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Voeux 2017 : Le lampadaire qui voulait entrer dans la lumière

« J’aime le réel lorsqu’il est transfiguré avec une attention particulière »
Blaise Cendrars

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factoryb.com artiste Brandon Stahlman

Voeux 2017

Une page est tournée, mais l’histoire continue. 2017 est un pas de plus dans l’histoire de l’humanité et c’est nous qui l’écrivons. Je vous souhaite de trouver, si ce n’est déjà fait, ce sens à votre vie qui éclaire votre chemin et vous donne envie de vivre chaque jour pour créer, transcender et sublimer, tels des magiciens, ce quotidien dont nous devrions voir toute la richesse et prendre soin. Je vous souhaite une excellente année 2017 et une bonne lecture.

Le lampadaire qui voulait entrer dans la lumière

J’ambitionnais de me muer en lampadaire pour transcender l’univers, lui apporter ma lumière.
Lorsque je fus fin prêt et tout illuminé, je me tenais droit et fier, enraciné dans le bitume amer.
Eclairer les passants égarés dans l’obscurité, donnait à mon existence un certain sens de l’humanité.
Sensibles à mon éclat, ils relevaient la tête pour me saluer, me féliciter de leur montrer le chemin. Profitant de la clarté, ils se laissaient aller à musarder avant de rejoindre leur foyer.
Oubliant la fatigue de la station debout prolongée, je m’enorgueillissais de ces célébrations, gonflait mon ampoule de toute ma vanité, poussais l’excès de zèle jusqu’à les illuminer même en journée.
Les jours passaient et les passants aussi, hâtant le pas devant moi ; relevant la tête puis ne la relevant plus, jusqu’au jour où je ne vis plus que le bout de leur chapeau, émergeant du col de leur manteau.
J’avais beau briller de toute mon intensité, aucun regard ne trompait le trottoir.
Alors, je me mis à clignoter, grésiller de désespoir, puis m’éteignis. Un chien vint pisser à mon pied.
Le lendemain soir, enveloppés par la pâle bienveillance de la pleine lune, les passants pressés déambulaient devant ma dépouille sans sourciller et le surlendemain, dans la nuit épaisse, quelqu’un releva la tête, puis un autre et un autre… Il leur manquait quelque chose, mais quoi ?
– C’est le lampadaire, dit l’un d’eux.
– Il faut absolument appeler la mairie pour le signaler et le remplacer. Répondit un autre.
– Les lampadaires ne sont pas fiables, dit un dernier. Ils nous lâchent sans crier gare quand nous avons le plus besoin d’eux.
J’eus un sursaut, un élan de survie, je m’allumais, clignotais, grésillais, puis m’éteignis tout à fait.
Les passants haussèrent les épaules dans un soupir, puis comme tous bons passants qui se respectent, passèrent leur chemin.
Une personne cependant revint sur ses pas, posa sa main sur mon mât et souffla :
– Tu me manques, j’espère que tu reviendras.

Nadia Bourgeois

Cri de femmes

Ainsi Dieu, usant de quelques artifices souverains m’a faite femme.
Que ne lui ai-je demandé de me laisser en paix.
Que n’ai-je eu la volonté de ne point naître sous cet aspect.

De ma chair ainsi dissoute, ne resterait que mon esprit.
Asexuée, ma voix se ferait entendre au-delà des préjugés.
Inatteignable, ma pensée ne serait plus sacrifiée sur le bûcher.

Que n’a-t-on brisé la côte d’Adam au tout commencement.
Je me passerai de lui dorénavant car c’est de mes entrailles
Que jaillissent sous la mitraille, ses descendants.

On me rend coupable d’être femme, on me diabolise, on me méprise,
On me lapide, on m’excise. On me calomnie
Et, pure ironie, au nom de Dieu, on me punit.

Qu’on le brûle à ma place si l’on veut rendre justice, car c’est lui qui m’a faite calice.
Que ne m’a-t-il fait matrice d’un amour incomplet,
Eternelle débitrice d’un être imparfait.
Que ne lève-t-on le voile qui m’anamorphose,
Pour qu’au bout des épines, éclot enfin une rose.

Ainsi Dieu, usant de quelques artifices souverains, m’a rendue actrice d’un monde factice,
D’un monde en plein déclin.

Nadia Bourgeois, Printemps des poètes 2013

Image via gilbert.descloux

poème sur Danaé

 

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Danaé de Klimt  

L’or de Danaé

Au cœur de l’infini centre de l’âme, se déploie la vie
Morphose moi de tes ailes impatientes,
Empreinte moi de ton âme insouciante
Germine moi au cœur de l’infini
Jaillis-moi puissante de vie

Nadia Bourgeois

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METAMORPHOSE ESCHER

l'infini en mouvement

escher métamorphose

Le plein et le délié valsent dans les jeux d’ombres.
Dans leur fragilité marquée par les accents,
Se font et se défont, étirent la pénombre,
Muant leurs traits figés en rêves opalescents.
Nadia Bourgeois

citation Confucius

Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie

Conficius

Travail. Humour en image

LE PETIT PRINCE SUITE

LE PETIT PRINCE ANTOINE DE SAINT EXUPERY

Le petit prince et les épines

Je lis régulièrement des passages du petit prince et aujourd’hui, j’avais envie de partager avec vous un extrait essentiel à mes yeux et qui résume sans doute, le désespoir de la nature humaine.

Le petit prince demande à l’auteur :

– Un mouton, s’il mange les arbustes, il mange aussi les fleurs ?
– Un mouton mange tout ce qu’il rencontre.
– Même les fleurs qui ont des épines ?
– Oui, même les fleurs qui ont des épines.
– Alors les épines, à quoi elles servent ?

L’auteur ne sait quoi répondre, l’enfant insiste. L’auteur plus préoccupé par la réparation de son engin que par le sort des roses répond, irrité :
Les épines ça sert à rien, c’est de la pure méchanceté de la part des fleurs !
Le petit prince répond :

– Je ne te crois pas ! Les fleurs sont faibles. Elles sont naïves. Elles se rassurent comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs épines… Et tu crois toi que les fleurs…
– Mais non ! Mais non ! Je ne crois rien. J’ai répondu n’importe quoi. Je m’occupe, moi, de choses sérieuses !
– De choses sérieuses ! Tu parles comme les grandes personnes !

Irrité, il rajoute :
Je connais une planète où il y a un monsieur tout cramoisi. Il n’a jamais respiré une fleur. Il n’a jamais regardé une étoile. Il n’a jamais aimé personne. Il n’a jamais rien fait d’autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi :
– Je suis un homme sérieux ! Je suis un homme sérieux !
Et ça le fait gonfler d’orgueil, mais ce n’est pas un homme, c’est un champignon !
– Un quoi ?
Un champignon !
Gagné par la colère, le petit prince poursuit :
– Il y a des millions d’années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des millions d’années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n’est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des épines qui ne servent à rien ? Ce n’est pas important la guerre des moutons et des fleurs ?

La guerre des moutons et des fleurs, vous connaissez sûrement, non ?
N’y a-t-il pas en effet de raison de se demander pourquoi les hommes se font la guerre depuis la nuit des temps ?

Je vous laisse méditer sur le sens de cette réflexion.

LA DANSE COMME EXPRESSION DE SOI

LA DANSE COMME EXPRESSION DE SOI

la calligraphe de l'air

danseuse

J’ai déjà dit que j’aimais la danse. J’ai déjà dit aussi qu’à mes yeux, la danse est la signature de l’être dans l’espace. Lorsque le corps devient parole, il se passe quelque chose de magique. Cette forme d’écriture s’empare de tout votre être et c’est à ce moment là que vous avez plus que jamais conscience que vous écrivez la naissance du monde, à chaque instant, à chaque mouvement, à chaque respiration. Quand votre chair et votre esprit font l’amour, c’est là, ici même que vous êtes authentique. Ce n’est pas pour rien que dans les rites chamaniques ou dans les tribus d’Afrique, la danse occupe une grande place dans cette quête spirituelle à laquelle tout être humain aspire. Elle est un art cosmique qui puise l’énergie au plus profond de soi.
Laissez la transe vous transporter et écoutez ce que l’esprit de votre corps veut dire.

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La calligraphe de l’air

D’abord, elle défait lentement chacun de ses gestes, déboutonne ses doigts un à un pour dévoiler la chair délicate de la paume de sa main rosie par la pudeur des sentiments.
Elle fait glisser la lumière sur son épaule diaphane, chuchote son corps dans toute sa sensibilité, emplit l’espace de ses vibrations elliptiques.
Puis, dans une chorégraphie savamment orchestrée, elle projette son ombre dans une mue extatique. Pendues à une note coulante, ses pensées jouent sur le fil ténu de l’harmonique. Au bout du soupir, dressée sur la pointe de sa silhouette tendue comme un calame, elle exsude l’encre douloureuse de son âme dans de grands jetés, se perd dans des tracés lyriques et des signes oniriques.
Elle avance, fragile, dans toute la beauté de sa candeur tremblotante et la grâce de ses pas, vacillant comme une flamme prise dans les filets du vent.
Son souffle et la sueur mêlés dans ce ballet charnel, chantent la mélodie de l’être en devenir, bulle de soie en suspension aérienne dans une étreinte musicale.
Elle danse jusqu’à l’ultime respiration, jusqu’à papillonner au-dedans, jusqu’à mourir d’amour. Mourir dans la prose charnelle, mourir d’oser vivre l’éternel recommencement.
Jusqu’à vivre dans l’élan de l’instant, de la seconde féconde, de la retenue temporelle…
Lorsque, dans un dernier soubresaut, la calligraphe de l’air lâche une émotion au bout de ses arabesques, elle sait qu’elle a vécu sa plus belle histoire.

Des mots plein la bouche

Le chat de Geluk sur l’écriture.

Des mots plein la bouche

Les mots jouissent de leur invasion dans ma bouche pour venir s’empaler, empesés comme des galets sous la voûte amère de mon palais. Ils roulent, impétueux et sonnent d’un ton graveleux. Ca suinte de partout, ça colle à mes synapses et frappe à la porte de mon inconscient. Je n’en maîtrise plus le flux. Je suis l’amphitryon forcé de ces verbiages fourbes. La sémantique et la syntaxe s’arrogent désormais le droit d’insoumission. Je vomis leur ingérence ; je ne les ais pas conviées.
Ils pullulent pourtant, misérable vermine se roulant dans la fange de l’exécrable pensée médiocre de la vulgarité, se déversent copieusement dans le conduit auditif de l’épanché distrait. Ce qui ressemble à première vue à un pensum, constitue en fait leur seule distraction. Toucher, couler ! Une vraie bataille nasale, tant ils semblent inonder les cavités profondes de cet axe de symétrie qui divise mon visage en deux moitiés inégales.
Cette incursion illégitime me fait l’effet d’une ablution fatale, un rite infernal. Je pousse un cri, tente de me dégager de leur emprise, en vain…
Alors, quoi ! Je n’aurais pas le mot de la fin ? Je m’extirpe de la déroute, la latence de l’émergence de ma pensée étriquée et je leur lance un défi :
– Allez-y ! Je lâche prise, libre à vous d’exprimer votre nature. Faites-moi voir de quelle encre vous êtes faits.
Et là, soudain, contre toute attente, ces derniers se liquéfient. C’est de la prose à boire, un délit de déliquescence. J’aspire, je bois, j’hume. Ils ont une odeur quasi animale et je ne me retiens plus. Je leur inflige un sort inestimable. Celui de la postérité. Ils sont gravés dans le marbre.
De cette immersion vagale, je n’ai qu’un souvenir. Celui d’être verbe au présent. Ici et maintenant. J’ai besoin de douceur, je les flatte dans le sens du rythme et je les abuse sournoisement. Je feins l’indifférence et je les assassine un à un. Je les cloue au pilori du vélin surfait. J’ai le vague à l’arme et le point dans la poche, je serre. Dieu que je serre! Ils me font mal, mais je tiens bon. Là, ça y est. Ils ne pourront plus parler. Je leur interdis de me dire, je les tairai. C’est moi qui les exécute, pas eux. C’est moi, l’auteur du crime imparfait du subjectif.
Tiens, un râle ! Quelques syllabes dissonantes sans doute. Que m’importe ! Demain, ils ne seront plus que des signes morts. Je tournerai la page et je recommencerai. Je les dévorerai. Oh, oui ! Je n’ai pas fini de tuer.

Nadia Bourgeois

CITATION Trace

« Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver. »
René Char
Un des énigmatiques tracés de Nazca au Pérou

L’ EMPREINTE DE L’ ETRE

Nous sommes voués à la fulgurance et l’évanescence. Pour autant, est-ce que la finitude est notre devenir ? Depuis des temps immémoriaux, nous nous évertuons à défier le néant ;cette absence de nous dans l’inconnu de l’après.
Empreinter le monde et laisser le parfum de notre âme au passage, en pointillé en continu, ad lib…
Qu’elle soit mise en mots ou ineffable, l’empreinte dit tout de nous.
Elle est trace, elle est continuité ; la possibilité d’être ici et ailleurs. Elle est la vie offerte à un autre être, un pas dans le sable, une idée fossilisée sur le parchemin de notre histoire.
Elle s’habille de rires, de gestes, de rites, de quotidien. Elle s’emplit de l’autre.
Une esquisse sur un carnet, une photo jaunie. Une arabesque, une tirade, une odeur d’enfance.
Une trace invisible de l’air brassé dans l’espace et gravée dans le cœur de celui qui reçoit ce geste, en imprime la trajectoire et la traduit en émotion.
L’écriture est une trace comme en laisse sur le sol les limaces. Elle brille et montre le chemin parcouru et à suivre sur la connaissance de soi.
Elle est matière. Qu’elle ait la consistance d’un empâtement sur la toile, d’une volute échappée d’une marmite ou d’un son capturé dans un micro sillon, la trace réside dans le charme de l’écoulement perpétuel du sable. Un trait d’union entre le passé et le présent.
Alors pour perpétuer la vie, l’artiste n’a de cesse de créer pour reculer les limites de la finitude aux confins de l’oubli.
Observez vos traces, suivez celles des autres et partagez-les. C’est un acte de vie.
L’empreinte est le ravissement de l’éphémère qui s’inscrit dans un éternel présent. Une immanence de l’être à être, une destination à l’autre.

Performance du Peintre Yasuo Sumi.