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Transcender la douleur

FRIDA KHALO

Frida Khalo artiste peintre

 

Transcender la douleur

Nul ne ravira ma vie, personne ne rongera mes chairs, c’est moi qui me déroberai à elles. Je les surprendrai par devant, d’un trait de génie, d’un coup de vers. J’irai là où je ne m’attends pas, juste pour voir s’il y fait froid, juste pour voir si je m’y noie. Mais je n’irai pas en arrière, je ne regarderai pas mon dos, je lui tournerai les yeux pour ne pas regretter.

Nul ne saura qui je suis, personne ne dictera mes mots, c’est moi qui brouillerai mon âme, je la maquillerai d’artifices. Je me mettrai en pieds, je pousserai bien haut et je lècherai le ciel, juste pour le trouer, juste pour m’amuser. Mais je ne cèderai pas mon souffle, je l’userai jusqu’à le perdre, jusqu’à me perdre de liberté, jusqu’à me tuer d’aimer.

Nul ne lira dans mes rêves, personne ne souillera mon monde, c’est moi qui les dessine ici. J’encrerai les branches des arbres, je rougirai les lacs et les forêts. Je tracerai des sillons de pensées en fleurs sur les routes de campagne, j’inonderai les flux dormants des hommes de grands projets inavoués. Mais, je n’oublierai pas d’insuffler la passion d’un amour sans condition.

L’envers de l’endroit où la racine se fissure surgira, d’une vigueur nouvelle, d’un espoir insoupçonné.

Nadia Bourgeois

LA PHARMALIVRE

La pharma livre

Il arrive parfois qu’une lecture vous transcende, transforme votre journée ou votre vie.
Je tiens une petite librairie, impasse de la métaphore. Chez moi, ça sent le sous-texte, le café et le papier recyclé. Tous les soirs entre chien et loup, je reçois des inconnus de passage en quête de sens. Je répare les âmes troublées, les esprits tourmentés, les gens en quête d’univers singuliers, d’un peu d’amour à partager. Je les invite à s’asseoir sur le vieux canapé club en cuir hérité de ma grand-mère, entre les tables et les rayonnages surchargés de livres et cueille les confidences tardives. Je leur offre un café et j’écoute les battements de leurs cœurs, leurs rêves saturés d’un quotidien trop usé. J’entre dans leurs désirs les plus secrets, dans la dentelle délicate de leur iris fatigué de vivre ou blasé par la médiocrité. Là, sur la pointe du soleil couchant, je livre mon diagnostic et délivre une ordonnance de mots en décoction,  des citations en cataplasme et des nouvelles fraîchement pressées. J’investis la pensée de l’auteur et ma voix s’élève en volutes de murmures au contact des phrases ; j’accélère le rythme, recommande un chapitre, un titre. Les traits d’humour ou mots d’esprit fusent. Le patient se redresse, la poitrine soulevée par un soupir d’aise.
Il ressort de chez moi avec un petit sac de pensées d’Honoré de Balzac ou Dostoïevsky, Tolstoï, Kafka, Camus, Vian et tant d’autres encore ! De l’espoir en feuillets. Chez moi, on y entre seul, mais on en ressort toujours bien accompagné et on y revient toujours.

Nadia Bourgeois

Andrew McPhail, métamorphoser ses blessures

Métamorphose : le mot « métamorphose » vient du grec morphè (forme) et du préfixe meta (qui exprime un changement) : passage d’un état à un autre état.

La métamorphose résulte parfois d’un cheminement artistique visant à panser des blessures, d’un désir de sublimer la douleur. C’est le cas de l’artiste séropositif, Andrew MCPHAIL dont les créations reposent essentiellement sur l’acceptation des épreuves difficiles que la vie nous inflige.
Son œuvre, «All my little failures », (tous mes petits échecs) représente une burka réalisée entièrement à partir de pansements, inspirée par un fait divers sordide survenu en Ontario. Une jeune fille qui ne voulait pas porter le hijab à l’école a été assassinée par son père.
Andrew accomplit des performances de rue aux cours desquelles il porte cette burka et distribue des pansements aux âmes en peine.
A la question : Quelle est la signification de « all my little failures »?
Il répond : « Pour moi, cette œuvre renferme de nombreuses significations qui se sont accumulées avec le temps et, j’espère que le public les saisit. Elle aborde principalement le fait d’être couvert et dissimulé, mais en même temps, le fait que la façon dont on se cache attire l’attention vers soi et nous rend extrêmement visible. J’ai superposé cette notion aux personnes vivant avec le VIH et au fait que si je ne disais pas que je suis séropositif, on ne le devinerait probablement pas. Un voile peut à la fois cacher et révéler — un peu comme les aspects de la vie avec le VIH et les divers degrés que l’on peut révéler en public ou non ».

Je suis très touchée par les démarches artistiques semblables à celles d’ Andrew McPhail. La créativité, la sublimation, la transfiguration du réel ont quelque chose à voir avec la survie.
Cela ne revient-il pas à dire : Toutes ces blessures, ces fragments fragiles, ces bouts de moi, sont un coin d’histoire, un rempart contre l’oubli, l’effacement ?
Avez-vous songé à vos propres métamorphoses ?

Site de l’artiste : http://www.andrewmcphail.com/all-my-little-failures.html
Extrait de l’interview : http://www.catie.ca/fr/visionpositive/ete-2012/art-posiif-peau

Voeux 2017 : Le lampadaire qui voulait entrer dans la lumière

« J’aime le réel lorsqu’il est transfiguré avec une attention particulière »
Blaise Cendrars

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factoryb.com artiste Brandon Stahlman

Voeux 2017

Une page est tournée, mais l’histoire continue. 2017 est un pas de plus dans l’histoire de l’humanité et c’est nous qui l’écrivons. Je vous souhaite de trouver, si ce n’est déjà fait, ce sens à votre vie qui éclaire votre chemin et vous donne envie de vivre chaque jour pour créer, transcender et sublimer, tels des magiciens, ce quotidien dont nous devrions voir toute la richesse et prendre soin. Je vous souhaite une excellente année 2017 et une bonne lecture.

Le lampadaire qui voulait entrer dans la lumière

J’ambitionnais de me muer en lampadaire pour transcender l’univers, lui apporter ma lumière.
Lorsque je fus fin prêt et tout illuminé, je me tenais droit et fier, enraciné dans le bitume amer.
Eclairer les passants égarés dans l’obscurité, donnait à mon existence un certain sens de l’humanité.
Sensibles à mon éclat, ils relevaient la tête pour me saluer, me féliciter de leur montrer le chemin. Profitant de la clarté, ils se laissaient aller à musarder avant de rejoindre leur foyer.
Oubliant la fatigue de la station debout prolongée, je m’enorgueillissais de ces célébrations, gonflait mon ampoule de toute ma vanité, poussais l’excès de zèle jusqu’à les illuminer même en journée.
Les jours passaient et les passants aussi, hâtant le pas devant moi ; relevant la tête puis ne la relevant plus, jusqu’au jour où je ne vis plus que le bout de leur chapeau, émergeant du col de leur manteau.
J’avais beau briller de toute mon intensité, aucun regard ne trompait le trottoir.
Alors, je me mis à clignoter, grésiller de désespoir, puis m’éteignis. Un chien vint pisser à mon pied.
Le lendemain soir, enveloppés par la pâle bienveillance de la pleine lune, les passants pressés déambulaient devant ma dépouille sans sourciller et le surlendemain, dans la nuit épaisse, quelqu’un releva la tête, puis un autre et un autre… Il leur manquait quelque chose, mais quoi ?
– C’est le lampadaire, dit l’un d’eux.
– Il faut absolument appeler la mairie pour le signaler et le remplacer. Répondit un autre.
– Les lampadaires ne sont pas fiables, dit un dernier. Ils nous lâchent sans crier gare quand nous avons le plus besoin d’eux.
J’eus un sursaut, un élan de survie, je m’allumais, clignotais, grésillais, puis m’éteignis tout à fait.
Les passants haussèrent les épaules dans un soupir, puis comme tous bons passants qui se respectent, passèrent leur chemin.
Une personne cependant revint sur ses pas, posa sa main sur mon mât et souffla :
– Tu me manques, j’espère que tu reviendras.

Nadia Bourgeois

S’il te plaît, dessine-moi

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Illustration de Fabienne Fumière Texte Nadia Bourgeois

S’il te plaît, dessine-moi une vague de larmes, des sillons d’embruns, un phacochère en rut, des rutabagas en pâmoison. Une cathédrale en dentelle pour caresser mon âme et déplier mes instincts de papier. Une cloche d’espoir, une semelle sous laquelle je pourrai m’abriter, un lacet auquel je pourrai m’accrocher, un cœur déliquescent. Une parenthèse pour y mettre les mots importants, pour y façonner mes rêves, les laisser s’envoler. Un jardin bleu roi, des femmes indigo, des ampoules turgescentes, un intérieur de moi en kaléidoscope, un tam tam  vibratoire, des sonorités d’argent pour une humilité dérisoire. Un rasoir en cristal, toutes ces choses absurdes qui peuplent mon imaginaire et qui n’écloront jamais dans les nervures ajourées de la pensée des autres. Ces pantins adéquats en uniforme de soie, fragiles et indolents, fertiles et rayonnants. S’il te plaît dessine-moi ta main et place là dans la mienne bien au chaud dans mon amour escalator. Dessine-moi des lignes de fuite, des lignes mouvantes, mourantes et vagabonde moi dans les plis abstraits de ton esprit défait. Accorde-moi cette faveur enivrante de ne pas connaître la destination, de te laisser aller la plume au bout des doigts, sans retenue, dans la plus simple nudité de ton âme. Mets à nu des empires de mots profanes, de repentis vespéraux, d’ombres diaphanes. S’il te plaît dessine- moi avec mes faiblesses, mes imperfections, mes rages, mes passions, mes failles, mes rudesses, mes éclats, ma lumière. Dessine-moi à ta guise, mais s’il te plaît, dessine-moi pour que je ne meure pas.

Nadia Bourgeois  28 03 2016

Suite à un commentaire très judicieux d Elisa, je précise que j’ai écris ce texte à partir d’une consigne que j’ai donnée aux participants des ateliers d’écriture que j’anime.  » A partir de « s’il te plaît dessine-moi…écrivez tout ce qui vous passe par la tête ». J’ai moi-même joué le jeu et ce texte est né. J’ai pensé ajouter l’illustration de Fabienne Fumière pour rendre hommage à sa série de tableaux sur le thème du Petit Prince.

METAMORPHOSE ESCHER

l'infini en mouvement

escher métamorphose

Le plein et le délié valsent dans les jeux d’ombres.
Dans leur fragilité marquée par les accents,
Se font et se défont, étirent la pénombre,
Muant leurs traits figés en rêves opalescents.
Nadia Bourgeois

RICK OWENS HABIT DE PEAU

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Fashion week 2015

Lorsqu’il chassa du paradis, « L’éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau et il les en revêtit. »

J’y vois une métaphore de la naissance. L’homme vient au monde en tenue de naissance. Cette peau dont nous sommes revêtus lorsque nous sommes expulsés du ventre de notre mère, ce paradis à l’abri duquel la vie nous construit patiemment.

Le styliste visionnaire Rick Owen revisite à sa manière la genèse. Décrié, moqué, ce défilé pose néanmoins la question de notre rapport au corps, à la peau. Porter des habits de peau, du cuir, est  un acte banalisé. Cela ne pose aucun problème et pourtant, nous revêtons une autre peau et ne cessons d’en changer tout au long de notre vie, de la falsifier, la travestir à loisir, d’entrer dans la métamorphose. Ce mannequin qui porte un autre mannequin en guise de parement nous le rappelle de manière brutale et cynique, même si la démarche ne se revendique sans doute d’aucune action de dénonciation.

Interroger la métamorphose revient-t-il à s’interroger sur le sens de notre existence ?

 

 

 

Gainsbourg graffitis

Quel plus bel hommage pouvait-on rendre à cet artiste qu’est Serge Gainsbourg qu’en graffitant son mur
rue de Verneuil pour l’élever au rang de Mausolée artistique !
Je vous laisse découvrir ce magnifique symbole d’amour et de respect de la part de ses fans.

l’âme soeur

L’âme soeur

LA DANSE COMME EXPRESSION DE SOI

LA DANSE COMME EXPRESSION DE SOI

la calligraphe de l'air

danseuse

J’ai déjà dit que j’aimais la danse. J’ai déjà dit aussi qu’à mes yeux, la danse est la signature de l’être dans l’espace. Lorsque le corps devient parole, il se passe quelque chose de magique. Cette forme d’écriture s’empare de tout votre être et c’est à ce moment là que vous avez plus que jamais conscience que vous écrivez la naissance du monde, à chaque instant, à chaque mouvement, à chaque respiration. Quand votre chair et votre esprit font l’amour, c’est là, ici même que vous êtes authentique. Ce n’est pas pour rien que dans les rites chamaniques ou dans les tribus d’Afrique, la danse occupe une grande place dans cette quête spirituelle à laquelle tout être humain aspire. Elle est un art cosmique qui puise l’énergie au plus profond de soi.
Laissez la transe vous transporter et écoutez ce que l’esprit de votre corps veut dire.

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La calligraphe de l’air

D’abord, elle défait lentement chacun de ses gestes, déboutonne ses doigts un à un pour dévoiler la chair délicate de la paume de sa main rosie par la pudeur des sentiments.
Elle fait glisser la lumière sur son épaule diaphane, chuchote son corps dans toute sa sensibilité, emplit l’espace de ses vibrations elliptiques.
Puis, dans une chorégraphie savamment orchestrée, elle projette son ombre dans une mue extatique. Pendues à une note coulante, ses pensées jouent sur le fil ténu de l’harmonique. Au bout du soupir, dressée sur la pointe de sa silhouette tendue comme un calame, elle exsude l’encre douloureuse de son âme dans de grands jetés, se perd dans des tracés lyriques et des signes oniriques.
Elle avance, fragile, dans toute la beauté de sa candeur tremblotante et la grâce de ses pas, vacillant comme une flamme prise dans les filets du vent.
Son souffle et la sueur mêlés dans ce ballet charnel, chantent la mélodie de l’être en devenir, bulle de soie en suspension aérienne dans une étreinte musicale.
Elle danse jusqu’à l’ultime respiration, jusqu’à papillonner au-dedans, jusqu’à mourir d’amour. Mourir dans la prose charnelle, mourir d’oser vivre l’éternel recommencement.
Jusqu’à vivre dans l’élan de l’instant, de la seconde féconde, de la retenue temporelle…
Lorsque, dans un dernier soubresaut, la calligraphe de l’air lâche une émotion au bout de ses arabesques, elle sait qu’elle a vécu sa plus belle histoire.