S.D.F, le droit d’exister

Un sans abri

Dans une pantomime étrange, des faces anonymes décrivent des arabesques d’humilité sur mon passage. Les regards impromptus, les sourires en accent circonflexe de silhouettes fantomatiques de passage, de pas pressés devant ce défilé de bustes humiliés, semblent dire tels des jurés. Coupable, coupable, coupable !
Têtes baissées, le cou en arc, les genoux chevillés au sol, un carton sur lequel un appel au secours est griffonné en toute hâte, un chapeau ou un gobelet en guise de ressource, les mains lestées du poids de la vacuité, ces corps usés, coupables de déchéance se livrent sur la place publique dans le rituel d’une soumission mise en scène. Mais la contagion se craint, s’élude, se contourne, s’évite…Vêtus de transparence, ils n’ont même plus un cri. Ils tonnent, s’indignent de l’intérieur, se fondent hors de hors de la marge, s’accrochent à la ligne dans un sursaut de dignité, survivent et s’en excuseraient presque. Ils sont de saison ou d’époque. On les dissimule ? Ils poussent comme de la mauvaise herbe désespérée, dans les interstices des pavés de la cité et vous infligent leur misère, à la manière d’une outrageuse correction visuelle.

Affligeant tableau de siècle amer. Paradoxe d’une ère bombardée par la connectivité. Hégémonie du langage, règne de la communication, les réseaux sociaux se partagent dans la confidentialité, sous le manteau, se délitent dans la rue. On ne « réseaute » pas à découvert ; on se penche, on martèle le pavé, les yeux rivés sur la trace du temps. L’empathie virtuelle n’a pas de projection dans le réel. Un geste, un sourire inattendu dans l’impondérable parcours d’un sans abri, nourrit ses veines d’un autre sang que celui aviné des vendanges.
Cette légitimité à être, ce recours à l’humain maquillé en utopie par l’élite bien pensante, oublierions-nous donc qu’ils sont contagieux ?

Attention ! Faire du bien à autrui peut faire du bien à soi-même. Un acte lourd de conséquences. Réfléchissez avant de vous engager, c’est très sérieux.
Essaimer l’amour, cultiver la bienveillance. Offrir un regard à un invisible, est un acte de foi en l’humain. Les rares virus qui soient dignes d’être propagés.

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À propos de gaïa

Ma plume est un cri, ma feuille en est l' écho.

Publié le 19/09/2014, dans histoire, humeur, image, nouvelle, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 11 Commentaires.

  1. Chère Nadia, ton texte me remue au plus profond des tripes… tu as toujours des mots justes et aucun sujet ne te fait peur. Et que celui là est dur… nous sommes confrontés quotidiennement à ces êtres, de plus en plus nombreux et nous les évitons souvent… par peur de devenir comme eux ?
    Pourtant, ils ont tous une histoire, si douloureuse, la plupart de temps… à chaque fois je me demande, qu’est ce qui les a fait basculer ? C’est si rapide de se retrouver à la rue, par les temps qui courent…
    Apprendre à les voir comme des humains, non pas les « déchets » de la société : « Essaimer l’amour, cultiver la bienveillance. Offrir un regard à un invisible, est un acte de foi en l’humain. Les rares virus qui soient dignes d’être propagés »… comme tu le dis, si justement.
    Pour allumer une lueur de l’espoir, dans leurs cœurs et dans les nôtres, par la même occasion.
    Merci, douce Amie, tu sais nous toucher et nous émouvoir… toute ma tendresse

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    • Merci Elsabeth. Je voudrais rendre hommage à ta grande sensibilité et à la beauté de ton âme.
      J’ai écris ce texte après avoir arpenté une rue piétonne par un après-midi ensoleillé et j’ai vu plusieurs personnes mendier à genoux, tête baissée et je me suis demandé : pourquoi devraient-ils avoir honte ? Et pourquoi les gens accélèrent-ils le pas sans même leur jeter un regard ? Cela m’a travaillé durant des jours et cela me travaille encore.
      Même si on ne peut pas donner la pièce à tout le monde, distribuer un sourire, un mot gentil peut aider aussi. Donner une légitimité à être. Je sais bien que je ne règlerai pas le problème avec un post, mais j’ai pensé que cela méritait qu’on s’attarde sur le sujet. Si demain quelqu’un qui l’aura lu adresse un sourire à un sans abri, je serai heureuse.
      Je t’embrasse. Bon dimanche mon amie. 🙂

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  2. Oui, cela le mérite tant, Nadia, et si tu as écrit ce post, parce que tu as du mal à supporter cette indifférence générale, tu montres la grandeur de ton âme.
    Si les problèmes persistent, c’est parce que tout le monde s’avoue impuissant, et personne ne fait rien, alors, que si chacun de nous apportait ne serait ce qu’une petite contribution, cela éveillerait les consciences.
    Merci d’y participer, je t’embrasse et te souhaite une douce semaine

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  3. Un texte plus-que-beau, puissant, qui remue les tripes et les consciences.Ton écriture est un cri de l’indicible qui pourrait transfigurer le monde. Merci 🙂

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    • Merci Elisa, tu as les mots qui vont droit au coeur. J’ai de plus en plus de mal à accepter certaines choses. Et ça m’a sauté aux yeux avec une telle vivacité ce jour là !
      Bises 🙂

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  4. Salut chère Gaïa!.
    Un texte merveilleux, plein de réflexions profondes.. Riches héritages de la pensée!
    Merci pour avoir partagé ce billet…
    Je te souhaite un merveilleuse semaine !, Aquileana 😀

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    • Merci beaucoup Aquileana. Cela me touche beaucoup. J’ai appliqué le principe pas plus tard que samedi dernier vers 12h30 alorsque je passais dans le cours Victor Hugo à Bordeaux. Un vieillard assis par terre avec un parapluie complètement usé sur la tête pour se protéger du soleil. Il a eu droit à une pièce et un sourire et j’ai eu le plaisir de le voir sourire aussi. Merci beaucoup pour tes bons mots. Bise 🙂

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  5. Qu’est ce que tu écris bien dis donc Nadia, je suis tout esbouriflé.

    Aimé par 1 personne

    • Merci Sébastien ! Et moi, je suis toute rougeoyante devant un tel compliment. 😉
      J’adore tes mots et tes expressions. Ca fait tellement de bien cette légèreté intelligente ! Vivement tes autres billets ! 🙂

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