Archives Mensuelles: mai 2014

POUSSER UN CRI

La première chose que j’ai faite en arrivant au monde, c’est crier. Seulement, je ne me souviens plus si c’était pour exprimer de la joie, de la surprise, de la douleur, de la terreur, du plaisir, de la victoire ou encore de la révolte. Ne sachant à quelle occasion je pouvais le sortir, je l’ai longtemps réprimé. J’étais bien trop fatiguée pour m’en préoccuper. Si bien qu’un jour, il m’a échappé.
Il était si fort, si violent, que je suis restée abasourdie ; me demandant comment il avait pu, lui d’ordinaire si discret, se livrer à un telle fureur.
Je l’ai sommé de rentrer, mais il a refusé ! Lorsque je lui ai demandé pourquoi ? Il a répondu que je l’avais trop longtemps contenu et qu’il n’en pouvait plus. Il avait fait trop de chemin, il venait de très loin, avait enflé, enflé jusqu’à exploser.
Je lui ai présenté mes excuses, ai supplié son pardon. Je n’avais jamais appris à crier sciemment. Il a accepté à condition que je le laisse aller et venir quand le besoin s’en ferait sentir. J’opinai sans réserve, trop contente de combler enfin mon ignorance.
Aussi, lorsque des déserts de silence arrivaient jusqu’aux portes de mon ennui, je poussais un cri. Oh, je le poussais timidement d’abord pour voir quel effet cela faisait, puis un peu plus fort pour faire du bruit.
Plus je pratiquais, plus je m’enhardissais. Je les essayais tous. Les cris de détresse, les cris d’enthousiasme, les cris de guerre ! Je les modulais, allais jusqu’à les prolonger. J’étais enivrée. Je les réclamais tous à cor et à cri. Ma fatigue, envolée !
Ce jour là, j’avais compris que l’on n’est jamais autant en vie que lorsque l’on pousse un cri.
Le cri est salvateur, ne l’empêchez pas de s’exprimer.

Allez-y vous aussi. Où que vous soyez, poussez un cri !

LE CRI D EDVARD MUNCH

TOUS LES CRIS LES S.OS Daniel Balavoine

Humour en chanson

Brigitte Fontaine et Areski

Si jamais votre immeuble est menacé d’explosion, pas de panique !
C’est normal.

nouvelle Ella Katoudir épisode4

J’ai pas eu le temps de répliquer. Balthazar, le roi de la bagarre est arrivé et l’a empoigné par le col. Il l’a fait dégager du comptoir et lui a collé un pain dans la gueule. Stan était sonné mais quand il a reprit ses esprits, il a foncé sur Balthazar et il a hurlé.
– Tu cherches la merde, comme qui dirait.
Balthazar n’a pas répondu. Il a juste esquivé l’attaque et lui a allongé un autre direct.
Stan s’est écrasé au sol, face contre dalle comme une décalcomanie.
Quand on a quitté le bar, tout le village était là. Ca transpirait le malaise et ça puait la haine dans le sérail.
– Elle est pas sitôt arrivée l’estrangère qu’on a déjà des problèmes ! Marmonnait une ménagère en tablier à carreaux.
– Y a qu’à voir comment elle est attifée ! C’est le diable cette fille là.
– Faut la chasser d’ici. Fulminait une autre. Elles jouaient du balai pour nettoyer devant leur porte ou pour rabattre les maris volages à l’intérieur.
J’ai pris un chewing-gum de la poche arrière de mon short et l’ai mâché suffisamment vite pour faire une grosse bulle que j’ai laissé éclater sur mes lèvres. Les pauvres farmers étaient à l’agonie. Ils savaient plus ou donner de la mauvaise foi. Ils juraient avec leurs poules tout en se bousculant pour apercevoir un bout de cuisse tandis qu’on retournait au bercail, Balthazar et moi.
– T’es un peu voyante comme fille. Faut pas traîner dans les bars comme ça. Ca se fait pas dans le pays. Tu vas rester bien gentiment ici et me raconter d’où tu viens. T’es de la ville ?
Je l’ai regardé avec un sourire narquois et je me suis assise.
– Qu’est-ce que ça peut te faire ? Demain je serai plus qu’un souvenir. Ca vous fera un sujet pour les journées où vous vous ferez chier. M’est avis que ça doit souvent vous arriver.
Balthazar m’a rétorqué que j’étais aussi coincée que les gens du patelin et que si je cautionnais pas l’atmosphère, je pouvais toujours aller à pied jusqu’à la sortie du village pour stopper. Les routiers sont sympas qu’il m’a dit.
Ca m a coupé net. C’est vrai que j’avais fait ma bourgeoise avec lui. J’avais pété plus haut que mon short et je m’en voulais. J’arrête pas de me la jouer avant-garde, genre je touche pas aux ringards c’est pas ma came, mais j’étais qui dans le fond ? Balthazar il avait un toit bien à lui alors que moi, j’avais même pas de quoi m’offrir une bagnole. J’ai regardé le fond de ma conscience et j’en ai lu une page. Ca m’a remis d’aplomb et pour ambiancer la soirée et faire œuvre de repentir, je l’ai aidé à cuisiner un morceau de barbaque façon terroir avec les légumes de son jardin et je dois dire que les tomates, elles avaient du caractère Elles sentent pas pareil que dans les supermarchés. Elles étaient chaudes et juteuses à souhait. Et sucrées avec ça ! Et le poulet, du délire ! Il n’avait pas la même consistance non plus. Tu lui arrachais pas la cuisse sans sa permission. Fallait jouer du bistouri pour lui retirer le « sot l’y laisse ». C’était pas du poulet de batterie, c’est sûr. Balthazar, il avait de bonnes manières. Rudes, certes, mais bonnes quand même. Il s’est intéressé à moi et m’a posé des tas de questions que j’esquivais poliment en les lui rendant. Je ne pouvais pas lui raconter, non, il ne comprendrait pas. C’était impossible à comprendre. Je savais que je devrais traîner mon paquet de conscience sous le bras, seule, un bon bout de temps. J’avais une chose à faire et rien ni personne, pas même Balthazar, ne pourrait m’en détourner. Et puis, j’étais plus d’humeur à échanger mon flux corporel que mon flux interne. Question de pudeur. Je vous entends déjà dire :
« Ah, ouai d’accord. On me la fait pas à moi ». C’est si compliqué que ça à comprendre ?
Mes valeurs sont placées au-dessus de la ceinture.
On a bu du vin qui vient de chez grand-père qui habite sur les coteaux et on s’y rend à vélo. Ouai, je sais ça tient pas sur une étiquette, mais il était fichtrement bon ! Ca m’a grimpé au ciboulot comme le lierre il grimpe au mur et ça m’a inondé les connexions synapsiennes. J’étais trop bien. Je découvrais le sens des vraies valeurs. Un accueil chaleureux et simple, un bon repas avec un mec bienveillant et une nuit à contempler les étoiles et écouter le silence.
En fait, j’étais redescendue au bas de l’échelle de la théorie des besoins et je profitai des bonheurs simples. On prenait le temps et je me suis aperçue que c’était du luxe. En ville, je le monnaye sans cesse le temps. Ici, il s’offrait à moi avec générosité. J’ai couché avec lui pour me faire pardonner. Et puis, il faut bien l’avouer, parce que j’en pinçais un peu pour lui.

Je suis pas douée pour les adieux et puis j’ai pas de mouchoir pour éponger ma tristesse alors le lendemain, je suis partie sur la pointe des pieds.

A suivre ou pas…