Archives de Catégorie: femme

nouvelle Ella Katoudir épisode2

J’ai posé ma conscience sur on le clic-clac et je me suis sentie plus légère.
Pas de tapis rouge, pas de banderole et pas de fanfare. Je me suis installée dans sa maison délabrée, genre « la maison de la mort certaine », le livre d’ Albert Cossery. Vous voyez ?
Non ? Un petit extrait s’impose alors !
« Les habitants d’une bâtisse branlante attendent avec angoisse le moment où celle-ci rendra son dernier soupir et s’écroulera sur leur tête. Le suspens et le désespoir que peut susciter une telle attente, laissent peu à peu la place à une révolte sourde et légitime. » C’est beau, je ne m’en lasse pas. Eh oui, on peut avoir un look de pouf et soigner sa beauté intérieure. Bref, je continue.
Mon arrivée, ça permettait à Trouduk de passer de statut de bourg à celui de village. Ca faisait du bien aux statistiques, ça dynamisait le recensement. Avec mon physique, j’étais la promesse d’une politique de prolifération et à la façon dont Balthazar me regardait, il y avait fort à parier qu’il se projetait dans la reproduction active et sans gênes de ses gênes.
Ouai, je sais, j’adore jouer avec les mots.
J’avais envie de faire un peu de tourisme agricole alors je suis me suis rendue au centre. Baltazar a offert de m’accompagner mais j’ai préféré errer seule.
Tout était organisé autour de la rue principale qui traversait le patelin. Les commerces étaient proches de la halle. Attend, c’était presque la ville ! Deux boulangeries, trois épiceries ! Oui, y avait de la concurrence dans le coin. Une mercerie, une droguerie, une charcuterie, une boucherie et, et…deux bars ! Un pour les vieux, un pour les jeunes. Juste avant d’entrer dans le cœur du village, y avait une grande place avec la mairie et la salle des fêtes. Comme si on pouvait faire la fête dans un coin pareil ! Finalement, je me suis aperçue qu’on pouvait faire la fête partout. Suffit de le vouloir.
On me regardait par la fenêtre. Les rideaux, ça faisait comme une chorégraphie. A des moments, ils se soulevaient, balançaient de gauche à droite et retombaient lourdement sur les carreaux et à d’autres, ils se tenaient en suspension dans les limbes du désir naissant chez les retraités concupiscents, les machos en marcel et les ados pré-pubères.
J’étais l’attraction de Trouduk. J’ai pensé, bienvenue à ploukland ma vieille. J’avoue, je me la suis jouée un peu star hollywoodienne ou Woody Alien. Le péché d’orgeuil. Que Dieu me pardonne. J’ai descendu la rue principale en ondulant de la croupe et en remuant la main devant mon visage pour l’éventer;j’étais en nage. Il faisait une chaleur à crever et le soleil cognait tellement fort que même les murs prenaient des coups de soleil. Mes lunettes noires de mouche faisaient écran entre mon petit moi et celui des autres. Du coup, ça n’a pas fait un pli. Tout le monde a rappliqué dare-dare au dehors.
Vous avez déjà regardé le loup de Tex Avery ? J’étais tombée au milieu d’une meute et les louves montraient les crocs. Elles avaient déjà sorti la laisse et le bâton au cas où.

A suivre ou pas…

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nouvelle Ella Katoudir épisode1

Salut, t’es un peu en avance mais entre, je t’en prie, fais comme chez toi. Ca te dérange si je te dis « tu » ?

D’abord, je dois te prévenir que ce ne sera pas long parce que j’ai autre chose à faire et toi aussi sans doute. Alors, juste quelques lignes pour se distraire, ok ?
Je dois soigner ma beauté intérieure et je refuse qu’elle se limite à mettre du vernis sur mes ongles de doigts de pieds !
Faut que je te raconte ! Hier, je me suis arrêtée à Trouduk. Tu connais ? Si, allez, réfléchis. Tout le monde en connaît au moins un. Si t’es passé par là, fais le moi savoir qu’on papote.
Quand tu nais avec une difformité nationale, t’es mal étiqueté et t’es rejeté par la communauté parce que t’as des origines pas nettes. En réalité, c’est comme se méfier de la provenance de la viande que te sert ton boucher. Si t’as pas le label « élevé en plein air », t’as pas l’air bio.
Bref, quand t’arrives à Trouduk, ça sent pas bon l’accueil parce que les gens, ils ont pas l’habitude de recevoir. Et si t’affiches une gueule venue de l’ailleurs, la méfiance s’installe.
Les habitants de Trouduk qu’on appelle les troudu… je sais plus, ont leurs habitudes. Ils se croisent tous les jours pour faire les mêmes choses. Ils se lèvent le matin pour acheter leur journal et leur baguette de pain avant de vaquer à leur tâche, ou leurs vaches, quand ils en ont. Sinon, ils s’en créent une : le ragot.
Le ragot est un sport national à Trouduk. Tu t’installes sur un banc en compagnie d’un inactif comme toi, tu regardes défiler les gens et tu leur tailles un costard au passage. Ca occupe, ça défoule et ça coûte pas cher. C’est une thérapie comme une autre qui permet de s’oublier soi-même.J’en ai un peu usé parfois et j’avoue que quelquefois ça soulage. Que celui qui n’a pas ragoté, que ce soit sur un banc ou ailleurs, me jette la première pierre.

Moi, je suis arrivée dans ce patelin de fin de siècle avec mon paquet de conscience sous le bras et je savais pas où le poser. J’étais là parce qu’un type qui m’avait prise en stop m’y avait larguée lorsque j’avais refusé qu’il tripote ma cuisse. Il m’avait traitée de poufiasse et il était reparti sur les chapeaux de roue. Quand je pense que toute mon enfance on m’a parlé du beau prince charmant qui allait arriver sur son grand cheval blanc !
J’étais là par erreur. Ce village était un interlude, une étape dans ma destination finale.
Je pouvais bien m’accorder une pause. Ca ferait du bien à mon esprit torturé par la détermination. Me détourner un instant de mon objectif, rien qu’un instant.
J’ai remonté la rue principale qui menait aux commerces et j’ai vu deux vieilles assises sur un banc. Elles ont reluqué avec un air désapprobateur mes longues jambes qui démarraient juste sous un short en jean ultra court, sont remontées jusqu’au tee-shirt trop moulant qui comprimait ma poitrine, puis se sont penchées l’une vers l’autre pour se chuchoter quelque chose à l’oreille.
Je me suis approchée d’elles et leur ai demandé où je pouvais trouver une piaule pour passer la nuit. Elles m’ont dévisagée, puis défiant toutes les règles de l’hospitalité, m’ont répondu qu’il n’y avait pas d’hôtel dans le coin. Ah, l’irréductible village de petits gaulois !
Un type plutôt séduisant est sorti de sa baraque et m’a demandé s’il pouvait me rendre service.
Je lui ai expliqué que je cherchais un endroit où dormir avant de repartir et il m’a offert de loger gracieusement chez lui pour la nuit. Balthazar, qu’il s’appelle.
Je lui ai répondu que j’acceptais son invitation à condition de pas partager sa couche. Il a fait une drôle de moue et il a grommelé un oui forcé.
J’ai tiré la langue aux mégères et j’ai outrageusement remué mes fessiers juchés sur des talons trop hauts avant de disparaître derrière la moustiquaire qui bouchait l’entrée de la porte de mon hôte.
A suivre… ou pas !

« Mr et Mme rêve » Pietragalla-Derouault

Spectacle de danse :

J’ai fait un rêve où les corps pouvaient parler et les mots dansaient dans l’espace infini de la vie. La danse est la signature de l’être dans l’espace. Marie claude Pietragalla et son compagnon Julien Derouault, nous offrent un véritable moment de grâce et de féérie dans leur tout dernier spectacle inspiré de « Rhinocéros » d’ Eugène Ionesco. Une performance alliant la poésie de la gestuelle à la magie de la technologie qui laisse sans voix.
Je vous laisse admirer l’oeuvre.