Archives Mensuelles: décembre 2012

Nightcall

Il est des musiques qui sont à elles seules un univers. Juste pour le plaisir de partager celle-ci avec vous.

Elle est extraite de la bande originale du film « Drive » avec Ryan Gosling.

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Paysage urbain (slam)

PAYSAGE URBAIN

 Je viens vous parler de mon quartier dit sensible… à la poésie,

Puisqu’ ici, on écrit sur les murs des graffitis.

Les mots fleurissent sur le béton, les lignes courent sous la lumière crue des néons.

Je suis issu d’ une population agglomérée hors agglomération.

Ma cité est  une fleur de granit montée sur tige d’ acier, qui s’ épanouit

dans une jungle de structures métalliques,

Où la nature qui palpite et s’ agite, obéit aux lois de l’ arithmétique.

Je vous offre une vue imprenable sur logements à géométrie variable,

Vastes pitons rocheux dont la gamme de gris s’ étend en camaïeu.

Latitude, longitude, rectitude, habitude, crédo des grands ensembles

Organisés, hiérarchisés, sous l’ économie de la pensée.

Je vous offre un terrain presque vague, un paysage mélancolique,

Où s’ enroulent les tags, dans un monde asymétrique.

Où la misère de l’ un ouvre sur la misère de l’autre.

Une foule bigarrée dans la cage d’ escalier partage des accents d‘ailleurs,

De la promiscuité des voisins de palier, naît une explosion d’ odeurs.

Et au sommet de ces tourelles, une sarabande de paraboles,

Nichées comme des soucoupes folles, forment une guirlande de soleils blancs

Dans le ciel de ma citadelle.

Les linges pendent aux fenêtres ; patchwork de couleurs flottantes.

Les mères piaillent aux balcons, comme les hirondelles trissotent sur les margelles.

Au milieu de ces grands vestiges, les paysages ont le vertige.

Vu d’ en haut, ma cité à l’ ossature d’ un vaisseau.

Vu d’ en haut, ma cité à l’armature d’ un piano

dont on extrait une gamme d’images,

Allant des plus aigües aux plus graves.

Je viens vous parler de mon quartier pour que dans vos cœur,

le temps d’ un slam, il puisse exister.

Nadia Bourgeois

Slam écrit pour le spectacle du Printemps des Poètes d’ Andernos de  mars 2011, sur une musique du Japonais D.J Crush. »day’s end »

Mam’zelle Louise

Le 19 décembre, j’ai joué Mam’zelle Louise pour la première fois auprès d’un jeune public, à la médiathèque d’ Andernos.

Ce fut une belle expérience. Stressante mais très enrichissante au niveau humain et mon plus grand bonheur fut la réaction des enfants qui ont participé activement.

Je garde également un excellent souvenir de l’accueil chaleureux du personnel de la médiathèque.

les enfants sorciers

Les croyances qui arrangent et qui dérangent.

Nous avons tous des croyances. Qu’elles soient d’ordre religieux, politique, philosophique, ect…personnelles ou collectives, elles influencent positivement ou négativement nos actions.

Nous sommes mus par nos croyances et nos convictions sont le fruit d’une transmission ancestrale ou nouvellement acquise.

Tour à tour, elles entretiennent nos peurs, nos doutes ou à l’inverse, nous rassurent.

Nombreux sont ceux qui consultent leur horoscope avant de démarrer la journée, qui croient que Dieu existe ou qu’il n’existe pas. Que les blancs sont supérieurs aux noirs.

Nombreux sont ceux qui croient aux superstitions et nombreux sont ceux qui les exploitent.

Les croyances évoluent en fonction des sociétés dans lesquelles nous vivons. Celles des populations dites « civilisées » ne sont pas identiques à celles des populations dites « primaires ».

Les progrès scientifiques et les changements de contexte politique économique et social d’une société, modifient ces croyances.

Bien souvent, elles reposent sur la peur.

Voici une liste non exhaustive : le rituel sacrificiel, les rites, les offrandes, les prières, les oracles, les guerres, la charité…

Ces croyances sont le fait d’une pensée collective qui rapproche les êtres. Les convictions personnelles sont en opposition avec la majorité mais rejoignent d’autres convictions partagées par une minorité.

Dans le cas d’un individu dont la croyance n’est partagée par personne, l’unicité de sa croyance l’isolera au point qu’il passera aisément pour un excentrique ou pour un fou.

Je voudrais attirer l’attention sur les croyances qui sont le fait d’un consensus économique et font basculer l’humanité dans l’horreur.

J’aimerais vous parler des enfants sorciers de Kinshasa au Congo Démocratique Libre.

Voici un pays où la misère est telle que les parents rejettent leurs enfants sous prétextes qu’ils sont possédés. Ils les décrètent sorciers et les jettent à la rue. Cette croyance entretient la création en parallèle de cabinets d’exorcistes qui fleurissent et profitent de ce marché juteux. Cette croyance repose sur le contexte économique du pays et permet aux adultes de se défaire de la responsabilité de nourrir leur famille. On se débarrasse des problèmes.

Il est vrai que ce comportement n’est pas propre au Congo et n’est pas tout à fait nouveau.

Dans l’antiquité, les enfants étaient considérés comme des non citoyens. Le mot enfant en latin signifie : « celui qui ne parle pas ». Les enfants étaient considérés comme dénués d’esprit et il fallait les dresser. On emmaillotait leurs corps pour qu’ils ne bougent pas.

A l’inverse, au moyen âge, les enfants sont considérés comme de petits hommes qui doivent travailler très tôt et que l’on considère comme de petits diables, des esprits mauvais. Ils sont réduits à l’état d’objet. Ce sont des périodes éloignées et notre perception de la place de l’enfant chez les sociétés dites évoluées, a énormément changé grâce à l’éclairage de philosophes, sociologues et scientifiques.

Les croyances sont des masques qui justifient souvent les mauvaises actions qu’il faut dénoncer lorsqu’elles font mal.

Elles arrangent lorsqu’elle dédouanent l’état d’une intervention quelconque.

Dénoncer la pauvreté et apporter de l’aide serait une attitude plus appropriée, plus humaine, non ? Nous n’avons plus la capacité à réagir. Nous regardons le monde se déliter sans rien dire.

Comme dirait Stéphane Hessel,  » indignez-vous !  »  Refusons d’accepter les croyances que réduisent l’homme à l’état de bête.

les enfants sorciers

Nos choix

Sommes nous le résultat de nos choix ? Choisissons nous d’être acteur ou spectateur de notre vie ?

Tout le monde adopte une ligne de conduite qui lui est propre en fonction de ses attentes et de ses croyances. Et tout le monde pense que cette façon de faire est légitime.

Il y a un foisonnement de pistes et qui peut se vanter d’avoir choisi la meilleure si ce n’est parce qu’ elle correspond à sa propre éthique ? Etre en accord avec ses principes, c’est important et en même temps, partager la vision de l’autre, l’explorer pour mieux la comprendre aide parfois à mieux se comprendre soi même. S’ouvrir au monde et entrer dans la perception. Voilà ce qui aide à grandir.

Pourtant nous refusons bien souvent de le faire. Nous vivons à une époque où tout va très vite. Trop vite. Nous n’avons plus le temps de nous ennuyer. Se poser et réfléchir à ce qui pour nous fait sens.

On décide pour nous. Nous vouons notre temps libre au culte de l’image et ces images emplissent nos têtes pour envahir cet espace de réflexion qui nous serait parfois si utile.

Nos choix sont ils réellement nôtres ou sont ils façonnés par des consortiums voués à nous orienter à nous manipuler dans le sens du courant ?

Nous devons faire le choix de travailler, de produire, de procréer, de consommer.

Qu’en est il si nous n’entrons pas dans cette dynamique ? Nous sortons du système.

Celui qui sort du système est improductif et condamné à être montré du doigt comme un vice de forme.

Procréer pour nourrir la machine, militaire, sociale, économique, politique et …

Nos enfants ne nous appartiennent pas. Ils appartiennent au système.

Si demain l’état décide de prendre votre enfant pour en faire un soldat ou l’enfermer par souci de sécurité nationale, pourriez vous l’en empêcher ?

Selon des propos rapportés, Bonaparte aurait dit à la bataille d’ Eylau, lorsqu’il découvrit les cadavres de ses soldats sur le champ de bataille : «  Une nuit de Paris compensera tout cela ».

Nous devons conspirer de bonne ou mauvaise grâce à un projet collectif déterminé par les grandes puissances. La solidarité active fait place à la cohésion sociale et nous enferre un peu plus chaque jour dans ce que le chaman Don Miguel Ruiz appellerait, le rêve collectif.

Nous ne sommes rien d’autre que de la main d’œuvre. Et nos rêves dans tout ça. Nos choix ?

Rien de plus simple. On nous vend du super héros, la nation nous attend pour libérer la planète des envahisseurs. Nous sommes de braves soldats et nous devons sauver l’entreprise du marasme économique en sacrifiant nos heures et nos espoirs sur l’autel des illusions.

Le verbe haut, la phrase assassine, les instances nous canalisent, nous hypnotisent pour faire de nous des moutons de panurge.

Celui qui sort des sentiers battus est un marginal, un improductif, un rebut de la société.

Que l’on fasse entendre sa voix et on la fait taire aussitôt si elle dérange.

Pour que ces voix qui ouvrent d’autres voies ne détournent les autres de ce projet collectif sociétal  inscris dans la stratégie des plus individualistes, on instille la peur.

Sous forme d’injection, d’injonction, on la met partout dans les programmes, dans les courbes scientifiques, dans les journaux, dans nos assiettes, chez le médecin, au dehors…

Nous sommes une civilisation gouvernée par la peur.

La peur d’être nous, de faire nos propres choix, de suivre notre propre voie(x).

Dans « les quatre accords toltèques », Don Miguel Ruiz, ouvre des pistes pour tenter de passer de ce rêve collectif que l’on imprime en nous depuis l’enfance et qui fait de nous des êtres aliénés, à notre propre rêve. Il propose quatre accords qu’ il est parfois  difficile mais possible d’appliquer à sa façon.

Je ne vais pas  résumer le livre mais évoquer ces quatre points essentiels. A vous de les découvrir dans son ouvrage.

1 Que notre parole soit toujours impeccable.

2 Que nous ne fassions pas une affaire personnelle de ce que l’on nous fait ou dit.

3 Que nous n’entrions pas dans l’interprétation

4 Que nous fassions toujours de notre mieux.

Le respect de ces accords ou tendre à les respecter au plus près, nous amène à la plénitude, à l’amour, l’épanouissement de soi. A mieux se connaître, rester maître de ses choix et se libérer du conditionnement collectif.

otte

L’araignée, la maîtresse et la mandarine.

LOUISE BOURGEOIS

Il existe des personnages hors du commun qui marquent par leur singularité et leur parcours atypique.

Je voudrais rendre hommage à Louise BOURGEOIS. Non parce qu’elle porte le même nom que moi, (c’est une simple coïncidence) mais parce que son histoire dans le documentaire « l’araignée, la maîtresse, la mandarine »  de la critique d’ art, et la réalisatrice, Marion Cajori m’a beaucoup émue.

Il révèle le portrait d’une femme exceptionnelle au regard brillant d’intelligence, qui a laissé derrière elle une œuvre d’une grande richesse onirique. Sa reconnaissance bien que tardive n’en est pas moins méritée pour autant et j’aimerais faire découvrir l’univers poignant de cette artiste. Elle tenait un langage sincère et semblait exorciser ses démons à travers un  rituel plastique autobiographique.

L’araignée,  qu’elle baptisait « maman » fut son œuvre monumentale la plus symbolique de son attachement à sa mère.

Elle vénérait cette femme dont le métier était de restaurer des tapisseries anciennes. Louise avait des affinités avec l’araignée qui la fascinait pour ce qu’elle était capable de faire, pour son utilité. Elle n’avait pas pour elle l’aversion et la peur  qu’ont la majorité des femmes.

Dans la mythologie, Arachnée, une simple mortelle jugeait son travail de tissage meilleur que celui de Minerve, tisseuse de l’ Olympe. Cette dernière lança un défi à Arachnée qui le releva et l’emporta sur Minerve. De rage, la déesse jalouse fendit de sa navette l’ouvrage de la paysanne et lui frappa la tête avec.  Arachnée, ne supporta pas l’humiliation et se pendit. Prise de remord, Minerve défit le cou d’ Arachnée de son nœud coulant et aspergea son corps de liquide magique. Arachnée fut ainsi transformée en araignée. Cette histoire est représentative de la place qu’occupait la mère de Louise à ses yeux.  Elle était l’égale des dieux et son travail approchait la perfection.

Sa célèbre sculpture de l’araignée « Maman », dont on appréciera le volume gigantesque, a voyagé presque partout à travers le monde. Etait-ce un moyen de rendre hommage à sa mère ? On retrouve ce lien avec le tissage, le fil et les aiguilles dans les œuvres de Louise. Elle a créé plusieurs installations au  caractère surréaliste dont le contenu dérange parfois tellement il est criant de vérité.

Louise fut profondément marquée par le fait que son père ait pris pour maîtresse la nounou de la maison et que sa mère ait fermé les yeux sur cette relation. Ce qu’elle aimait dans la sculpture c’était le rapport charnel qu’elle entretenait avec la matière, le pouvoir qu’elle avait de tordre les éléments. Dans le documentaire, elle évoque l’anecdote de sa mère qui tordait le linge au lavoir pour l’essorer. Ce phénomène de torsion lui permettait peut-être  d’exsuder sa peine et d’exorciser ses démons.

Elle en avait pleinement conscience et l’écrivait même sur ses installations. Elle avait inscrit au dessus de Precious Liquids en 1992, « L’art est une garantie de santé mentale ».

L’ exposition de 1999-2000 portait le titre de  « I DO, I UNDO, I REDO ».

Tout le travail de Louise semble résumé dans cette simple phrase.

Ce documentaire a suscité en moi une vive émotion et un attachement à cette artiste comme je n’en avais jamais ressenti auparavant. Son univers a marqué mon esprit à tout jamais.

Je vous invite à découvrir l’œuvre et le parcours de cette femme d’exception.