenir » sans devenir fou ?  N’être pas le commencement, ne se soucier que de l’être, est-ce si terrible ? Mais n’est-ce pas cette triste lucidité sur notre incapacité à disposer de nous-même qui nous tourmente ? Comment aspirer à la liberté si nous nous savons d’ores et déjà condamnés à n’être pas même libres du choix de nos gènes ? Le sceau de l’aliénation s’imprime jusque dans notre A.D.N.

Si nous sommes tous des additionnés, cela ne rend pas pour autant notre singularité illégitime. Preuve en est le talentueux Romain Gary.

 

 

 

Clarissa Pinkola Estés Femmes qui courent avec les loups

Femmes qui courent avec les loups

Clarissa Pinkola Estes

Femmes qui courent avec les loups

Il est des ouvrages qui vous marquent, font résonance et vous accompagnent toute une vie.
Vous avez beau refermer le livre, vous y revenez et y puisez sans cesse de cette magie qui fait les belles histoires ; pour vous abreuver de cette lumière qui vous éclaire et vous guide.

Femmes qui courent avec les loups est de ceux qui vous ouvrent la vue et vous montrent le chemin. J’ai découvert ce livre au cours d’une conversation avec un ami. Oui, un ami car contrairement à ce que peut évoquer le titre, ce livre est tout aussi bien adapté à un homme qu’à une femme. Son retour était tellement enthousiaste que je me suis précipitée pour l’acheter. Dès les premières lignes, j’ai eu une révélation. Celle d’avoir fait une belle rencontre. J’en relis des extraits pour m’en imprégner et pour le plaisir de me laisser transporter par la beauté des contes que Clarissa Pinkola Estés nous livre. J’ai offert cet ouvrage à une amie et je l’offrirai encore car il est des messages qu’il faut savoir partager.

Clarissa Pinkola Estés se définit comme une analyste jungienne, poétesse et cantadora.
En tant que telle, elle a appris à des femmes de se réapproprier leur vrai nature et recouvrer leur instinct sauvage en se livrant à des fouilles « psycho-archéologiques » des ruines de leur monde souterrain.

Elle a consacré une bonne partie de sa vie à l’étude de la biologie animale et particulièrement celle des loups et c’est en observant cet animal qu’elle a pu établir des parallèles troublants entre le comportement des loups et celui des femmes.
Elle révèle des caractéristiques psychiques communes comme la force, l’endurance, l’instinct, l’attachement et la fidélité familiale entre autres.
Tous les deux ont été chassés harcelés, décriés, considérés comme inférieurs à leurs détracteurs. C’est durant son étude des loups que l’archétype de « La femme sauvage » est né.
Clarissa nous parle de « La femme sauvage » non comme un être associable, mais comme un être doté de sa spontanéité originelle, un être débarrassé du carcan de la société bien pensante.
Son instinct libéré, la femme sauvage ne craint pas le loup comme on le lui a enseigné. Elle court avec lui, les pieds nus et elle rit à gorge déployée parce qu’elle est elle-même tout simplement. Cette libre expression de soi, si violemment condamnée à travers les siècles, ces stigmates de culpabilité si longtemps endossés par atavisme, Clarissa propose de s’en défaire.

Les contes nous disent, nous expriment, nous enseignent quelque chose de nous-même dans un substrat de métaphore élevé au point que nous avons sans doute oublié son fondement même. Etre à l’écoute de sa voix intérieure, apprendre à reconnaître son pouvoir sauvage à l’intérieur de la psyché, se fier à son intuition et se faire confiance.

Clarissa Pinkola Estés affirme que le meilleur moyen de rester en contact avec le sauvage est de se demander ce qu’on veut. « Il est nécessaire de faire la différence entre ce qui nous interpelle et l’appel qui vient du plus profond de notre âme. »
Pour illustrer son propos, elle utilise l’exemple du buffet. Difficile de faire un choix tant les mets sont tentants. Ils éveilleront l’appétit de bon nombre d’hommes et de femmes qui choisiront de goûter un peu de tout, sans qu’ils aient réellement faim.
« Lorsque nous faisons ce type de choix, nous décidons de nous offrir une chose parce qu’elle est sous notre nez à ce moment précis. Elle ne sera pas forcément ce dont nous avons besoin.

Lorsque nous sommes en relation avec le Soi instinctuel, avec l’âme du féminin qui est naturelle et sauvage, au lieu de regarder ce qui s’offre à notre vue, nous nous disons :
De quoi ai-je faim ? Sans jeter un œil à l’extérieur, nous nous aventurons à l’intérieur et nous demandons : « de quoi est-ce que je me languis ? Qu’est-ce que je souhaite aujourd’hui ? »
En général la réponse est rapide : « Je crois que je veux… »
Peut-être que ce que nous cherchons n’est pas présent dans le buffet et qu’il faille le chercher un peu, parfois longtemps et nous serons heureuses d’avoir cherché quels étaient nos désirs profonds.

La femme sauvage est celle qui ose, celle qui crée, celle qui détruit. Elle est l’âme primitive, inventive, qui permet tous les actes créatifs, tous les arts. »

Je ne vais pas vous citer tous les passages de ce livre, tant il contient de pépites.
Clarissa Pinkola Estés évoque la nécessité pour une femme de se reconnecter avec sa nature sauvage, son instinct de louve pour ne pas perdre son âme.
Et c’est dans la magnificence de sa narration généreuse et son talent de conteuse que Clarissa nous livre les clés de la compréhension féminine.
Longtemps muselée, corsetée, la femme est devenue la geôle de son âme asservie.
Qu’on la laisse courir et bientôt, elle jettera ses chaussures pour sentir le chatouillement de l’herbe sous la plante de ses pieds et de sa robe surgira une magnifique queue. Elle courra toujours et encore et à un moment elle poussera un cri. Un énorme cri. Celui d’une louve affranchie qui ne craint plus d’être en devenir dans sa créativité la plus primitive !

Je vous recommande la lecture de ce fabuleux ouvrage.

Conseils d’écrivains

Jean d’Ormesson

Jean d’Ormesson
Je n’ai jamais écrit uniquement à titre autobiographique, j’y ai toujours mêlé la fiction. Dans mes livres, elle se tisse naturellement avec la réalité. Je crois qu’écrire, c’est avoir des obsessions. On écrit parce que quelque chose ne va pas, parce que la vie ne suffit pas: il faut s’en créer une autre. C’est pourquoi je préfère la veine romanesque. D’ailleurs, je pense que l’autobiographie classique, du style « Je suis né à telle date, à tel endroit, etc. », est condamnée. A notre époque où tout est autobiographie, il faut revenir à ce mélange de la fiction avec la réalité, c’est ça la littérature. Mais ce n’est pas parce qu’on a une vie intéressante qu’on peut entrer en littérature: il faut du talent, voire du génie comme Chateaubriand. Dans ses Mémoires d’outre-tombe, qui restent mon livre de chevet, il ne dit pas tout de lui, il ne retient que ce qui contribue à forger sa statue. Rousseau, lui, fait l’inverse et promet de se dévoiler entièrement. Mais tous deux prouvent que la littérature, c’est d’abord l’imagination. La littérature, ce ne sont pas des idées et des souvenirs mais des mots.»
Dernier livre paru: La création du monde, Robert Laffont, 2006

Alexandre Jardin

Alexandre Jardin
Il faut se méfier de l’exactitude, il faut préférer la vérité émotionnelle car c’est ce qui reste la plus grande vérité humaine. A partir du moment où l’on parle de l’écrit, il faut réussir ce que préconisait Louis-Ferdinand Céline: «briser la canne» avant de la mettre dans l’eau, avant que son reflet ne se brise lui-même. C’est ça l’autobiographie, c’est la question centrale de la transmission de l’émotion par l’écrit et non pas l’accumulation d’informations. Si vous ne transmettez aucune émotion, ça ne vaut pas la peine d’écrire. Sincèrement, je doute que la vie de Marcel Pagnol ait été celle qu’il raconte. Mais qu’est-ce que c’est bien raconté! Et Les trois mousquetaires: ça a l’air d’un roman mais c’est une autobiographie d’Alexandre Dumas parce que ce livre incarne avant tout la fringale et la gourmandise d’exister de cet homme. Pareil pour Le Petit Nicolas qui est aussi l’autobiographie de Goscinny, et qu’importe si son voisin s’appelait vraiment Aignan ou pas. Pour ma part, j’en suis venu à écrire sur les miens par un glissement assez naturel car il s’agissait d’une famille de gens qui aspiraient au romanesque.»
Dernier livre paru: Le roman des Jardin, Grasset, 2006

Gérard Mordillat
Dans une autobiographie je cherche avant tout un langage. Ce qui m’intéresse est moins la relation d’une vie que les mots pour le dire, la syntaxe, la scansion, la voix secrète du texte, celle qui me fait entendre l’étrangeté de l’autre. C’est sans doute pour cela que je n’ai jamais écrit d’autobiographie au sens strict du mot. J’ai toujours été fidèle à la morale que l’on m’a transmise: « Raconte pas ta vie. » En revanche, j’ai écrit, sous la forme autobiographique, bien au-delà de ma vie, celle des miens, celle de mes amis, de mes amours… Chacun de mes livres « autobiographiques » est en réalité une bombe de langage, dont chaque mot porte la mémoire de plusieurs individus. « Moi n’amuse pas moi », disait Chaval. Il n’y a rien que je veuille taire mais rien non plus que je veuille exposer. Il n’y a ni pudeur ni impudeur dans l’écriture. Ecrire, c’est accepter de se déboutonner. Partant de là, seuls comptent l’art et la manière. Dans Vive la Sociale! comme dans Rue des Rigoles j’ai utilisé la première personne du singulier, ce je qui me permet de me tenir à distance de moi-même, d’être avec malice et humour une sorte de cambrioleur qui fracture sa propre vie pour en faire partager le butin. Si l’on veut, je suis l’Arsène Lupin de l’autobiographie, j’ai mille visages et cent mains. Bien malin qui saura si je ressemble au je énigmatique qui joue les premiers rôles ou à la croûte de pain derrière la malle… Prévert l’a dit: « Si je ne sais rien, je pourrais toujours être professeur. » Il n’y a qu’un piège à éviter: prendre son miroir au sérieux. Dans le genre « autobiographique », je me sens de la famille d’Henri Calet, La belle lurette et Le tout sur le tout, de Georges Perros, Une vie ordinaire, et de Raymond Queneau, Chêne et chien…»
Dernier livre paru: L’attraction universelle, Calmann-Lévy, 2006

Jean-Claude Brisville
Je n’écris pas exactement sur ma vie privée mais sur tout ce qui, dans ma vie, a un rapport avec l’écriture et la lecture car ces sujets-là s’imposent à moi. Etre écrivain relève d’une nécessité intérieure et non pas d’un choix délibéré. Il faut vraiment avoir envie de le faire. La sincérité est nécessaire. Il faut aussi respecter la syntaxe et la forme en général, du moins si on veut être publié, donc lu. Il s’agit bien de littérature. Après, c’est aux lecteurs de décider. En tant que lecteur, justement, j’aime particulièrement les journaux intimes de Benjamin Constant, qui y révèle une personnalité assez méconnue. Je recommande aussi L’arrière-pays d’Yves Bonnefoy et Peau d’ours d’Henri Calet.»
Dernier livre paru: Quartiers d’hiver, De Fallois, 2006

Philippe Ségur
Il vient de publier un livre hilarant Ecrivain (en 10 leçons) , racontant l’écriture et la publication de son premier livre chez Buchet-Chastel. Evidemment, rien n’est faux, rien n’est vrai puisque c’est un roman!
Qu’est-il important de dire, pour vous?
Tout ce qui jaillit de la nécessité.
Que préférez-vous taire?
Les expériences spirituelles vraiment profondes. En parler les démonétise, car le fait de les évoquer met en cause leur valeur essentielle qui est précisément de mettre fin à l’état de nécessité. Dès que je parle, je montre. Or, pourquoi montrer si je suis? Si le récit peut ici constituer un témoignage, il prouve une forme d’échec de l’expérience, comme l’attestent certains livres de Kerouac.
Quels sont vos critères?
Bien choisir sa sincérité. Ne pas oublier qu’il y a mille façons de dire la vérité, puisqu’il n’existe qu’une façon de mentir: c’est de prendre la parole. Comme dit Thomas Bernhard, la vérité «n’est connue que par celui qu’elle concerne, s’il veut en faire part, il devient automatiquement un menteur». Il n’y a pas de vérité communicable, mais il peut y avoir une démarche authentique, une volonté d’être véridique. Tout dépend de la qualité de l’intention.
Quels pièges doit éviter un nouvel écrivain?
Vouloir se lancer sans connaître ses classiques. Au sens littéraire, l’écriture est un métier paradoxal qui ne s’enseigne pas et qui pourtant s’apprend. Même Rimbaud, aussi génial et précoce qu’il fût, a commencé par faire ses gammes.
Quels conseils lui donner?
De jouer aussi bien de la réalité que la réalité se joue de lui. D’où, à mes yeux, la supériorité de la fiction autobiographique sur l’autobiographie stricte pour en explorer les arcanes. Tous les auteurs que j’apprécie dans ce registre, de Dostoïevski à Fante, en passant par Hesse, Kerouac et Hamsun, sont passés par le dédoublement et la création d’un univers pour s’approcher de ce qui ne peut être dit. Cette attitude de démiurge est une chance incomparable: elle fait des auteurs de véritables seigneurs.
Quelle est votre oeuvre de référence dans ce domaine?
Le loup des steppes de Hermann Hesse.»

*Jordi Soler
Quoique né au Mexique, je suis d’origine catalane par mon grand-père paternel, un républicain espagnol qui a fui le pays lors de la guerre civile. Cette époque est un sujet tabou dans notre famille. Un jour, mon grand-père m’a confié ses Mémoires, écrits à la main, et il a accepté que je vienne l’interviewer. Il savait bien que j’allais en faire ce livre, Les exilés de la mémoire, mélange de mémoire familiale et de mémoire collective. La mémoire fidèle n’existe pas, c’est toujours la métaphore de quelque chose. J’ai privilégié l’histoire de mon grand-père racontée par ce narrateur qui me ressemble. Il faut oublier que l’on écrit sur soi, sur les siens. Au début, mon texte ne fonctionnait pas. J’ai mis des mois à trouver la bonne distance, à oublier que j’étais le petit-fils, pour que cette histoire réelle devienne aussi de la littérature.»
Dernier livre paru: Les exilés de la mémoire, Belfond, 2006

Hugo Hamilton
L’essentiel est de raconter une histoire, donc de faire de sa vie une histoire. Longtemps, j’ai eu l’impression que je n’avais pas d’histoire. J’ai vécu des moments très durs que je n’arrivais pas à partager. J’ai voulu tout oublier, jusqu’au jour où je suis tombé sur le journal intime de ma mère, après sa mort. Alors j’ai décidé de me souvenir. Mon enfance est pleine de choses désagréables mais j’ai choisi de tout dire. Je tiens à être honnête. On doit toujours être loyal avec le lecteur, sans ambiguïté. En revanche, il faut faire attention à son entourage, la vie des autres ne vous appartient pas. J’ai donc changé certains noms, passé sous silence certains événements. Je cherche à révéler des secrets mais à expliquer ma vision du monde, du point de vue de l’enfant que j’ai été. Quand j’ai commencé à écrire, je faisais de belles phrases avec de grands mots mais j’ai réalisé qu’aucun enfant ne parlait ainsi. Il faut créer son histoire dans sa propre langue. Raconter une histoire, c’est inventer une langue. Beaucoup de gens ont des vies passionnantes, fortes, mais tout le monde ne sait pas en parler. Mes modèles sont Thomas Mann, Heinrich Böll, et surtout Corrections de Thomas Bernhard.»
Dernier livre paru: Le marin de Dublin, Phébus, 2007

Annie Ernaux
Qui n’écrit pas ou n’a pas encore écrit s’imagine tout de suite en butte aux regards et aux reproches de l’entourage. Il a peur de ce qu’on pensera de lui, de blesser les autres, et en même temps a envie de raconter des choses de son existence. Or je ne me rappelle pas avoir jamais considéré un projet d’écriture sous cet angle, mais toujours sous celui de donner de la réalité à ce qui m’est arrivé. Attention: je ne dis pas qu’il n’y a pas de refus inconscient, de censure. J’ai tourné tant de fois autour de certains livres, écrit tant de pages en apparence inutiles avant d’oser continuer. Mais une fois embarquée, ayant trouvé le « comment », c’est-à-dire le projet narratif, « tout dire » signifie « dire tout ce qui entre dans ma recherche de la vérité, et taire, écarter ce qui ne me paraît pas nécessaire ». Grande différence avec une psychanalyse!
Souvent, le tri ne s’effectue pas de manière consciente. Parfois oui. Ainsi, dans La place, je n’ai pas parlé d’une scène où mon père tente un geste meurtrier envers ma mère, scène qui ouvre un autre livre, La honte. Des lecteurs se sont étonnés: « Pourquoi ça n’est pas dans La place, ou dans le livre sur votre mère, Une femme. » C’est que cette scène n’avait rien à faire dans ce que je voulais rechercher – la trajectoire sociale de mon père – et sans doute aussi parce que cette scène était à elle toute seule porteuse d’une autre recherche, dont le moment n’était pas venu. La mémoire de soi est toujours nouvelle. Je ne ressens pas les limites, comme si j’étais un pur objet à sonder, position de dédoublement ou de schizophrénie dont les causes m’échappent. Je ne les ressens pas non plus au sujet des gens réels qui figurent dans le livre. C’est un problème. Personne, je crois, n’apprécie d’exister à son insu dans l’imaginaire de lecteurs et je ne suis pas d’accord avec l’idée que la littérature a tous les droits. Mais, au fond, j’agis comme si le dévoilement d’une vérité générale était plus important que l’atteinte ou la blessure de quelques personnes. Le choix du mode narratif est ce qu’il y a de plus difficile à trouver. Il dépend du sujet, de la matière à explorer: un événement, une période, mais il n’est pas donné d’emblée et peut prendre des années. A un moment, la forme du livre devient évidente. Récemment, mon expérience du cancer du sein a pu se dire à partir de photos. Les autres formes avaient échoué.»
Les pièges à éviter, vos conseils?
Peut-être se demander d’abord pourquoi on a envie d’écrire sur sa vie? Qu’est-ce qu’on écrirait si on devait mourir après, pour se mettre le plus en posture de vérité. D’une manière générale, le principal piège à éviter est de partir avec la volonté de tout dire au lieu de choisir une période, un événement, voire juste un lieu, ou quelqu’un. Les possibilités de l’écriture autobiographique sont infinies, c’est la lecture des textes autobiographiques qui reste la meilleure des méthodes!
Vos oeuvres de référence?
La vie de Henry Brulard de Stendhal et Je me souviens, W ou le souvenir d’enfance de Perec, Nadja de Breton, un peu Simone de Beauvoir.»
Dernier livre paru: L’usage de la photo, Gallimard, 2005
Charles Juliet
Je ne choisis pas de dire ou de taire. Je laisse venir ce qui veut se révéler. Bien que j’aie une écriture réfléchie, j’ai l’impression d’écrire en aveugle, en me laissant guider par une sorte d’instinct. J’ai toujours eu le souci d’être vrai, d’être d’une absolue sincérité. Il ne faut avoir aucune image de soi, que celle-ci soit valorisante ou dévalorisante. Il faut supprimer les écrans déformants qui s’interposent entre l’?il intérieur et le magma dont il a à saisir des fragments. Il importe d’avoir une perception directe de soi, et de se tenir à distance dans la neutralité.
Les pièges à éviter?
La complaisance. La tendance à se présenter sous un jour avantageux et à se faire aimer, admirer.
Vos oeuvres de référence?
Des oeuvres nées de la Shoah ou des camps staliniens. Des oeuvres exemptes de narcissisme et qui relatent des expériences extrêmes. Ces oeuvres m’imposent une éthique. Elles me disent: écris avec gravité, respecte la vie, n’écris pas de mots creux, applique-toi à dire cette part d’humanité présente en chacun et dont tant d’êtres sont exilés.»
Dernier livre paru: L’opulence de la nuit, P.O.L, 2006

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LE PETIT PRINCE SUITE

LE PETIT PRINCE ANTOINE DE SAINT EXUPERY

Le petit prince et les épines

Je lis régulièrement des passages du petit prince et aujourd’hui, j’avais envie de partager avec vous un extrait essentiel à mes yeux et qui résume sans doute, le désespoir de la nature humaine.

Le petit prince demande à l’auteur :

– Un mouton, s’il mange les arbustes, il mange aussi les fleurs ?
– Un mouton mange tout ce qu’il rencontre.
– Même les fleurs qui ont des épines ?
– Oui, même les fleurs qui ont des épines.
– Alors les épines, à quoi elles servent ?

L’auteur ne sait quoi répondre, l’enfant insiste. L’auteur plus préoccupé par la réparation de son engin que par le sort des roses répond, irrité :
Les épines ça sert à rien, c’est de la pure méchanceté de la part des fleurs !
Le petit prince répond :

– Je ne te crois pas ! Les fleurs sont faibles. Elles sont naïves. Elles se rassurent comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs épines… Et tu crois toi que les fleurs…
– Mais non ! Mais non ! Je ne crois rien. J’ai répondu n’importe quoi. Je m’occupe, moi, de choses sérieuses !
– De choses sérieuses ! Tu parles comme les grandes personnes !

Irrité, il rajoute :
Je connais une planète où il y a un monsieur tout cramoisi. Il n’a jamais respiré une fleur. Il n’a jamais regardé une étoile. Il n’a jamais aimé personne. Il n’a jamais rien fait d’autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi :
– Je suis un homme sérieux ! Je suis un homme sérieux !
Et ça le fait gonfler d’orgueil, mais ce n’est pas un homme, c’est un champignon !
– Un quoi ?
Un champignon !
Gagné par la colère, le petit prince poursuit :
– Il y a des millions d’années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des millions d’années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n’est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des épines qui ne servent à rien ? Ce n’est pas important la guerre des moutons et des fleurs ?

La guerre des moutons et des fleurs, vous connaissez sûrement, non ?
N’y a-t-il pas en effet de raison de se demander pourquoi les hommes se font la guerre depuis la nuit des temps ?

Je vous laisse méditer sur le sens de cette réflexion.

La connexion : St Exupéry

Le petit Prince :

En ce moment, je suis en train d’écrire un synopsis de roman concernant un délinquant de banlieue. Un de mes personnages m’est apparu comme une évidence sous les traits du Petit Prince de St Exupéry et cela m’a donné envie de relire ce conte merveilleux dont je ne me lasserai jamais je pense. j’étais confortablement installée au soleil dans mon jardin et j’ai savouré chaque instant passé en sa compagnie. C’était un beau voyage et parmi toutes les pépites que j’ai redécouvertes, il y en a une que j’avais envie de partager avec vous.
Le petit prince rencontre un renard qui l’informe qu’il ne peut jouer avec lui car il n’est pas apprivoisé. L’enfant lui demande « Qu’est-ce que signifie apprivoiser ?
– C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ca signifie créer des liens…
– Créer des liens ?
– Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…

Cela m’a rappelé que c’est ce que nous faisons tous avec nos blogs. Nous créons des articles pour tisser des liens et c’est ce partage qui nous rend tous uniques. Vous êtes à vous seuls des univers et tel le petit prince, nous allons d’univers en univers pour nous enrichir de l’unicité, de l’authenticité de chacun et c’est un bien précieux.