LES MOTS DITS

Un jour, j’ai mis des mots dans une boîte et je les ai oubliés. Ils étaient pourtant si précieux à mes yeux. Lorsque je les ai cueillis, ils avaient un doux parfum d’audace, un goût subtil et une sonorité sensuelle… Cependant, je les ai oubliés parce que je ne m’en servais jamais. Je me contentais de les collectionner et je me disais qu’un jour j’en aurais l’utilité. Ils ont attendu. D’abord, gonflés de l’orgueil d’avoir été élus, puis sceptiques dans la langueur de l’attente. L’attente se faisait insistante, inquiétante…

Les mots lancèrent un appel, puis un cri, cognèrent aux parois et au couvercle  mais je restais sourde à leurs prières. Trop occupée à chercher les mots du jour, j’en oubliais ceux d’hier.

Ereintés par l’effort, épuisés par les plaintes et les supplications, ils s’assoupirent et finirent par s’endormir. Ils perdaient de leur sens, de leur puissance, et bientôt, dans le confinement s’étiolait leur âme.

Couchés sur le papier ou lancés à la volée, ils avaient le sentiment d’exister mais enfermés dans cette boîte sans l’ombre d’un espoir de quitter cet espace, ils n’étaient plus rien.

Un jour, éperdue dans ma vaine course au mot sacré, je finis par ne plus avoir de goût pour les mots. Et dans cette perte d’appétence, je perdis l’envie de vivre. Je ne me nourrissais plus que de silence. J’ai interrogé du regard mon entourage mais il ne me comprenait pas bien le langage des yeux.

Tout ce que j’avais dedans, je ne pouvais l’exprimer. Alors, j’ai pleuré et je me suis souvenue de la boîte. Mon corps atone s’est déplacé jusqu’ à l’objet enfoui dans le tiroir de ma commode et je l’ai pris entre mes mains fébriles. Je l’ai ouvert et là, les mots engourdis ont cligné des yeux, se sont étirés pour réveiller leur corps endolori et après m’avoir lancé un regard de reproche, tout à leur joie d’échapper enfin à leur cellule, ils s’élevèrent et se répandirent à travers la pièce comme un murmure d’éternité. La rancune passée, la douleur oubliée, ils reprirent possession de mon esprit et une douce chaleur m’envahit.
Grâce à eux, j’étais en vie. J’avais compris que je n’étais rien sans eux et que tous nous ne  sommes rien sans eux.

J’ai compris que pour exister, il est important de parler, d’écrire, de lire et d’écouter.

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À propos de gaïa

Ma plume est un cri, ma feuille en est l' écho.

Publié le 22/11/2012, dans Uncategorized. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Comment trouver les mots pour s’étonner de cette belle idée ?!!!

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