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Un meurtre vient d’être commis

TEMOIGNAGES STAGE POLAR

22 et 23 avril 2017 au 9, Rue du Hâ, à Bordeaux
Une chair incisée, un liquide rouge qui coule le long d’une lame effilée, un cri de plaisir coupable étouffé dans la nuit… Vous venez de commettre un meurtre !
Les 22 et 23 avril, j’invitais des auteurs à s’initier aux techniques d’écriture de polar pour éprouver leur flair, mettre à l’épreuve leur sens de la rigueur et de l’humour au service de l’écriture. Un groupe de personnes a répondu à cette indécente, mais néanmoins délicieuse proposition.
J’avais envie de partager avec vous cette expérience enrichissante à plus d’un titre.

C’était ma première expérience de stage sur deux jours et j’y ai pris énormément de plaisir. Le bilan de ce week-end est très positif. Le stage s’est déroulé dans un climat très convivial. Les membres du groupe ont pu partager leurs idées, bénéficier des retours bienveillants, des questionnements pertinents de chacun, être partie prenante dans les histoires des uns et des autres au fur et à mesure que se dessinait leur intrigue. Le tout, ponctué de fous rires !

Nous avons évoqué les différentes situations d’enquête, découvert les acteurs du système judiciaire et pénal, les circonstances d’un crime ou délit, les personnages et tous les autres points essentiels à la création d’un polar.
Cette expérience a été extrêmement bénéfique tant pour moi que pour les participants. Elle leur a permis de faire connaissance, de découvrir la mécanique propre à ce genre, de gagner en confiance au fur et à mesure qu’ils acquéraient les techniques nécessaires à l’élaboration de leur histoire.

En ce qui me concerne, j’en sors grandie avec la conviction que l’écriture éclairée par des supports et réalisée dans l’échange se conçoit moins comme une souffrance ou un objectif impossible à atteindre. Le stage fut l’occasion pour nous de retrouver une âme d’enfant et d’aborder l’écriture sous forme de jeu. Résoudre des énigmes s’est avéré un exercice fort amusant.

A l’issue du stage, chacun des participants est reparti avec le synopsis plus ou moins détaillé de sa propre histoire avec une même envie : Commettre à nouveau ! Nous avons convenu de nous retrouver prochainement pour poursuivre l’aventure.

Quand on a tué une fois, difficile de résister à la tentation de faire couler l’encre une seconde fois.

COMMENTAIRES

« J’ai toujours cru que je n’avais pas l’esprit polar: tellement de rebondissements et de fausses pistes à imaginer… Alors quand Nadia m’a parlé de son atelier, j’ai dit oui de suite. Et après deux jours intenses (mais qui sont passés tellement vite), je me retrouve avec une trame solide d’histoire.
Les brainstorming avec les autres auteurs ont été très enrichissants, et c’est fascinant de voir les histoires s’articuler, les personnages prendre vie…
Un grand merci à Nadia pour cette superbe expérience (les surprises de la vie parfois…) que nous allons recommencer très vite! »
Albane

Rien de plus excitant que de passer de l’autre côté du miroir. Alors, c’est fait comme ça un polar.
Tous les livres que nous avons lus depuis des années et qui nous ont fait vibrer. Ben oui avec méthode, patience avec un plan bien défini.
Nous ici on a la chance d’être guidés pas à pas. Et encore plus fort pour moi qui suis débutant je découvre comment travaillent des auteures d’expérience.
Bref que du bonheur.
Christophe

Un stage sur l’écriture d’un polar : je ne pouvais pas laisser passer. Fondue de polars depuis plus de 20 ans, participer à un tel stage était une aubaine.
Pendant 48 heures, au travers d’une foultitude de questions, d’une méthodologie de travail particulière dispensée par la chaleureuse Nadia, j’ai construit les prémices de ma première structure de roman policier.
Le stage est structuré autour d’exercices bien pensés. On avance pas à pas dans la structure de notre roman guidée par Nadia. Ce sont vos réponses qui sont la base de cette structure.
On se laisse happer par les multiples exercices proposés et votre esprit travaille seul.
« Nadia vous met sur pilotage automatique ».
Des obstacles qui peuvent vous paraître infranchissables lorsque vous êtes chez vous devant votre page blanche disparaissent naturellement.
Le rythme du stage était intense, pas de temps mort. Notre groupe à joué le jeu : on s’est tous entraidés en ayant un regard bienveillant sur le travail de chacun.
Ma réflexion première lorsque je suis sortie de ce stage :
je suis enfin partie prenante d’un processus créatif. Fini le côté spectateur.
Bref c’est énorme….
A quand la suite ?
Stéphanie

2 jours pour construire la trame d’un polar…
Vous avez dit impossible ?
Et bien on l’a fait !!!

Sous la houlette bienveillante de Nadia, nous étions 4 sous le soleil de Bordeaux à tricoter des neurones pour décortiquer la mécanique du polar. Quel délice de trouver la meilleure manière de tuer, de semer des fausses pistes, de dénicher le coupable… Un grand moment de partage et de jubilation.

Et efficace ! Je suis repartie au bout de ces deux jours avec une architecture solide et une folle envie d’aller au bout de ce polar. D’ailleurs il ne se passe pas un jour sans que j’écrive.

Une tuerie, ce stage !
Merci Nadia et merci à Albane, Stéphanie et Christophe.
On fait la saison 2 quand vous voulez…
Elisa Tixen

ATELIERS ECRITURE

OUVERTURE D UN NOUVEAU GROUPE D ECRITURE EN SEPTEMBRE

9, rue du Hâ, 33000 Bordeaux

Nadia ID COM

Vous aimez lire des histoires et vous aimeriez les écrire ? Vous n’osez pas ? Vous redoutez la page blanche ?

Je vous propose de venir découvrir les techniques propres à l’écriture d’un récit.

Pour votre plaisir, celui de vos proches ou dans un objectif de publication…

Je vous accompagne depuis la première idée jusqu’au mot « FIN ».

  • En atelier hebdomadaire pour acquérir les techniques d’écriture de roman, théâtrale…
  • En stage « Flash » :  écriture de nouvelles, paroles de chansons, contes pour enfants…
  • En accompagnement individuel sur votre projet d’écriture

Formée à l’animation d’ateliers d’écritures par l’Académie Anaël Verdier, je transmets mon savoir-faire sur Bordeaux et la CUB depuis 2013.

Je suis également l’auteure de « Bouge ton cube », adaptée et mise en scène par Xavier Viton et Nicolas Delas, à l’affiche au théâtre Victoire à Bordeaux depuis janvier 2015.

Contactez-moi pour plus d’infos : en MP sur Facebook ou via le blog

 

Conseils d’écrivains

Jean d’Ormesson

Jean d’Ormesson
Je n’ai jamais écrit uniquement à titre autobiographique, j’y ai toujours mêlé la fiction. Dans mes livres, elle se tisse naturellement avec la réalité. Je crois qu’écrire, c’est avoir des obsessions. On écrit parce que quelque chose ne va pas, parce que la vie ne suffit pas: il faut s’en créer une autre. C’est pourquoi je préfère la veine romanesque. D’ailleurs, je pense que l’autobiographie classique, du style « Je suis né à telle date, à tel endroit, etc. », est condamnée. A notre époque où tout est autobiographie, il faut revenir à ce mélange de la fiction avec la réalité, c’est ça la littérature. Mais ce n’est pas parce qu’on a une vie intéressante qu’on peut entrer en littérature: il faut du talent, voire du génie comme Chateaubriand. Dans ses Mémoires d’outre-tombe, qui restent mon livre de chevet, il ne dit pas tout de lui, il ne retient que ce qui contribue à forger sa statue. Rousseau, lui, fait l’inverse et promet de se dévoiler entièrement. Mais tous deux prouvent que la littérature, c’est d’abord l’imagination. La littérature, ce ne sont pas des idées et des souvenirs mais des mots.»
Dernier livre paru: La création du monde, Robert Laffont, 2006

Alexandre Jardin

Alexandre Jardin
Il faut se méfier de l’exactitude, il faut préférer la vérité émotionnelle car c’est ce qui reste la plus grande vérité humaine. A partir du moment où l’on parle de l’écrit, il faut réussir ce que préconisait Louis-Ferdinand Céline: «briser la canne» avant de la mettre dans l’eau, avant que son reflet ne se brise lui-même. C’est ça l’autobiographie, c’est la question centrale de la transmission de l’émotion par l’écrit et non pas l’accumulation d’informations. Si vous ne transmettez aucune émotion, ça ne vaut pas la peine d’écrire. Sincèrement, je doute que la vie de Marcel Pagnol ait été celle qu’il raconte. Mais qu’est-ce que c’est bien raconté! Et Les trois mousquetaires: ça a l’air d’un roman mais c’est une autobiographie d’Alexandre Dumas parce que ce livre incarne avant tout la fringale et la gourmandise d’exister de cet homme. Pareil pour Le Petit Nicolas qui est aussi l’autobiographie de Goscinny, et qu’importe si son voisin s’appelait vraiment Aignan ou pas. Pour ma part, j’en suis venu à écrire sur les miens par un glissement assez naturel car il s’agissait d’une famille de gens qui aspiraient au romanesque.»
Dernier livre paru: Le roman des Jardin, Grasset, 2006

Gérard Mordillat
Dans une autobiographie je cherche avant tout un langage. Ce qui m’intéresse est moins la relation d’une vie que les mots pour le dire, la syntaxe, la scansion, la voix secrète du texte, celle qui me fait entendre l’étrangeté de l’autre. C’est sans doute pour cela que je n’ai jamais écrit d’autobiographie au sens strict du mot. J’ai toujours été fidèle à la morale que l’on m’a transmise: « Raconte pas ta vie. » En revanche, j’ai écrit, sous la forme autobiographique, bien au-delà de ma vie, celle des miens, celle de mes amis, de mes amours… Chacun de mes livres « autobiographiques » est en réalité une bombe de langage, dont chaque mot porte la mémoire de plusieurs individus. « Moi n’amuse pas moi », disait Chaval. Il n’y a rien que je veuille taire mais rien non plus que je veuille exposer. Il n’y a ni pudeur ni impudeur dans l’écriture. Ecrire, c’est accepter de se déboutonner. Partant de là, seuls comptent l’art et la manière. Dans Vive la Sociale! comme dans Rue des Rigoles j’ai utilisé la première personne du singulier, ce je qui me permet de me tenir à distance de moi-même, d’être avec malice et humour une sorte de cambrioleur qui fracture sa propre vie pour en faire partager le butin. Si l’on veut, je suis l’Arsène Lupin de l’autobiographie, j’ai mille visages et cent mains. Bien malin qui saura si je ressemble au je énigmatique qui joue les premiers rôles ou à la croûte de pain derrière la malle… Prévert l’a dit: « Si je ne sais rien, je pourrais toujours être professeur. » Il n’y a qu’un piège à éviter: prendre son miroir au sérieux. Dans le genre « autobiographique », je me sens de la famille d’Henri Calet, La belle lurette et Le tout sur le tout, de Georges Perros, Une vie ordinaire, et de Raymond Queneau, Chêne et chien…»
Dernier livre paru: L’attraction universelle, Calmann-Lévy, 2006

Jean-Claude Brisville
Je n’écris pas exactement sur ma vie privée mais sur tout ce qui, dans ma vie, a un rapport avec l’écriture et la lecture car ces sujets-là s’imposent à moi. Etre écrivain relève d’une nécessité intérieure et non pas d’un choix délibéré. Il faut vraiment avoir envie de le faire. La sincérité est nécessaire. Il faut aussi respecter la syntaxe et la forme en général, du moins si on veut être publié, donc lu. Il s’agit bien de littérature. Après, c’est aux lecteurs de décider. En tant que lecteur, justement, j’aime particulièrement les journaux intimes de Benjamin Constant, qui y révèle une personnalité assez méconnue. Je recommande aussi L’arrière-pays d’Yves Bonnefoy et Peau d’ours d’Henri Calet.»
Dernier livre paru: Quartiers d’hiver, De Fallois, 2006

Philippe Ségur
Il vient de publier un livre hilarant Ecrivain (en 10 leçons) , racontant l’écriture et la publication de son premier livre chez Buchet-Chastel. Evidemment, rien n’est faux, rien n’est vrai puisque c’est un roman!
Qu’est-il important de dire, pour vous?
Tout ce qui jaillit de la nécessité.
Que préférez-vous taire?
Les expériences spirituelles vraiment profondes. En parler les démonétise, car le fait de les évoquer met en cause leur valeur essentielle qui est précisément de mettre fin à l’état de nécessité. Dès que je parle, je montre. Or, pourquoi montrer si je suis? Si le récit peut ici constituer un témoignage, il prouve une forme d’échec de l’expérience, comme l’attestent certains livres de Kerouac.
Quels sont vos critères?
Bien choisir sa sincérité. Ne pas oublier qu’il y a mille façons de dire la vérité, puisqu’il n’existe qu’une façon de mentir: c’est de prendre la parole. Comme dit Thomas Bernhard, la vérité «n’est connue que par celui qu’elle concerne, s’il veut en faire part, il devient automatiquement un menteur». Il n’y a pas de vérité communicable, mais il peut y avoir une démarche authentique, une volonté d’être véridique. Tout dépend de la qualité de l’intention.
Quels pièges doit éviter un nouvel écrivain?
Vouloir se lancer sans connaître ses classiques. Au sens littéraire, l’écriture est un métier paradoxal qui ne s’enseigne pas et qui pourtant s’apprend. Même Rimbaud, aussi génial et précoce qu’il fût, a commencé par faire ses gammes.
Quels conseils lui donner?
De jouer aussi bien de la réalité que la réalité se joue de lui. D’où, à mes yeux, la supériorité de la fiction autobiographique sur l’autobiographie stricte pour en explorer les arcanes. Tous les auteurs que j’apprécie dans ce registre, de Dostoïevski à Fante, en passant par Hesse, Kerouac et Hamsun, sont passés par le dédoublement et la création d’un univers pour s’approcher de ce qui ne peut être dit. Cette attitude de démiurge est une chance incomparable: elle fait des auteurs de véritables seigneurs.
Quelle est votre oeuvre de référence dans ce domaine?
Le loup des steppes de Hermann Hesse.»

*Jordi Soler
Quoique né au Mexique, je suis d’origine catalane par mon grand-père paternel, un républicain espagnol qui a fui le pays lors de la guerre civile. Cette époque est un sujet tabou dans notre famille. Un jour, mon grand-père m’a confié ses Mémoires, écrits à la main, et il a accepté que je vienne l’interviewer. Il savait bien que j’allais en faire ce livre, Les exilés de la mémoire, mélange de mémoire familiale et de mémoire collective. La mémoire fidèle n’existe pas, c’est toujours la métaphore de quelque chose. J’ai privilégié l’histoire de mon grand-père racontée par ce narrateur qui me ressemble. Il faut oublier que l’on écrit sur soi, sur les siens. Au début, mon texte ne fonctionnait pas. J’ai mis des mois à trouver la bonne distance, à oublier que j’étais le petit-fils, pour que cette histoire réelle devienne aussi de la littérature.»
Dernier livre paru: Les exilés de la mémoire, Belfond, 2006

Hugo Hamilton
L’essentiel est de raconter une histoire, donc de faire de sa vie une histoire. Longtemps, j’ai eu l’impression que je n’avais pas d’histoire. J’ai vécu des moments très durs que je n’arrivais pas à partager. J’ai voulu tout oublier, jusqu’au jour où je suis tombé sur le journal intime de ma mère, après sa mort. Alors j’ai décidé de me souvenir. Mon enfance est pleine de choses désagréables mais j’ai choisi de tout dire. Je tiens à être honnête. On doit toujours être loyal avec le lecteur, sans ambiguïté. En revanche, il faut faire attention à son entourage, la vie des autres ne vous appartient pas. J’ai donc changé certains noms, passé sous silence certains événements. Je cherche à révéler des secrets mais à expliquer ma vision du monde, du point de vue de l’enfant que j’ai été. Quand j’ai commencé à écrire, je faisais de belles phrases avec de grands mots mais j’ai réalisé qu’aucun enfant ne parlait ainsi. Il faut créer son histoire dans sa propre langue. Raconter une histoire, c’est inventer une langue. Beaucoup de gens ont des vies passionnantes, fortes, mais tout le monde ne sait pas en parler. Mes modèles sont Thomas Mann, Heinrich Böll, et surtout Corrections de Thomas Bernhard.»
Dernier livre paru: Le marin de Dublin, Phébus, 2007

Annie Ernaux
Qui n’écrit pas ou n’a pas encore écrit s’imagine tout de suite en butte aux regards et aux reproches de l’entourage. Il a peur de ce qu’on pensera de lui, de blesser les autres, et en même temps a envie de raconter des choses de son existence. Or je ne me rappelle pas avoir jamais considéré un projet d’écriture sous cet angle, mais toujours sous celui de donner de la réalité à ce qui m’est arrivé. Attention: je ne dis pas qu’il n’y a pas de refus inconscient, de censure. J’ai tourné tant de fois autour de certains livres, écrit tant de pages en apparence inutiles avant d’oser continuer. Mais une fois embarquée, ayant trouvé le « comment », c’est-à-dire le projet narratif, « tout dire » signifie « dire tout ce qui entre dans ma recherche de la vérité, et taire, écarter ce qui ne me paraît pas nécessaire ». Grande différence avec une psychanalyse!
Souvent, le tri ne s’effectue pas de manière consciente. Parfois oui. Ainsi, dans La place, je n’ai pas parlé d’une scène où mon père tente un geste meurtrier envers ma mère, scène qui ouvre un autre livre, La honte. Des lecteurs se sont étonnés: « Pourquoi ça n’est pas dans La place, ou dans le livre sur votre mère, Une femme. » C’est que cette scène n’avait rien à faire dans ce que je voulais rechercher – la trajectoire sociale de mon père – et sans doute aussi parce que cette scène était à elle toute seule porteuse d’une autre recherche, dont le moment n’était pas venu. La mémoire de soi est toujours nouvelle. Je ne ressens pas les limites, comme si j’étais un pur objet à sonder, position de dédoublement ou de schizophrénie dont les causes m’échappent. Je ne les ressens pas non plus au sujet des gens réels qui figurent dans le livre. C’est un problème. Personne, je crois, n’apprécie d’exister à son insu dans l’imaginaire de lecteurs et je ne suis pas d’accord avec l’idée que la littérature a tous les droits. Mais, au fond, j’agis comme si le dévoilement d’une vérité générale était plus important que l’atteinte ou la blessure de quelques personnes. Le choix du mode narratif est ce qu’il y a de plus difficile à trouver. Il dépend du sujet, de la matière à explorer: un événement, une période, mais il n’est pas donné d’emblée et peut prendre des années. A un moment, la forme du livre devient évidente. Récemment, mon expérience du cancer du sein a pu se dire à partir de photos. Les autres formes avaient échoué.»
Les pièges à éviter, vos conseils?
Peut-être se demander d’abord pourquoi on a envie d’écrire sur sa vie? Qu’est-ce qu’on écrirait si on devait mourir après, pour se mettre le plus en posture de vérité. D’une manière générale, le principal piège à éviter est de partir avec la volonté de tout dire au lieu de choisir une période, un événement, voire juste un lieu, ou quelqu’un. Les possibilités de l’écriture autobiographique sont infinies, c’est la lecture des textes autobiographiques qui reste la meilleure des méthodes!
Vos oeuvres de référence?
La vie de Henry Brulard de Stendhal et Je me souviens, W ou le souvenir d’enfance de Perec, Nadja de Breton, un peu Simone de Beauvoir.»
Dernier livre paru: L’usage de la photo, Gallimard, 2005
Charles Juliet
Je ne choisis pas de dire ou de taire. Je laisse venir ce qui veut se révéler. Bien que j’aie une écriture réfléchie, j’ai l’impression d’écrire en aveugle, en me laissant guider par une sorte d’instinct. J’ai toujours eu le souci d’être vrai, d’être d’une absolue sincérité. Il ne faut avoir aucune image de soi, que celle-ci soit valorisante ou dévalorisante. Il faut supprimer les écrans déformants qui s’interposent entre l’?il intérieur et le magma dont il a à saisir des fragments. Il importe d’avoir une perception directe de soi, et de se tenir à distance dans la neutralité.
Les pièges à éviter?
La complaisance. La tendance à se présenter sous un jour avantageux et à se faire aimer, admirer.
Vos oeuvres de référence?
Des oeuvres nées de la Shoah ou des camps staliniens. Des oeuvres exemptes de narcissisme et qui relatent des expériences extrêmes. Ces oeuvres m’imposent une éthique. Elles me disent: écris avec gravité, respecte la vie, n’écris pas de mots creux, applique-toi à dire cette part d’humanité présente en chacun et dont tant d’êtres sont exilés.»
Dernier livre paru: L’opulence de la nuit, P.O.L, 2006

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/conseils-d-ecrivains_812059.html#0EuAaTdUST6EoC47.99

Conseils d’écrivain

Les secrets d’écrivain de Joyce Carol Oates

auteur Joyce Carol Oates

Poétesse et romancière américaine, Joyce Carol Oates enseigne la création littéraire à l’université de Princeton. Auteure de plus de soixante-dix titres, elle a figuré deux fois parmi les finalistes du prix Nobel de littérature.
Comment définissez-vous le travail d’écriture ?
L’inspiration, l’énergie et même le génie sont rarement suffisants pour « faire de l’art ». Ecrire est un métier qui s’apprend. Ensuite, le laps de temps entre l’émergence de l’idée et la fin du manuscrit est incalculable. Cela peut prendre des années. Il y a tellement d’éléments à prendre en compte pour écrire un roman. On peut comparer ce processus à des affluents dans une rivière. Vous voyez cette rivière, elle paraît unie. Pourtant, elle est traversée par d’innombrables affluents.
Que faire si écrire devient douloureux ?
Si écrire devient douloureux, terriblement difficile et que le désespoir guette, alors vous devez continuer à travailler. Ce serait lâche d’arrêter. Mais si écrire est doux, il faut également continuer. Finalement, on écrit, ou on devrait écrire, à chaque instant.
Quelle est la place de la réécriture dans votre travail ?
Lorsque je finis un roman, je commence à travailler sur des nouvelles et parfois un deuxième roman. Lorsque ce roman est terminé, je réécris une grande partie du premier. Pendant ce temps, le deuxième texte repose dans un tiroir. Ecrire, réviser, écrire et à nouveau réviser est un rythme qui me convient. Malgré ma réputation d’auteure très prolifique, je suis en faveur de révisions fastidieuses. La révision est aussi un art.
Source : enviedecrire.com

LE PETIT PRINCE SUITE

LE PETIT PRINCE ANTOINE DE SAINT EXUPERY

Le petit prince et les épines

Je lis régulièrement des passages du petit prince et aujourd’hui, j’avais envie de partager avec vous un extrait essentiel à mes yeux et qui résume sans doute, le désespoir de la nature humaine.

Le petit prince demande à l’auteur :

– Un mouton, s’il mange les arbustes, il mange aussi les fleurs ?
– Un mouton mange tout ce qu’il rencontre.
– Même les fleurs qui ont des épines ?
– Oui, même les fleurs qui ont des épines.
– Alors les épines, à quoi elles servent ?

L’auteur ne sait quoi répondre, l’enfant insiste. L’auteur plus préoccupé par la réparation de son engin que par le sort des roses répond, irrité :
Les épines ça sert à rien, c’est de la pure méchanceté de la part des fleurs !
Le petit prince répond :

– Je ne te crois pas ! Les fleurs sont faibles. Elles sont naïves. Elles se rassurent comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs épines… Et tu crois toi que les fleurs…
– Mais non ! Mais non ! Je ne crois rien. J’ai répondu n’importe quoi. Je m’occupe, moi, de choses sérieuses !
– De choses sérieuses ! Tu parles comme les grandes personnes !

Irrité, il rajoute :
Je connais une planète où il y a un monsieur tout cramoisi. Il n’a jamais respiré une fleur. Il n’a jamais regardé une étoile. Il n’a jamais aimé personne. Il n’a jamais rien fait d’autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi :
– Je suis un homme sérieux ! Je suis un homme sérieux !
Et ça le fait gonfler d’orgueil, mais ce n’est pas un homme, c’est un champignon !
– Un quoi ?
Un champignon !
Gagné par la colère, le petit prince poursuit :
– Il y a des millions d’années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des millions d’années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n’est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des épines qui ne servent à rien ? Ce n’est pas important la guerre des moutons et des fleurs ?

La guerre des moutons et des fleurs, vous connaissez sûrement, non ?
N’y a-t-il pas en effet de raison de se demander pourquoi les hommes se font la guerre depuis la nuit des temps ?

Je vous laisse méditer sur le sens de cette réflexion.

LA DANSE COMME EXPRESSION DE SOI

LA DANSE COMME EXPRESSION DE SOI

la calligraphe de l'air

danseuse

J’ai déjà dit que j’aimais la danse. J’ai déjà dit aussi qu’à mes yeux, la danse est la signature de l’être dans l’espace. Lorsque le corps devient parole, il se passe quelque chose de magique. Cette forme d’écriture s’empare de tout votre être et c’est à ce moment là que vous avez plus que jamais conscience que vous écrivez la naissance du monde, à chaque instant, à chaque mouvement, à chaque respiration. Quand votre chair et votre esprit font l’amour, c’est là, ici même que vous êtes authentique. Ce n’est pas pour rien que dans les rites chamaniques ou dans les tribus d’Afrique, la danse occupe une grande place dans cette quête spirituelle à laquelle tout être humain aspire. Elle est un art cosmique qui puise l’énergie au plus profond de soi.
Laissez la transe vous transporter et écoutez ce que l’esprit de votre corps veut dire.

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La calligraphe de l’air

D’abord, elle défait lentement chacun de ses gestes, déboutonne ses doigts un à un pour dévoiler la chair délicate de la paume de sa main rosie par la pudeur des sentiments.
Elle fait glisser la lumière sur son épaule diaphane, chuchote son corps dans toute sa sensibilité, emplit l’espace de ses vibrations elliptiques.
Puis, dans une chorégraphie savamment orchestrée, elle projette son ombre dans une mue extatique. Pendues à une note coulante, ses pensées jouent sur le fil ténu de l’harmonique. Au bout du soupir, dressée sur la pointe de sa silhouette tendue comme un calame, elle exsude l’encre douloureuse de son âme dans de grands jetés, se perd dans des tracés lyriques et des signes oniriques.
Elle avance, fragile, dans toute la beauté de sa candeur tremblotante et la grâce de ses pas, vacillant comme une flamme prise dans les filets du vent.
Son souffle et la sueur mêlés dans ce ballet charnel, chantent la mélodie de l’être en devenir, bulle de soie en suspension aérienne dans une étreinte musicale.
Elle danse jusqu’à l’ultime respiration, jusqu’à papillonner au-dedans, jusqu’à mourir d’amour. Mourir dans la prose charnelle, mourir d’oser vivre l’éternel recommencement.
Jusqu’à vivre dans l’élan de l’instant, de la seconde féconde, de la retenue temporelle…
Lorsque, dans un dernier soubresaut, la calligraphe de l’air lâche une émotion au bout de ses arabesques, elle sait qu’elle a vécu sa plus belle histoire.

ATELIER ECRITURE

ECRITURE

J’anime des ateliers pour le compte d’ Anaël Verdier et je suis des cours auprès de lui dans son académie pour apprendre à mieux appréhender mon écriture et mon identité d’auteur, parce que je pense que la vie ne vaut d’être vécue que par cette capacité d’être toujours dans l’étonnement et dans le désir d’aimer de partager et d’apprendre (Je sais que je ne sais rien. Disait Socrate). Je souhaite à tout le monde d’avoir une personne aussi compétente que lui comme professeur parce que c’est un passionné et que l’on ne transmet bien que ce dont on est convaincu et que l’on aime.

L’écriture est un chemin. C’est une aventure très prenante, épuisante, mais très enrichissante. Je mesure chaque jour les progrès accomplis dans le regard que je porte sur mes écrits et sur celui des autres en général. Apprendre à avoir suffisamment de recul pour faire une critique constructive de ce que l’on crée, donner le meilleur de ce que l’on veut transmettre, n’est pas chose facile et c’est en compagnie d’autres auteurs tous soucieux de partager une passion commune que je découvre peu à peu ce qu’est véritablement l’acte d’écrire. S’il est vrai qu’il y a forcément un moment où cette activité nécessite de l’isolement, il n’en reste pas moins vrai que l’auteur est tout sauf un ermite qui vivrait en marge des autres pour construire un roman. L’écriture se nourrit du rapport à autrui.

L’écrivain est un passeur dont l’intention est d’apporter un petit supplément d’âme à son prochain. Il partage avec générosité sa vision du monde. L’écriture exige une formidable énergie et une foi sans faille. Elle demande un grand sens de l’observation, une curiosité, une ouverture aux autres et un amour immodéré de la vie ou tout au moins un désir de l’aimer. Sinon, à quoi bon s’interroger sur elle ? Ecrire une histoire, c’est avant tout écrire la sienne et c’est une extraordaire aventure qui permet de grandir, de créer du lien et de l’empahie envers son prochain.
« L’écrivain est celui qui cherche autant en lui qu’en les autres. » Antonio Soler.

Si je me suis inscrite à un atelier d’écriture, c’est pour toutes ces raisons. Partager une même passion avec des personnes animées du même désir d’écrire et d’être dans toute la beauté de l’être. Parce que je considère qu’on n’a jamais fini d’apprendre et que cet éveil né de l’envie de s’interroger et de comprendre soi-même et les autres est le bien le plus précieux qui soit.

Vous trouverez prochainement sur ce blog, quelques textes courts ou extraits de textes produits en atelier d’aspirants auteurs et des infos, des liens vers des astuces émanant de l’atelier Verdier, des conseils d’auteurs chevronnés et des jeux créatifs. Vous pourrez aussi partager les votres. Au plaisir de vous lire.