nouvelle Ella Katoudir épisode1

Salut, t’es un peu en avance mais entre, je t’en prie, fais comme chez toi. Ca te dérange si je te dis « tu » ?

D’abord, je dois te prévenir que ce ne sera pas long parce que j’ai autre chose à faire et toi aussi sans doute. Alors, juste quelques lignes pour se distraire, ok ?
Je dois soigner ma beauté intérieure et je refuse qu’elle se limite à mettre du vernis sur mes ongles de doigts de pieds !
Faut que je te raconte ! Hier, je me suis arrêtée à Trouduk. Tu connais ? Si, allez, réfléchis. Tout le monde en connaît au moins un. Si t’es passé par là, fais le moi savoir qu’on papote.
Quand tu nais avec une difformité nationale, t’es mal étiqueté et t’es rejeté par la communauté parce que t’as des origines pas nettes. En réalité, c’est comme se méfier de la provenance de la viande que te sert ton boucher. Si t’as pas le label « élevé en plein air », t’as pas l’air bio.
Bref, quand t’arrives à Trouduk, ça sent pas bon l’accueil parce que les gens, ils ont pas l’habitude de recevoir. Et si t’affiches une gueule venue de l’ailleurs, la méfiance s’installe.
Les habitants de Trouduk qu’on appelle les troudu… je sais plus, ont leurs habitudes. Ils se croisent tous les jours pour faire les mêmes choses. Ils se lèvent le matin pour acheter leur journal et leur baguette de pain avant de vaquer à leur tâche, ou leurs vaches, quand ils en ont. Sinon, ils s’en créent une : le ragot.
Le ragot est un sport national à Trouduk. Tu t’installes sur un banc en compagnie d’un inactif comme toi, tu regardes défiler les gens et tu leur tailles un costard au passage. Ca occupe, ça défoule et ça coûte pas cher. C’est une thérapie comme une autre qui permet de s’oublier soi-même.J’en ai un peu usé parfois et j’avoue que quelquefois ça soulage. Que celui qui n’a pas ragoté, que ce soit sur un banc ou ailleurs, me jette la première pierre.

Moi, je suis arrivée dans ce patelin de fin de siècle avec mon paquet de conscience sous le bras et je savais pas où le poser. J’étais là parce qu’un type qui m’avait prise en stop m’y avait larguée lorsque j’avais refusé qu’il tripote ma cuisse. Il m’avait traitée de poufiasse et il était reparti sur les chapeaux de roue. Quand je pense que toute mon enfance on m’a parlé du beau prince charmant qui allait arriver sur son grand cheval blanc !
J’étais là par erreur. Ce village était un interlude, une étape dans ma destination finale.
Je pouvais bien m’accorder une pause. Ca ferait du bien à mon esprit torturé par la détermination. Me détourner un instant de mon objectif, rien qu’un instant.
J’ai remonté la rue principale qui menait aux commerces et j’ai vu deux vieilles assises sur un banc. Elles ont reluqué avec un air désapprobateur mes longues jambes qui démarraient juste sous un short en jean ultra court, sont remontées jusqu’au tee-shirt trop moulant qui comprimait ma poitrine, puis se sont penchées l’une vers l’autre pour se chuchoter quelque chose à l’oreille.
Je me suis approchée d’elles et leur ai demandé où je pouvais trouver une piaule pour passer la nuit. Elles m’ont dévisagée, puis défiant toutes les règles de l’hospitalité, m’ont répondu qu’il n’y avait pas d’hôtel dans le coin. Ah, l’irréductible village de petits gaulois !
Un type plutôt séduisant est sorti de sa baraque et m’a demandé s’il pouvait me rendre service.
Je lui ai expliqué que je cherchais un endroit où dormir avant de repartir et il m’a offert de loger gracieusement chez lui pour la nuit. Balthazar, qu’il s’appelle.
Je lui ai répondu que j’acceptais son invitation à condition de pas partager sa couche. Il a fait une drôle de moue et il a grommelé un oui forcé.
J’ai tiré la langue aux mégères et j’ai outrageusement remué mes fessiers juchés sur des talons trop hauts avant de disparaître derrière la moustiquaire qui bouchait l’entrée de la porte de mon hôte.
A suivre… ou pas !

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À propos de gaïa

Ma plume est un cri, ma feuille en est l' écho.

Publié le 10/04/2014, dans ecriture, Ella Katoudir, femme, histoire, nouvelle, et tagué , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 10 Commentaires.

  1. A suivre !!!! De toute urgence… Tiens, un patelin fort fréquent, il y en a dans tous les coins… Comme je dis : »il faut bien s’occuper dans la vie…. »

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  2. Et bien gaïa, quand tu balances, ça « bounce » !

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  3. Trouduk ? Un patelin, une rue, parfois un groupe… On est cernés ! J’ai hâte de voir ce qui va arriver. Je mise sur toi !

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  4. j’ai envie de savoir ce qu’il lui arrive dans ce beau village gaulois !!!!

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  5. Ah Ah Ah, j’en viens de trouduk, tout le mode me regardait de travers, je crois que les habitants s’appellent troudukoi tout simplement où peut être troudukus j’demanderai la prochaine fois. En attendant : Trop bien Gaïa ! Passe le bonjour à Ella de ma part hein. 🙂

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  6. Merci Sébastien pour l’info. J’adore les troudukoi, ça ouvre le débat parce que ça finit sur une interrogation et du coup on n’a pas fini d’émettre des hypothèses ! 😉
    Pour Ella, promis, je lui transmets ton bonjour de ce pas.

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