Archives de Catégorie: humeur

Ode à mes amis blogueurs et blogueuses 

Il arrive parfois qu’un élan vous traverse avec la fulgurance d’un éclair. Et si je rendais hommage à ceux qui peuplent la blogosphère, qui m’encouragent, me réservent leur attention et m’enchantent de leur voix singulière d’une façon particulière ?  Il y en a tant ! Je n’ai pu être exhaustive malheureusement, aussi, y reviendrai-je sûrement.

Voyage en blogosphère 

Avez-vous déjà été en Aphadolie, cette mystérieuse planète de la connaissance où le savoir, balayé par la douceur de Green norden, circule en permanence ? Là-bas, tout est idéelle. Tandis que je traversais la bienveillante landcheyenne sous le ciel lumineux de Leyenda, je me laissais bercer par les vers oniriques de Moonath qui parvenaient jusqu’à moi dans un voile de murmures et je connus soudain l’envol poétique, Le vertige de l’oiseau. Il m’emporta Vers Antarès, terre de lyrisme enchanteur, découvrir les magnifiques Narines de crayon dont les mots taillés comme des monts sont traversés par une Culturieuse joyeuse montée sur un chevalet fougueux. Elle m’entraîna dans son sillage au pays des couleurs stupéfiantes,navigant sur des toiles singulières. Alors que j’atteignais les limites de ces contrées décalées, je vis les gifs de Dominique s’animer dans l’œil d’une flâneuse bretonne alanguie. Le regard appuyé contre le sien, la belle Anita, parée de tissus chatoyants, chantait les louanges de la féminité. Je les délaissais à grand peine, poursuivant inlassablement ma route,poussée par un délire de Brindille, portée par la hâte d’apercevoir d’autres univers merveilleux. Là, Elisa, Laurence et Polina aiguisaient leur plume, faisant jaillir des geysers d’émotions dans des déserts de vélin immaculé. Antony’M les histoires me soufflaient-elle. Je ne suis rien sans elles, murmurais-je, songeuse. C’est alors qu’Aquileana m’apparut, m’invitant à m’asseoir auprès d’elle. Elle me conta les mythes gréco-romains en me tenant la main.
Je prenais la mesure de l’immensité de la blogosphère et de ses richesses insoupçonnées.

Publicités

Blaise Cendrars transfiguré

« J’aime le réel lorsqu’il est transfiguré avec une attention particulière »

Résultat de recherche d'images pour "BLAISE CENDRAR"Blaise Cendrars

Résultat de recherche d'images pour "BLAISE CENDRAR"

 

Portrait de Blaise Cendrars réalisé par Modigliani en 1917

La peinture est une forme d’écriture et j’aime à penser que Modigliani a transfiguré le réel avec une attention particulière » en exécutant ce portrait. Le regard de l’artiste, le point de vue de l’auteur nous offrent une multitude de regards. Vous pensez que c’est absurde ? Cela n’a rien d’absurde. L’absurde, c’est la créativité qui prend un pseudo. L’écriture est une proposition, non une prison. Un état d’être dans lequel je « m’encre » du bout de ma pensée pour défier les limites de la réalité.

Nadia Bourgeois

 

La
Ruche

Escaliers, portes, escaliers

Et sa porte s’ouvre comme un journal

Couverte de cartes de visite

Puis elle se ferme.

Désordre, on est en plein désordre

Des photographies de
Léger, des photographies de

Tobeen, qu’on ne voit pas
Et au dos

Au dos

Des œuvres frénétiques

Esquisses, dessins, des oeuvres frénétiques

Et des tableaux…

Bouteilles vides

Nous garantissons la pureté absolue de notre sauce

tomate-Dit une étiquette
La fenêtre est un almanach
Quand les grues gigantesques des éclairs vident les

péniches du ciel à grand fracas et déversent des bannes

de tonnerre
Il en tombe
Pêle-mêle

Des cosaques le
Christ un soleil en décomposition

Des toits

Des somnambules des chèvres

Un lycanthrope

Pétrus
Borel

La folie l’hiver

Un génie fendu comme une pêche

Lautréamont

Chagall

Pauvre gosse auprès de ma femme

Délectation morose

Les souliers sont éculés

Une vieille marmite pleine de-chocolat.

Une lampe qui se dédouble

Et mon ivresse quand je lui rends visite

Des bouteilles, vides  »

Des bouteilles

Zina

(Nous avons parlé d’elle)

Chagall

Chagall

Dans les échelles de la lumière

Poème de Blaise Cendrars

LA PHARMALIVRE

La pharma livre

Il arrive parfois qu’une lecture vous transcende, transforme votre journée ou votre vie.
Je tiens une petite librairie, impasse de la métaphore. Chez moi, ça sent le sous-texte, le café et le papier recyclé. Tous les soirs entre chien et loup, je reçois des inconnus de passage en quête de sens. Je répare les âmes troublées, les esprits tourmentés, les gens en quête d’univers singuliers, d’un peu d’amour à partager. Je les invite à s’asseoir sur le vieux canapé club en cuir hérité de ma grand-mère, entre les tables et les rayonnages surchargés de livres et cueille les confidences tardives. Je leur offre un café et j’écoute les battements de leurs cœurs, leurs rêves saturés d’un quotidien trop usé. J’entre dans leurs désirs les plus secrets, dans la dentelle délicate de leur iris fatigué de vivre ou blasé par la médiocrité. Là, sur la pointe du soleil couchant, je livre mon diagnostic et délivre une ordonnance de mots en décoction,  des citations en cataplasme et des nouvelles fraîchement pressées. J’investis la pensée de l’auteur et ma voix s’élève en volutes de murmures au contact des phrases ; j’accélère le rythme, recommande un chapitre, un titre. Les traits d’humour ou mots d’esprit fusent. Le patient se redresse, la poitrine soulevée par un soupir d’aise.
Il ressort de chez moi avec un petit sac de pensées d’Honoré de Balzac ou Dostoïevsky, Tolstoï, Kafka, Camus, Vian et tant d’autres encore ! De l’espoir en feuillets. Chez moi, on y entre seul, mais on en ressort toujours bien accompagné et on y revient toujours.

Nadia Bourgeois

Andrew McPhail, métamorphoser ses blessures

Métamorphose : le mot « métamorphose » vient du grec morphè (forme) et du préfixe meta (qui exprime un changement) : passage d’un état à un autre état.

La métamorphose résulte parfois d’un cheminement artistique visant à panser des blessures, d’un désir de sublimer la douleur. C’est le cas de l’artiste séropositif, Andrew MCPHAIL dont les créations reposent essentiellement sur l’acceptation des épreuves difficiles que la vie nous inflige.
Son œuvre, «All my little failures », (tous mes petits échecs) représente une burka réalisée entièrement à partir de pansements, inspirée par un fait divers sordide survenu en Ontario. Une jeune fille qui ne voulait pas porter le hijab à l’école a été assassinée par son père.
Andrew accomplit des performances de rue aux cours desquelles il porte cette burka et distribue des pansements aux âmes en peine.
A la question : Quelle est la signification de « all my little failures »?
Il répond : « Pour moi, cette œuvre renferme de nombreuses significations qui se sont accumulées avec le temps et, j’espère que le public les saisit. Elle aborde principalement le fait d’être couvert et dissimulé, mais en même temps, le fait que la façon dont on se cache attire l’attention vers soi et nous rend extrêmement visible. J’ai superposé cette notion aux personnes vivant avec le VIH et au fait que si je ne disais pas que je suis séropositif, on ne le devinerait probablement pas. Un voile peut à la fois cacher et révéler — un peu comme les aspects de la vie avec le VIH et les divers degrés que l’on peut révéler en public ou non ».

Je suis très touchée par les démarches artistiques semblables à celles d’ Andrew McPhail. La créativité, la sublimation, la transfiguration du réel ont quelque chose à voir avec la survie.
Cela ne revient-il pas à dire : Toutes ces blessures, ces fragments fragiles, ces bouts de moi, sont un coin d’histoire, un rempart contre l’oubli, l’effacement ?
Avez-vous songé à vos propres métamorphoses ?

Site de l’artiste : http://www.andrewmcphail.com/all-my-little-failures.html
Extrait de l’interview : http://www.catie.ca/fr/visionpositive/ete-2012/art-posiif-peau

Cri de femmes

Ainsi Dieu, usant de quelques artifices souverains m’a faite femme.
Que ne lui ai-je demandé de me laisser en paix.
Que n’ai-je eu la volonté de ne point naître sous cet aspect.

De ma chair ainsi dissoute, ne resterait que mon esprit.
Asexuée, ma voix se ferait entendre au-delà des préjugés.
Inatteignable, ma pensée ne serait plus sacrifiée sur le bûcher.

Que n’a-t-on brisé la côte d’Adam au tout commencement.
Je me passerai de lui dorénavant car c’est de mes entrailles
Que jaillissent sous la mitraille, ses descendants.

On me rend coupable d’être femme, on me diabolise, on me méprise,
On me lapide, on m’excise. On me calomnie
Et, pure ironie, au nom de Dieu, on me punit.

Qu’on le brûle à ma place si l’on veut rendre justice, car c’est lui qui m’a faite calice.
Que ne m’a-t-il fait matrice d’un amour incomplet,
Eternelle débitrice d’un être imparfait.
Que ne lève-t-on le voile qui m’anamorphose,
Pour qu’au bout des épines, éclot enfin une rose.

Ainsi Dieu, usant de quelques artifices souverains, m’a rendue actrice d’un monde factice,
D’un monde en plein déclin.

Nadia Bourgeois, Printemps des poètes 2013

Image via gilbert.descloux

Méditation chamanique


 Expérience sur la musique the chaman’s journey you tube

J’ai écrit ce texte à la suite d’une consigne donnée par Anaël Verdier en atelier d’écriture en 2015. Je me suis prêtée au jeu et me suis inspirée de cette musique. Ce fut une expérience étonnante, je me suis laissée porter par le rythme et les mots m’ont échappé. Je vous recommande d’essayer, même si le résultat peut s’avérer déroutant. 🙂

Je suis bien dans l’entre soi fragmenté de l’univers et je plonge dans le son empirique d’une goutte de pluie. L’œil végétatif danse dans une rotation imberbe.

Mon corps n’est plus qu’un son, une torsion organique qui s’élance dans la matière invisible du cosmos. Ondulations cérébrales, terreau animal. Je ne fais plus qu’un avec la vie et j’avance, remue l’humus au sol. Enfonce et enfonce mon esprit tellurique dans la fossilisation temporelle de la genèse.

Une note, je chante. Je m’arc boute et j’ondoie ; je fragilise mon espace, je transcende l’un.

Vaste, vaste étendue, arrière, epsilon ! Voile imperceptible, murmure vagal.

Je cours et je saute. Une, deux. Un nuage est tombé à terre et se répand sur les racines de mes regrets.

Le lierre grimpe et envahit mes tympans. Aussi fine que du papier, je suis traversée par la lumière. Elle écrit sa musique sur mon corps. Tatouée, je cours encore, je saute, je danse et m’essouffle. Je me pose, il est là. Il glisse comme une ombre sur mon visage, le caresse, je frissonne. Un, deux, trois, motif géométrique en mouvement, je capitule. Je me laisse prendre.

Battement de cœur, boum, boum, boum, boum, changement de rythme, boumboum, boumboum. Encore une accélération. BoumboumboumboumBOUM ! Majuscule en l’air. Gravitation de l’éternel néant, je fuse. Comète insolente, je laisse une trace sur la voûte stellaire. Quelle impudence ! Fau-il que je rayonne ?

Je préfère me taire, rêver et me taire. Il vient à moi je le sens, je ne m’en effraie pas. Il peut m’habiter, j’ai suffisamment de place. Il peut se raconter, je le chanterai, je l’hymnerai même, jusqu’à l’épuisement. Il appui sur mon torse, appui et appui encore. Respire, respire !

Là, voilà, c’est mieux. Encore un rythme dans ma poitrine. Boum tchak, boumboum tchak.

Boum…Boum… ralentissement, anéantissement, sursaut.

Oui, je sais que ce n’est pas ce que vous attendez. Où est le sens ? Une histoire, une expérience ? Et si c’était ça. Sujet verbe complément, complètement en dehors de moi. Ce n’est pas ça la vie. C’est une fulgurance, une incohérence qui vous habille d’intelligence. Déconstruire, jeter, polir, briller, puis aimer.  Juste un tambour et soi et dans l’entre soi, un monde. Convoquer l’onirisme, l’appel de l’ailleurs, la frontière tranchante, l’ultime appel !  Je l’entends, il parle en moi lorsque je sais me taire. Apprendre à se taire pour mieux s’emplir.

Mes pieds sont des papillons, ils ne touchent plus terre. Ils ont mieux à faire, ils savent qu’elle est en eux. Insinue-toi, envahis-moi. Je suis caisse de résonance. Mon cœur fibrille jusqu’au point de rupture. C’est le vertige absolu. Non sens, verbe. Pulsation, verbe. Allez, ça y est, je sens que je lâche prise. Je suis à chair de peau, je martèle. Martèle et martèle. Ca s’enfonce dans le dedans. Ca me vrille, ça m’instille, ça me meut.

Je suis un être pris dans la tourmente d’un rythme lancinant et j’avance mais je ne sais pas où je vais et je ne trouve même pas ça inconfortable. Je suis bien. Je ne suis plus là en fait, je suis  dans l’entre soi et j’ai la tête qui tourne. Mon rythme cardiaque s’accélère.

Pulsation, pulsation, tambour. Il va vite, il cogne, il m’agrippe, il m’entraîne. Où ça ?

Je cours, je cours, je cours, je cours, je m’essouffle. C’est vert autour et ça bouge. Ca va trop vite et j’ai peur que mon cœur lâche. Ouf, j’entre dans la matière. Je cloche sur des notes de piano. Je m’enfonce et je remonte et c’est magnifique. Le grain de ma peau vibre.

« Cantanatolate ». Je me sens glisser et voler. Je me vois, je rampe, je creuse mon dos et j’avance dans les herbes hautes, félidé royal. Ma chevelure balaie le chemin de l’exil auquel je suis forcée. J’ai le regard brisant. Je cherche quelque chose dans un rituel qui me dépasse. Je suis à la limite du supportable, elle est plus forte que moi. Elle m’angoisse et pourtant, je ne cesse de me la repasser en boucle. C’est la deuxième étape. Cette musique que j’accueille et que j’intériorise depuis deux pages me modélise. Je suis derviche tourneur et ma tête n’est plus dans l’axe.

Des ombres m’observent et m’encerclent. Je vois le ciel tournoyer au-dessus de ma tête.

A moins que ce ne soit moi.Je suffoque, je n’arrive pas à me concentrer. Je ne vois plus rien. La musique est omniprésente. J’ai vraiment le vertige et la tension monte. C’est incroyable. C’est une caisse de résonance. Ca va vite. Encore et encore trop vite. Si ça va plus vite, est-ce que mon cœur explose ?

Un casque vissé sur la tête, je suis au bord de l’épuisement. La musique s’arrête. C’est le grand vide. Je recommence. Je veux aller au bout de l’expérience. Une addiction péremptoire. Boumboumboumouboumboumboumboumboum ! Encore ! Encore ! Plus fort ! J’augmente la densité. La volute est à son maximum et je commence à saisir les nuances de ses battements lancinants. J’en saisis les contours, les décélérations. Je n’ai pas de vision particulière, juste une vive émotion. J’ai envie de me lever. J’ai le sentiment que je ne peux pas accéder à une étape supérieure si je ne danse pas avec ces notes. Elles m’appellent elles me cherchent et je n’en peux plus. Un accent, deux, trois, accent ! Accent ! Frappe !

Mon corps est un silence et demi. Il se résout dans l’absence temporelle. Allez, si je me mettais à vivre maintenant, là, si j’osais. Si je me déployais ?

J’ai mille peaux et je m’appelle Kichté. Je ne suis pas matérialité, j’existe dans les espaces, dans les creux, dans le vide. Je suis pétrie de vide et j’ai traversé des épreuves que seules les âmes mal nées sont capables de supporter. J’ai chevauché le soleil pour m’enfuir de la douleur. Elle m’a traquée et j’ai résisté. J’ai sauté de nuage en nuage et je me suis posée sur la pointe de l’espérance. J’y suis restée en équilibre sur un pied, juste pour défier l’adversité. Elle se dressait devant moi en figure obsolète. Je l’ai chassée de tout mon amour et elle s’est mise à pleurer. Je me suis assise à ses côtés et je lui ai dit que ce n’était pas grave, que j’avais pleuré moi aussi et que les larmes font pousser les arbres. On peut s’y mettre ensuite à l’abri alors ça ne fait rien. A l’ombre de la douleur, on se recompose. Elle m’a tendu la main et je l’ai serrée très fort. On a survolé ensemble plein de territoires inconnus et nous avons fait l’exégèse du monde.

Répétition. Il y a quelque chose d’absolu dans la répétition. Elle réinvente, elle accède au magique, au sacré dans la boucle. Boumboumboumboumboumboumboum !  La transe ! Boum boum boumboum boumboum boum boumboumboumboumboum. Les repos, les absences creusent la différence et singularisent. Univers, sommes nous vraiment vers l’uni. L’universalité un peu pour se reposer et unis vers quoi d’abord ?

Refuser l’uniformité, désincarcération thoracique de l’esprit. Je sursaute, il arrive au galop, là, prend la lumière dans les filets de sa crinière fauve. Je m’accroche à son  insonorité.

Ils refluent vers mon centre. Je les appelle de toute mon âme mais ce sont les images qui  vectorisent l’intensité acqueuse de mes mystères.

Lichen, mandragore, verdoyante allée poudreuse de l’immense voile de soie, puisse tu me couver de ton iris de feu.

Kichté est mon nom et il transcende la descendance de l’infanticide amertume.

Je suis le fruit de la connaissance. J’ai toutes les connaissances et le grain de ma peau est une connaissance acquise à la cause de l’humanité.

Suis-je à l’état d’incohérence ? Supporterez vous cet alanguissement né de la variation vibratoire de la note affûtée de mes désirs ?

Je suis une page que l’on tourne, qui jaunit, que l’on froisse. Je m’écris entre les lignes. Je marche entre les marges et j’ai le vertige. Ca tourne, ça suinte, ça déborde d’emphase.

Steppe contaminée par les lueurs de l’aube chétive. Ligne cadencée de l’aile brisée de l’aigle dévolu à l’élévation.

Soi, soi, soi, soi, soi, soi, péremption. Soi, soi, soi, soi, soi, soi, rédemption.

Je suis un monde dans un monde et rien ni personne ne pourra l’empêcher. Pas même la mort, il est trop tard. T-r-o-p t-a-r-d. Je suis affranchie. Plus rien ne m’atteint, pas même le néant. Je suis l’absurdie crucifiée. Une étoile égarée à la pointe émoussée mais je trace mon sillon à travers la voir lactée pour atteindre cet autre versant de l’envers. Solitudinale est mon âme. Anamorphosée en cet instant, je surgis dans les volutes de tous les possibles. Végétale, minérale, animale, je suis en tout ce qui prend vie.

Là, ça y est, je m’assied en tailleur et je contemple la majesté des atomes fortifiés. Ils conspirent sur la toile de mon esprit et je vois une vallée au milieu de laquelle coulent quelques notes de joie sautillantes. Elle vrille là où la terre l’appelle et jaillit, obscure, plus vive que jamais pour inonder de son aura les alentours. Et je suis cette rivière, je vrille et je danse avec elle. Danse, danse, danse, danse, danse, émerge. Boumboumboumboum.

Boum, boum, boum, boum, une sensualité avérée, hop, hop, hop, hop ! Obstacle.

Incrustation déficiente, pourquoi tu t’accroches, hein ? Tu veux voir l’après, le bout de l’infini. Obstruction, changement d’orientation. Ligne courbe, arabesque.

Respire, respire, respire, court, mais court après ces idées échevelées qui te tiennent tête. Tu t’prends pour un humain ? Ah, ah, alors crie ! Arrache tes poumons et ce qui te sers d’oreille. Ecoute avec les yeux ! Battement, battement, chevauchement. Stop !

Tu les sens les unions sournoises, inattendues ? Ca te dépasse, les mots s’unissent, font leur chemin. Simplifie l’accueil, reçois, le rythme, forge l’artère fémorale.

Tourne, tourne, convoque ! Tu peux le faire, laisse les venir, laisse les entrer, tu as ta place !

Meurs !

© Nadia Bourgeois

 

 

Eric Emmanuel Schmitt Lorsque j’étais une oeuvre d’art

518q3yk3eal-_ss500_« – Tu es mon œuvre, mon chef-d’œuvre, mon triomphe. »
« – J’enfonce même la nature. Jusqu’à toi, je n’avais qu’elle comme rivale sérieuse. La nature ! »

« Cette fois si maline si sournoise si inventive, si futée soit-elle, elle est incapable de réaliser ce que je viens d’achever avec toi. Recalée, inapte, pas assez d’extravagance.
– Tu ne ressembles à rien de connu car l’art n’est pas imitation, tu es mon geste, ma vérité…Lama avait vêtu les trente beautés d’une combinaison rose sans plis ni coutures qui imitait parfaitement la nudité, la peau de tissu moulait leurs corps avec indécence et seuls deux boutons rose fushia sur les seins et un triangle de crin noir sur le bas-ventre signalaient l’artifice. Les beautés se pavanaient entre les invités sans se douter, comme moi, que Zeus ne leur avait créé cet uniforme de nudité saumon que pour mieux dénoncer la Nature et sa consternante absence d’invention. »

Lorsque j’ai lu ce roman il y a quelques années, j’ai été vraiment touchée par le héros dont on ignore le nom à part celui d’ Adam bis, dont l’affuble son géniteur artistique, Zeus-Peter Lama. Pour oublier sans doute qu’il ne s’est pas fait tout seul, ce dernier se substitue à son propre créateur pour façonner son chef-d’oeuvre. Rien que cela. Adam bis se voit dépossédé de tout ce qui fait l’intérêt d’être humain : disposer (dans une mesure toute relative) de son humanité. Le créateur névrosé, non content de le transformer, va jusqu’à tenter de lui ôter son âme, sa conscience pour le réduire à l’état d’objet. Cela me fait penser à « L’homme qui était refait » d’Edgar Allan Poe dont on admire dans la nouvelle,  la dentition parfaite, le corps magnifique et vigoureux . Pourtant, celui-ci n’est plus qu’un amas de vêtements, un être en kit soumis à l’assistance de son valet lorsque le masque tombe.

Quelle est cette vanité humaine qui nous pousse sans cesse à vouloir dépasser la nature au lieu de l’honorer ? Dans ce cas,  l’art tente d’imiter la conscience de notre fragilité, l’insupportable finitude de notre condition. Hors, redouter d’exister dans son ombre sans comprendre ce qu’elle nous enseigne ne nous rend pas plus fort, mais plus inhumain. Plutôt que d’entrer dans un bras de fer avec la nature, créer avec elle et non contre elle nous fait grandir. Le propre de l’art n’est il pas de s’affranchir des limites en sublimant la nature plutôt qu’en l’enfonçant ? Offrir au monde une multitude de visions poétiques du monde ?

Tant que l’homme n’aura pas réglé son complexe des origines, il reste à craindre pour son avenir. A l’heure du trans-humanisme, la question est fondamentale tant les dérives possibles sont effrayantes.

 

RICK OWENS HABIT DE PEAU

5148101_3

Fashion week 2015

Lorsqu’il chassa du paradis, « L’éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peau et il les en revêtit. »

J’y vois une métaphore de la naissance. L’homme vient au monde en tenue de naissance. Cette peau dont nous sommes revêtus lorsque nous sommes expulsés du ventre de notre mère, ce paradis à l’abri duquel la vie nous construit patiemment.

Le styliste visionnaire Rick Owen revisite à sa manière la genèse. Décrié, moqué, ce défilé pose néanmoins la question de notre rapport au corps, à la peau. Porter des habits de peau, du cuir, est  un acte banalisé. Cela ne pose aucun problème et pourtant, nous revêtons une autre peau et ne cessons d’en changer tout au long de notre vie, de la falsifier, la travestir à loisir, d’entrer dans la métamorphose. Ce mannequin qui porte un autre mannequin en guise de parement nous le rappelle de manière brutale et cynique, même si la démarche ne se revendique sans doute d’aucune action de dénonciation.

Interroger la métamorphose revient-t-il à s’interroger sur le sens de notre existence ?

 

 

 

Romain Gary

Pseudo

romaingary

 » Il n’y a pas de commencement. J’ai été engendré, chacun son tour, et depuis, c’est l’appartenance. J’ai tout essayé pour me soustraire, mais personne n’y est arrivé, on est tous des additionnés. »

 » Il est vrai que j’ai eu des problèmes avec ma peau, parce que ce n’est pas la mienne : je l’ai reçue en héritage. J’en ai été enveloppé par voix génétiques, avec soin, préméditation et accusé levez-vous…  »

L’auteur multiplie les tentatives pour se fuir.  Le pseudo, ce masque de langage résout-il le problème d’appartenance ?  Comment s’incarner sans autre hérédité que soi même ? Se « désappartenir » sans devenir fou ?  N’être pas le commencement, ne se soucier que de l’être, est-ce si terrible ? Mais n’est-ce pas cette triste lucidité sur notre incapacité à disposer de nous-même qui nous tourmente ? Comment aspirer à la liberté si nous nous savons d’ores et déjà condamnés à n’être pas même libres du choix de nos gènes ? Le sceau de l’aliénation s’imprime jusque dans notre A.D.N.

Si nous sommes tous des additionnés, cela ne rend pas pour autant notre singularité illégitime. Preuve en est le talentueux Romain Gary.

 

 

 

Les bonnes résolutions de 2015 ! Carmen Maria Vega

2014 est passé et on se réveille vaseux après avoir joué du cotillon porté un chapeau cônique ridicule sur la tête, attaqué la dinde au bistouri et envoyé un millier de sms et saturé le réseau d’un trop plein de bisous !
Je m’arrête là pour la description de la Saint Sylvestre. 🙂

2015 est là, it’s amazing, c’est magnifique ! Et tout et tout, mais voici venue l’heure des bonnes résolutions.
Eh, oui ! La nouvelle année n’est pas la nouvelle année sans ce merveilleux rituel, sans toutes ces belles promesses faites non pas sous la menace ni sous le gui,( houx ça ? Sous le guy, non mais quand même, c’est pas des manières,)mais des promesses éthylées (en langage ivrogne ça veut dire eh t’es stylé ) éthyliques,(en langage ivrogne ça veut dire…) je ne sais plus après quatre ou cinq verres, mon latin me fait défaut…

Mais en fait, on ne les tiendra pas ( et c’est ça qui est bon !) parce qu’on sait que c’est pas possible et après tout on s’en fout parce que le plus important c’est de vivre et d’aimer !