Archives de Catégorie: film

Hémophile anonyme

Extrait du film Irlandais Once, le film coup de coeur de Sundance  (2006)

Les acteurs et leur musique m’ont enchantée. C’est un partage qui vient du coeur, tout comme le texte qui va suivre.

Hémophile anonyme

Avant de pousser la porte des hémophiles anonymes, j’avais du mal à trouver ma place. Je saignais pour un enfant battu, un homme à terre, un vagabond affamé, une idylle perdue, la moindre déconvenue. Au début, mon entourage s’en émouvait, mais bien vite, s’en agaça. Tu n’as aucune pudeur et puis, tu mets du sang partout ! Face à ces récriminations, je n’avais d’autre recours que de dissimuler ma douleur. J’entourais mon cœur de bandages pour le comprimer. Jusqu’au jour où un ami me recommanda de rejoindre le groupe des hémophiles anonymes.
Au départ, je peinais à contenir mes débordements hémoglobulaires, mais au bout de quelques séances, je racontai fièrement n’avoir pas saigné devant mon poste de télévision en apprenant les conflits ou la progression de la misère dans le monde. Tous m’applaudissaient. Mon cœur avait fini par sécher. C’était bien mieux ainsi, m’avait-on dit. On ne pouvait pas sauver tout le monde. J’aurais pu me féliciter de ces encouragements, de ne plus souffrir de compassion, de ne plus étaler outrageusement ma douleur aux yeux des gens si je n’avais pas rencontré Mirabelle. Cette nouvelle recrue venue demander l’asile poétique. A son contact, ma poitrine a enflé ; je me suis mis à saigner un peu, beaucoup, passionnément, à la folie pour elle. J’ai rechuté, qu’importe ! Je ne suis plus anonyme. Si d’aventure je saigne trop, elle pose sa main sur mon cœur et ce dernier n’a plus peur. Je saigne juste ce qu’il faut depuis trois mois. J’ai toujours du mal à cicatriser, mais avec l’aide de Mirabelle, je n’ai plus à me protéger d’aimer.

Nadia Bourgeois

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Adèle Hugo ou la passion amoureuse

La passion amoureuse peut-elle entraîner un être dans la folie ?

Assurément, lorsqu’on connaît l’histoire qui va suivre.
Adèle Hugo, née le 24 Août 1830, est la deuxième fille et la cinquième enfant de Victor Hugo.
Cette magnifique jeune femme virtuose du piano s’éprend d’un jeune lieutenant, Albert Pinson, au cours d’un voyage en Angleterre qu’elle effectue en 1861.
Malheureusement, cette passion non partagée va entraîner Adèle à sa perte.
Elle ira jusqu’ à s’enfuir de la demeure familiale et s’embarquer pour Halifax en Nouvelle-écosse, afin de rejoindre l’objet de ses désirs. Elle n’aura de cesse dès lors de le suivre partout, au Canada et même jusqu’à la Barbade. La passion qui l’anime la consume peu à peu et son adoration pour son lieutenant vire à l’obsession, au point que la jeune femme sombre dans la démence.
Cette déchirante histoire d’amour a été portée à l’écran par Truffaut et brillamment interprétée par une Isabelle Adjani magistrale et poignante.

« Mr et Mme rêve » Pietragalla-Derouault

Spectacle de danse :

J’ai fait un rêve où les corps pouvaient parler et les mots dansaient dans l’espace infini de la vie. La danse est la signature de l’être dans l’espace. Marie claude Pietragalla et son compagnon Julien Derouault, nous offrent un véritable moment de grâce et de féérie dans leur tout dernier spectacle inspiré de « Rhinocéros » d’ Eugène Ionesco. Une performance alliant la poésie de la gestuelle à la magie de la technologie qui laisse sans voix.
Je vous laisse admirer l’oeuvre.

L’art conceptuel ou la métamorphose d’un être.

J’évoquais précédemment de chemin et les digressions en cours de route sont parfois très enrichissantes. Je faisais hier soir une recherche sur l’anthropométrie d’ Yves Klein lorsque je suis tombée, au cours de mes clics-errances, sur l’artiste Marina Abramovic.
Cette rencontre a supplanté mon intérêt pour Klein. Qu’il me pardonne, je souhaite aujourd’hui partager avec vous sur elle.

Marina Abramovic, née le 30 novembre 1946 à Belgrade, est une des plus grandes artistes « performeuses » du courant artistique Art corporel. Durant plus de trente ans, elle inflige à son corps des tortures comme la flagellation, la congélation de parties de son corps sur des blocs de glace, etc… en présence d’un public.
A travers ses actes et son regard, elle interroge notre part la plus sombre et dépasse ses limites. Se rendre maître de son corps, devenir sa propre expérience. Marina a tourné dans une vidéo où elle se coiffe en répétant « art must be beautiful, artist must be beautiful. » Elle se brosse au départ normalement et peu à peu, ses gestes deviennent saccadés, violents et entre dans une sorte de transe hypnotique, répétant sans cesse cette litanie « Art must be beautiful ».
Montrer plutôt que dire ? Que veut-elle dire ? Est-ce seulement de l’ego, du nombrilisme, de la folie ou un message artistique ? Elle a parfois poussé le vice jusqu’à mettre son corps en danger et seules les interventions du public l’ont tirée d’affaire. Jusqu’où l’être humain est-il prêt à aller dans la passivité avant de réagir à la souffrance lorsque celui ci est mis en scène dans un cadre artistique ? Jusqu’ où va la liberté d’un individu et où sont les limites du supportable ? Sa démarche, vivement critiquée dans les années 70, l’entraîne jusque dans un hôpital psychiatrique. C’est là l’objet d’une véritable étude sociologique et psychosociologique qu’elle mène à sa façon. L’empathie n’est-elle qu’un artifice lié à un contexte précis ?

Poussée par la curiosité, j’ai visionné des vidéos sur ses performances et j’ai été interpellée, comme happée par le personnage. Plus encore que la performance elle-même, c’est ce qu’elle est capable d’insuffler au public qui me retient à elle. Les regards sont en suspension léthargique et une véritable connexion s’établit peu à peu. Cela vaut le détour. Certaines de ses actions peuvent interloquer, voire choquer. On pourrait y voir là de l’exhibitionnisme… Toujours est-il qu’elle interroge et qu’elle n’est pas seulement un objet qui s’offre aux regards des autres mais elle porte elle-même un regard sur les autres qui oblige à regarder en nous. C’est comme une sorte de transe collective.

La vidéo est longue et si vous n’avez pas le temps de tout visionner, je vous recommande de regarder un morceau de ces « seven easy pieces » à partir de 18 mins et d’attendre pour voir la progression. Observez ce qui se passe, c’est troublant. Cela vous prendra quelques minutes à peine.

 

Human Jungle et sleepy fall Musiques du film « les chats persans »

Le film « Les chats persans. Un hymne à la liberté

Les chats persans

Avant de parler du film, je voudrais évoquer l’histoire de la Balalaïka en introduction à ce qui va suivre :

Balalaïka : sources wikipédia.
La balalaïka (Russe : Балалайка) est un instrument de musique à cordes pincées russe. C’est un luth à manche long à la caisse typiquement triangulaire. Le mot balalaïka vient du russe balakat, qui signifie bavarder, plaisanter, taquiner.
Elle se joue avec un plectre et se décline en plusieurs tailles. La plus courante, la prima, comporte trois cordes, deux accordées en mi et la troisième en la. Elle est souvent associée aux orchestres de balalaïkas.
Quand en 1648, le tsar de Russie Alexis Mikhaïlovitch décréta par un édit l’interdiction de jouer d’un instrument ou d’en posséder un, tous les musiciens, troubadours et bardes furent alors persécutés et envoyés en exil, et leurs instruments brûlés. C’est alors qu’apparut la balalaïka, cet instrument de musique très facile à produire. Les premières traces écrites de son existence remontent à 1688, quand des gardes du Kremlin, alors forteresse de Moscou, ont arrêté deux serfs ivres jouant de la balalaïka. Par la fureur que provoquait cet instrument, le tsar n’eut pas d’autre choix que de dissoudre l’édit et de faire revenir la musique dans les traditions russes.

On est en 2014 mais certaines choses n’ont pas changé. La dictature, la politique de la peur qui muselle les esprits libres est toujours d’actualité dans certains recoins de la planète.
Je voudrais mettre à l’honneur le film de Bahman Gohbadi. Ce réalisateur a tourné ce film en toute clandestinité à Téhéran, avec sa co-scénariste et fiancée, Roxana Saberi. (Cette dernière a été emprisonnée durant quatre mois et n’a pu assister au festival de cannes à l’occasion de la sortie du film en 2009, parce qu’elle a été libérée seulement la veille). Le fim a remporte le prix « un certain regard », au festival.

Quand la musique est jugée subversive et devient l’opium de toute une génération d’opprimés, quand on brise les ailes d’un papillon, il reste une chose ; un cri. Un cri d’indignation, de résistance et d’amour !
Longue vie à ces héros qui sont capable de pousser un cri suffisamment fort et loin pour qu’il soit entendu jusqu’à l’autre bout de la planète. Il ne reste plus qu’à souhaiter que la musique indé. Iranienne connaisse la même fin heureuse que la Balalaïka

Le film :
Dans un pays où la musique occidentale est jugée impure, la jeune Negar et son ami Ashkan, veulent monter leur propre groupe de musique indépendante. Pour réaliser ce rêve, la seule solution possible est de quitter le pays. Aidé du jeune Nader, qui est infiltré dans le milieu underground, ils partent à la recherche de musiciens qui souhaitent partager ce rêve et se faire connaître à l’étranger. Mais comment faire lorsqu’on a pas d’argent et pas de passeport ?

HARUKI MURAKAMI

Haruki Murakami né le 12 janvier 1949 est un célèbre auteur japonais dont le roman « la ballade de l’impossible » a été porté à l’écran et dont la trilogie 1q84 2q84 et 3q84 a connu un succès retentissant.
Il a tenu un club de jazz pendant 8 ans, enseigné la littérature japonaise à l’université de Princeton et traduit des romans de Raymond Carver, Scott Fitzgérald ou encore John Irving.
Je voudrais dire quelques mots sur cet auteur que j’affectionne et dont le thème fort est l’amour.
J’ai découvert Murakami par hasard sur une table de librairie. Certains de ses ouvrages avaient été mis en avant et j’ai été attirée par les titres de ces romans. J’ai acheté « après le tremblement de terre » pour l’offrir à un ami et j’ai ensuite emprunté le passage de la nuit. J’avoue que j’étais réticente au départ mais quelle ne fut pas ma surprise en lisant ce livre.
Ce fut un réel bouleversement. j’ai découvert alors un univers complètement différent de ceux que j’avais l’habitude de lire et ce fut pour moi une révélation. Voilà un auteur qui parle le même langage que moi.
J’ai ensuite dévoré les autres. La ballade de l’impossible, au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, les amants du spoutnik, et le livre qui m’a vraiment transportée ensuite, kafka sur le rivage. Il y en a tant d’autres : » la course au mouton sauvage », » danse, danse,danse » pour ne citer que ceux-là.
Ce qui va suivre n’engage que moi en tant que lecteur. D’autres auront une vision sans doute très différente de mon analyse.
Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il présente un monde où la frontière entre le réel et l’imaginaire est si ténue qu’elle s’estompe par endroit et laisse place à la magie. Haruki explore la valse des sentiments avec un art consommé de la métaphore et nous présente une palette d’émotions aussi riche que celle d’un peintre surréaliste.La nostalgie et la mélancolie y sont présentes, mais elles n’excluent pas l’humour. La quête de l’amour est à l’origine de la quête de soi-même et la liberté avec laquelle Haruki traite ce sujet, réside dans sa capacité à nous offrir un espace où s’épanouissent tous les possibles. Là où d’autres pourraient s’aliéner à l’obligation de fournir une réponse claire ou rationnelle aux évènements, il se permet le luxe de le faire ou de les laisser en suspend.
Ses romans développent un univers onirique extraordinaire, subtil mélange de fiction et de réel avec en toile de fond, une satire sociale. Sa réflexion sur la société japonaise et sur le monde en général fait résonance en moi.
Murakami, est un auteur capable d’avoir un regard contemporain sur un thème universel. Le questionnement sur l’identité humaine et la sensation d’avoir fait un grand voyage à l’intérieur d’un rêve sont les impressions que me laissent chacun de ses livres. Je les emporte toujours avec moi.
Si vous ne le connaissez pas encore, je vous invite à le découvrir.

Jean Michel Basquiat

A 20 ans à peine, ce jeune homme d’origine Haïtienne et Portoricaine a été un des plus grands talents du XXème siècle. Il a commencé par des graffitis sur les murs de Brooklyn avec des mises en scènes semblables en apparence à des dessins d’enfants où se mêlent les textes et des images au message fort. Il y exprimait sa souffrance dans une Amérique raciste  et se moquait de la société de consommation, tout comme Andy Wharol avec qui il a collaboré.

Je vous laisse découvrir le travail de ce génie qui a apporté quelque chose de neuf et d’une intelligence faussement naïve dans le monde de la peinture, dans les années 80. Hélas décédé trop jeune, Basquiat a laissé derrière lui, une oeuvre d’une grande richesse.

Priscilla, folle du désert.

Un film australien de 1994 réalisé par Stephan Elliot.

Un road-movie musical déjanté qui met en scène des drag-queens hautes en couleur, et magnifiquement interprété par Terence Stamp, Hugo Weaving et Guy Pearce. C’est un film touchant et émouvant qui raconte la traversée d’un groupe de 3 drag-queens qui traversent le bush australien à bord d’un vieux bus, pour se rendre au casino d’ Alice Spring où elles ont décroché un contrat pour quatre semaines. Leurs tenues, leur gouaille et leur personnalité ne laissent pas les paysans du coin indifférents.Elles font l’effet d’un ovni au milieu des paysans et aborigènes tant leurs personnages sont contrastés. C’est un film aux personnages attachants, aux musiques entraînantes et aux images époustouflantes. Certaines scènes se regardent comme un tableau. C’est un véritable morceau choisi de poésie avec des envolées lyriques, des réparties percutantes et qui permet de traiter avec intelligence et sensibilité de la différence,la tolérance et l’amitié. Un de ces films inoubliables dont on ne se lasse jamais. Je vous le recommande.

La poésie

J’aime cette idée de faire du bruit. Les graffitis sont des accroche-regards qui s’affichent de manière ostentatoire pour transmette un message. Parfois au mépris de la vie de celui qui le délivre.

Qu’est-ce qui est le plus important ? le message ou le risque que cela implique ? Au-delà de la démarche plastique, il y a l’excitation de braver l’interdit. Le message est-il aussi fort et aussi sincère s’il est délivré sans péril ? S’il est récupéré à des fins mercantiles ?

La poésie aussi a fait du bruit cette semaine. Du 18 au 24 mars, le thème national « Les voix du poème » a permis de sortir des tiroirs les auteurs anciens comme les plus récents pour les mettre en voix, les faire entendre.

La poésie devient intrusive, elle aussi fait du bruit pour vivre. C’est le printemps et elle pousse dans la bouche des passeurs comme des fleurs sur un mur de béton.  Elle devient un son, une couleur, une image. Elle vous interpelle dans la rue, investit les lieux les plus insolites, vous invite à regarder les étoiles, à regarder le monde avec des mots qui viennent du coeur.

On dit souvent que personne n’achète la poésie mais tout le monde fait  de la poésie. Certains disent même ne pas être sensibles à la poésie.

Pourtant, tout le monde achète de la poésie sans le savoir. Comme un message déguisé dans un graffiti, la poésie se trouve dans la beauté d’un paysage, d’un geste, la composition d’un air, d’une histoire…

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